vol. ia-l2. Paris
^'i^ PREUVES LOGIQUES
Il donne à la métaphysique des hases aussi certaines qu'aux mathématiques et en fait dès lors une science positive.
Il admet que le vrai critérium, c'est Dieu, l'absolu, l'être, et que sa manifestation est dans le fait non point seulement matériel, mais reproduisant proportionnellement toutes les qualités nécessaires de l'être. On voit quelle similitude il y a entre ces opinions et les nôtres.
Un mot d'ahord sur les bases vde la métaphysique ; nous nous bornerons à ce qui est utile à notre dessein :
La métaphysique est la science des antinomies.
Les rapports des antinomies sont uns en vertu d'une loi essentielle.
L'essence de l'antinomie est d'être affirmation, —négation.
L'essence de chacun des termes antinomiques est que l'affirmation soit de soi et que la négation ne soit que par l'affirmation.
Donc la négation est postérieure à l'affirmation. Elle en est le processus.
L'affirmation est d'essence au terme premier de l'antinomie. "Elle précède la négation, elle est l'être absolu etpréantinomique.
L'affirmation comme la négation qui lui est proportionnelle sont absolues dans les antinomies logiques.
Que si aucun des deux termes antinomiques n'a le caractère d'absolu, c'est qu'ils proviennent dé l'affirmation réalisée dans sa négation, et changeant par cette négation même qui s'y attache le caractère d'absolu en celui de relatif, de fini et de contingent:
Etre — non-être, est une antinomie véritable.
Infini — fini n'est pas une antinomie, puisqu'il y a de l'être dans les deux termes, à étals divers.
DE- NOTRE DOGTRIKE.
Il est prouvé que la négation n'est que raiïirmalion considérée comme n'étant pas, que le non-être n'est que le n'étant pas : dès lors que reste-t-il? De l'être, de l'affirmation partout ; rien que de l'affirmation et de l'être, en déterminalion et en identité proportionnelles aux qualités de resscnce.
Ces axiomes de la métaphysique sont clairement exposés dans l'ouvrage cité, Ultimum organum.
Il pose, comme nous l'avions fait. Dieu comme principe unique de la certitude, manifesté par un critérium absolu,
le fait.
Avant de faire l'application de cette méthode à notre
doctrine, faisons-en voir l'excellence.
Le critérium vrai, d'abord, ne doit pas être antinomique et subjectif. Ce n'est pas l'homme relatif, fini, borné, qui doit être la mesure de toutes choses, comme le voulait anciennement Prolagoras. Ce n'est pas l'être que nous sommes qui doit être le juge souverain. Le critérium doit être étéronomique (sauf à devenir plus tard autonomique par l'assimilation que nous nous en faisons du moyen de nos instruments de connaissance), il doit venir du dehors, s'imposer à nous comme absolu. Les expériences, les évidences, la foi, dans ses diversités, sont-elles autre chose qu'un état personnel? Nous trouvons le critérium dans le fait, ce véritable médiateur entre l'être et l'esprit humain. Voici en quels termes de Sirada le décrit : « Le /in'/ vient s'élançant u etbondissantderétre; ilse rue sur l'esprit, le frappe tan- (t tôt directement et comme en son fond même, tantôtindiTa reclement dans les organes matériels de la connaissance, (( tantôt à l'ôpiderme, tantôt au cœur; ici par la notion, là « par la matièro.àla pensée, aux sens, à la perception, à l'in- (( tuition; par le contingent, par le nécessaire, par l'absolu, « par le nombre, l'idée, la chose, à rintdligcnce, au sen.
PREUVES LOGIQUES
DE NOTRE DOCTRINE
« timeiit, à l'œil, au toucher, à Todorat, au goût; ici heurt,
« là caresse; épée pénétrante ou souffle; élonnement et
« surprise ou résultat de la patience et de la recherche;
« brutalité ou douceur; épouvaiitement ou joie; excitation
« ou repos; idée pure ou contradiction; fluide, solide, li-
« quide; nuage ou bloc; feu, vent qui passe, pierre qui
« reste. Le fait, comme un réseau infrangible et sans fin,
« enserre Vhomme de toutes parts ;\\ le traque, le poursuit,
« se colle à lui comme la robe du centaure antique au corps
« de cet Hercule toujours nouveau; et l'homme n*y peut
« échapper en aucune sorte; il n'évite un fait que pour
« tomber dans Vautre, être /rrt/)jDe par celui-ci, terrassé par
« celui-là. L'esprit, dans un tourbillon plein de vertige,
« est inondé par Jes faits qui viennent, comme les hautes
« vagues se succédant sans trêve, sans relâche, sans lassi-
« tude, battre, frapper, miner ce roc terrible de l'ignorance,
« pour faire enfin pénétrer dans l'esprit la grande lumière
« et la grande joie de Tétre. »
On ne saurait mieux exprimer la puissance toujours constante, toujours active, toujours soutenue du fait qui nous enlace de ses réseaux, quand bien môme nous ferions de vains efforts pour les briser.
