EXPOSÉ DES PRINCIPES
questions étaient agitées parmi les docteurs d'Israël. Do même que la préexistence explique l'épreuve terrestre et les faits de cette vie, inccmpréhensibles sans elle, de môme les réincarna^ lions et les existences postérieures des âmes expliquent l'ordre général de l'univers, le plan de la création, la justice et la miséricorde de Dieu; et une fois qu'on a admis le premier dogme, on est conduit, par une irrésistible logique, à reconnaître la vérité du second \
Nous allons rapporter un chapitre tout entier du livre de DJeit^ f homme, l'humanité et ses progrès, parce qu'il tranche au vif les questions de ce traité, et que nous y afïirmons de nouveau notre opinion complète et formelle sur la préexistence et les réincarnations,
« Posons d'abord les principes :
« L'infini était complet en lui-môme. Par la création, il n*a rien ajouté à son être. S'il a créé, ce n'est pas pour sa gloire ; il n'avait pas besoin de nous. Son amour a voulu se répandre; il a voulu appeler d'autres êtres à partager, dans des degrés difl'érents, les splendeurs de l'ôtre et le bonheur de ht vie.
« Dieu, voulant produire des intelligences distinctes de lui, a dû les créer libres, pour qu'elles fussent des personnes, pour qu'elles eussent leur propre virtualité ^. La liberté est donc l'attribut essentiel et distinctiî de l'âme : Dieu ne pourrait le lui enlever sans l'anéantir, sans l'absorber dans son sein.
« Dieu est indépendant ; il ne tient l'être que de luî-méme. Lui seul pouvait le communiquer aux créatures.
« Mais quel degré de l'univers chacune occuperait-elle? Qui fixerait leur rang? l'arbitraire de la volonté divine? Dieu ne fait rien arbitrairement. Quel eût été le motif déterminant de tel ou
1. Philosophie de la révélation, p. 85. 1845. > 2. Voyez le Traité de l'origine du mo/, no» U, 12 et 13 , p. 22 et 23 de l'Exposé d'un nouveau système^ etc'
tel degré? Les âmes n'étaient qu'à l'état de pure essence non manifestée. Ne fallait-il pas d'ailleurs tenir compte de la liberté qui constituait la personne de chaque entité ? Quelle que fût la place de la créature, eUe pouvait en déchoir; ne valait-il pas mieux respecter son libre arbitre, et la laisser se faire elle-même sa qualité et son rang? Dieu seul, être éternel et absolu, tenait tout de lui-même. La créature, être relatif et fini, tiendrait tout de son mérite et du choix de sa volonté.
L'infini ne pouvait se reproduire sans s'anéantir. Il ne pouvait communiquer sans la détruire sa suprême perfection. De là, nécessité de limites et d'imperfection pour les créatures. L'imperfection, combinée avec la liberté, a été la cause du mal moral, c'est-à-dire de la désobéissance à la loi divine. Le mal peut être défini : la privation du bien d'autant plus profonde et plus grave que la créature s'éloigne plus de son Dieu, source unique de tout bien.
Dieu est immuable, parce qu'il est tout parfait; parce que rien ne peut être ôté ou ajouté à son être. Qui dit un temps, un moment, dit quelque chose qui tout à l'heure n'était pas, et qui bientôt ne sera plus. 11 n'y a points de moments en Dieu, parce que l'idée du changement est incompatible avec l'absolue perfection. Pour la créature, au contraire, qui est essentiellemeqt imparfaite et bornée, un instant peut lui donner ce qu'elle n'avait pas, lui enlever ce qu'elle avait. Progrès ou déchéance, voilà les perpétuels possibles de la créature. Elle ne peut se fixer nulle part sans identifier par là même ses moments, sans devenir Dieu, sans rentrer dans l'absolu. La mobilité pour elle est aussi nécessaire que l'immanence pour Dieu. L'immobilité, pour elle, c'est 'anéantissement.
« Dieu a créé les diverses entités pour leur bonheur, pour les rapprocher de lui. Il ne les abandonne pas seules à leur dangereuse Hberlé; il les attire sans cesse à lui. A chaque besoin des créatures, Dieu répond par un nouveau secours. Ici, l'absolu est modifié, l'immuable se mobilise sans rien perdre de son éternelle immanence. C'est par sa faculté médiatrice que Dieu intervient