‹ La pluralité des existences de l'âme [microform], conforme à la doctrine de la pluralité des mondes;Chapitre 52 sur 181 · LE CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

LE CHRISTIANISME

nous disons avec progrès, car il n'est plus question d'une assimilation possible de Thomme et de la béte. Comme les chrétiens à l'égard de leur purgatoire, les Indiens croient à la puissance des prières pour délivrer les âmes de la renaissance dans d'autres corps. Il est dit dans les Védas qu'on peut, par le mérite des œuvres et surtout de la vie contemplative, abréger les purifications subies dans les mondes inférieurs, non-seulement pour soi-même, mais encore pour ses parents et ses amis^; toutefois, malgré le

i. Les pratiques les plus minulieuses, les plus arbitraires, ont 6{i prescriles sur ce point par les Brahmanes qui en tirent profit. L'abus abruliasanl du Sandia a, chez les Hindous, la plus haute antiquité. D'innombrables livres, qui formeraient une vaste bibliothèque, ont élr composés sur la nécessité de cet usage ; la répétition trop fréquente des mêmes prières que la bouche prononce et que le cœur ne sent pas, atrophie l'intelligence, tue l'adoration et glace l'enthousiasme. Il faut avouer que les Indiens dépassent en ce point toutes les praUques superstitieuses qui ont parfois envahi le christianisme, malgré la divinité de son origine. Le Sandia convient parfaitement aux solitaires de l'Inde, aux agrégations de cénobites pour occuper une oisiveté qui pourrait être sans cela dangereuse; à celte exception près, c'est le plus souvent une prière sans efficacité et sans mérite, incapable de satisfaire ceux qui aiment et connaissent Dieu. On n'aperçoit, dit le mission- « naire Dubois, dans celui qui fait le Sandia, rien qui puisse porter à « croire que cet exercice lui soit suggéré par un esprit de dévotion. Il « ressemble alors à l'écolier qui débite rapidement la leçon qu'il a « apprise par cœur, et n'agit évidemment que par manière d'acquit... « c'est que partout où les prêtres ont substitué des prières détermi- « nées aux élans naturels de l'âme qui implore la divinité quand elle « en sent le besoin, les prières ne tardent pas à dégénérer en un « marmottage ridicule et înaltentif, une récitation de mots incompris, a et cela chez les Hindous comme chez les chrétiens. » {Religion de rimie, par Alfred Maury et Hiitoire du brahmanisme, par Eugène Pelletan, page 307). Les Indiens ont non-seulement leur purgatoire (la naissance dans d'autres corps et d'autres mondes inférieurs), mais encore eur paradis avec ses quatre fleuves et son arbre de vie ; leur enf«r

RÉFUTATION. ^f(j

progrés, le dogme catholique n'est pas explicite sur le mode et les conditions des purifications; il semble même nier, après la vie terrestre, le mérite et la liberté. Or il faut dire que l'âme, sous peine de l'absorption en Dieu partout cnseigQée dans la théologie indienne, a été créée libre et doit rester éternellement libre, pour ne pas être déchue de la personnalité qui la constitue.

En résumé, quelle a été la cause des erreurs qui ont été mêlées au dogme vrai des existences successives? C'est, à notre avis, l'ignorance de la loi des épreuves et de l'initiation progressive. Si cette loi avait été connue des Indiens, de Pylhagore, d'Empédocle et de Platon, auraient-ils coudamné les ûmes à revêtir des corps de bêtes, expiation sans but, puisque l'animal n'a ni mérite ni démérite et suit les règles fatales de l'instinct, sans éprouver jamais la satisfaction de la vertu, ni les angoisses du remords^ Ne voit-on pas qu'entre l'homme et la bête il y a un abîme? Dans l'homme, il y a tout un ordre de faits nouveaux, les faits de conscience. Pour l'homme seul, sur cette terre, il y a des droits et des devoirs, pour l'homme seul il peut y avoir récompense ou châtiment, épreuve, initiation, progrès. Sans doute nous croyons que par l'effet de sa faute l'homme peut déchoir au rang d'être inférieur, de même que par son mérite il peut s'élever dans l'échelle de la création; mais partout, quelque infime que soit l'état auquel il s'est réduit, quelle que soit l'énormité de sa chute, dans son avenir comme dans son passé, le jeu volontaire de ses

temporaire avec un tableau effrayant de supplices très-souvent pareils aux descriptions de Dante, le sombre poëte du moyen âge catholique. (Voyez le même ouvrage, chapitre 22 et 23.)

1 . Le tigre déchire sa proie et dort, l'homme lue et veille. (Chateaubriand.)

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