Pour rendre palpable la supériorité de ce divin critérium, choisissons un exemple dans le fait matériel, soumis par Bacon à l'expérience. Celte expérience, qu'en a-t-on fait de nos jours? Elle est toute subjective et limitée à la mesure de chaque intelligence. N'avons-nous pas entendu MI. Renan, Littré, Ha vet nous déclarer à /jrion qu'il n'y a pas d'autres agents spirituels que l'homme de cette terre, et que, toutes les fois qu'un fait impliquerait rintervenlion surhumaine ou divine, il faut n'y prêter aucune attention, et le regarder comme absurde et impossible? Si donc un
si
fait d'apparition, de divination, par exemple, ou tout autre fait rentrant dans le surkumanisme, se manifeste et se trouve attesté par des témoins, on se tire d'affaire en prononçant les mots d'hallucination individuelle ou même collective. Vous voyez que c'est commode. Avions-nous donc tort de rejeter l'expérience comme critérium, en l'accusant d'être subjective? Avec la vraie méthode et le vrai critérium étéronomique, c'est-à-dire venant du dehors, dès qu'un fait se trouve attesté par des témoins désintéressés, sains de corps et d'esprit, on l'enregistre, on cherche sans doute à l'expliquer, à le soumettre aux instruments méthodiques pour lui donner l'autonomie, mais on ne le repousse pas à priori, ce qui est le comble de la démence et de l'aveuglement.
Car enfin le fait, s'il est vrai, c'est l'être, c'est Dieu se manifestant par lui-même ou par ses créatures; et que sommes-nous, atomes et pygmées, pour lutter contre lui? Il y a gros à parier d'ailleurs que, ûmfait déclaré impossible aux yeux de notre faible jugement, et inabordable à notre critique, qui doit professer pour lui un dédain trans^ vendant, s'est cependant produit en réalité avec le concours de certaines circonstances, qu'il se reproduira encore dans des conditions peut-être encore plus inacceptables pour notre orgueil, et que nous finirons païen être écrasés. ' Ce n'est point ainsi que procède notre profond auteur, car il déclare que son critérium s'applique à tout, à l'humain , au surhumain et au divin (qu'il nomme seulement à tort surnaturel, car rien ne peut avoir lieu qui soit absolument hors ' de la nature incréée qui est Dieu, et de la nature créée, l'homme, les esprits et l'univers matériel]. Tôt ou tard, matérialistes et Sceptiques, le fait vous abattra, vous fera tomber à deux genoux et vous fera crier merci sous sa terns-
PREUVES LOGIQUES
saute influence. Et Descartes, avec son évidence, qu'a-l-ii fait? encore du subjectif. Nous avons prouvé contre lui que, pour que son fameux principe dépassât rexpérieuce individuelle, il fallait d'abord tenir pour certain l'axiome suivant, ce qui pense est \ qu'ainsi la pensée', fait psychologique, était la manifestation de l'être, qu'ainsi encore le fait était indissolublement uni à Tôtre, et que c'était l'être que l'on devait regarder comme principe primitif.
Faut-il redire à Pascal que sa foi critérium n'en est pas un, puisque Je protestant, le juif, le bonze, le mahométan, le brahmane, le bouddhiste ont aussi chacun leur foi trèsdifférente et tout aussi ferme.
Donc, arrière expériences, évidences, foi, 'vous péchez toutes par votre autonomie, votre subjectivité! Il Place au fait, à Vêtre, à Dieu!!!
Ces principes certains et désormais acquis à la philosophie de l'avenir, appliquons-les maintenant à l'objet de notre livre. ''
Examinons notre doctrine à la lueur du fait notionnel et matériel.
Le fait notionnel, c'est Tétre conçu en lui-même et comme créateur.
En lui-même, il est immuable, il n'y a qu'un seul infini, un seul absolu, affirmation préanlinomique.
Le fini est la réalisation de la négation dans l'affirmation c est le passage au relatif. . '
Mais l'être antinomique ne valant quelque chose que par lôtre préantinomique, a pour loi tendantielle de réaliser de plus en plus les qualités nécessaires de l'absolu, et de s en approcher progressivement toujours. En ii'autres ter-