VALBRUN
Ah!...
DURAND
( // baUle. )
Ah!...
( // baaie, )
Je crois yraituent que tous me faites bailler !
DURAND
£t moi aussi !
VALBERT , versant à boire.
Allons, Blonrleau, mon ami , il faut boire ! Tu trinqueras , mon vieux. . • tu trinqueras pour te réveiller.
( Il lui donne un verre * ).
BLONDEAU , à part.
Ah ça! maintenant, voilà qu'il me tutoie... ça sort du domaine de la plîdsanterie.
A'^ALBERT
Ain t Enfant de nos montagnes.
Chantons le mariage , C'est un vrai paradis !
Rien u'ëgale eu ménage Le bonheur des maris !
Près de leur mignonne , Chaque soir, sans bruit, L'amour les couronne D'un bonnet de nuit.
Quelle gloire!
Il faut boire!
Célébrons des plaisirs si doux! . < .
II faut boire !
Toujours boire !
A la gloire Du nouvel époux !
Allons , ça se répète en chœur . . . Tiens, Durand , voilà nn verre ! tu boiras aussi.
* Bloiideau, Valbert , Durand.
Quelle gloire!
Il faut boire !
Célébrons des plaisirs si doux !. , . etc.
BLONDEAU , buuant.
Si je ne craignais pas de nie monter la tête. . .
VALBERT, n tournant au bujjet.
Ça me rappelle que j'ai été aussi sur le point de contracter une union le'gitime... avec uoce et festin... Je nie suis contenté du festin... Une jeune personne charmante !. .. que j'adorais... Car je puis dire que j'ai beaucoup aime' dans ina vie.
DURAND
Et moi aussi , j'ai beaucoup aime . • . Âli ! . . . ( // baille , ie jette sur un fauteuil à gauche et s'endort. )
BLONDEAU
Mon cher monsieur Vaibert. . . certainement on ne s'ennuie pas arec vous... an contraire... cependant vous devez comprendre que dans ma siUiation...
VA LBERT , revenant auprès de Blondeau.
C'est h Nantes que j'ai connu la jeune personne... Je l'avais vue plusieurs fois au bal, au spectacle. . . je ne sais pas au juste. Ja ne vous dirai pas son nom, parce que làdessus j'ai des principes , et puis je ne suis pas sûr de m'en souvenir. Enfin, un jour , je me présente cbez elle... c'est-à-dire chez sa tante... une vieille dame qui était sourde ou aveugle... je ne sais pas au juste. Ah! mon ami , quel cœur ! quelle sensibilité! . . . C'est la femme que j'ai le plus aimée... ça n'a duré qu'une semaine... mais ce sont les plus beaux liuit jours de ma vie I . . . Enfui , un matin, elle est partie pour Rouen, ou pour Parlhcnaj. . . je ne sais pas au juste. Cependant nous avons c'cliangé quelques lettres... Elle écrit très-bien! un st^ le admirable. Mais je n'avais pas le temps de m'occupcr de littérature étrangf-re. . . J'ai une mémoire si infidèle... Encore un verre de punch ! ( Il retourne au bu/Jét. )
BLONDEAU
Mon cher monsieur Vaibert, je vou8*fcrai observer que t:'était hier mardi , et tout en causant nous avons entamé
le mercredi... Ne trouvez-vous pas que nous Pentamons J^eaucoup, le mercredi?
VALBERT
Oui, je m'en aperçois. Quaod on a passe la journée à cheval... Vous autres, bourgeois, vous ae savez pas ce que c'est que la fatigue.
( // sej\ite dans un fauteuil. — - Jl baille. ) BLONDEAtr.
Si fait ! je m'en fais une idée. . .
VALBERT
C'est égal , je n'en suis pas moins charmé d'avoir trouvé un ami tendre et obligeant , qui a du punch et d'exceljens fauteuils! ( Il s'endort. )
BLONDEAU
Eh bien, qu'est-ce que vous faites donc, Valbert? mon cher ami Valbert ?
VALBERT , s^endormant. ,
Merci , j'en ai assez bu !
BLONDBAU.
Je ne vous parle pas deçà,». Ce n'est pas ici votre chambre.. . allez vous coucher, ça vous fera du bien. . . Maudit hussard ! il me prend des crispations. . . Durand ! Durand !
DURAND, ronflant.
Hon!...
BLONDEAU
Dieu me p.irdonne, je crois qu'il ronfle. . . il a l'infamie cie ronfler. Il me semble (jue j'ai le droit de lui donner un coup de poing su la tête. . . mais non , une autre idée. . . Ils dorment tous les deux. . . Quelle bonne occasion !. . . si j'osais< . . Il n'y a pas à hésiter. . . il faut en finir. . . et plutôt que de rester avec ce hussard... Ne perdons pas de temps.
AIR : Ilalte-là.
Hâtons-nous! (jBw.)
Dans ma chambre , en silence , Je vais , avec prudence , M'eiifenner aux verroux. . .
Hâtous-aous ! (/e/ .)
La nuit et le mystère , Contre leur ordinaire, Protègent un époux. , .
Hâtons-nous ! ' (Bis.)
( Il s'avance vers la porte de la chambre^ et , au moment d'entrer , il jette un cri. ) ''•
Oh ! . . . oh I . . . oh !.. . grands dieux ! . . .
[^H va à Durand , et lui donne un coup sur la tête. ) DURAND , se réveillant.
Arrêtez ! ne m'assommez pas ! ça n'est pas moi qni fais les imp.ôts !
BLONDEAU
A moi , Durand ! à moi ! au secours ! . . .
DURAND
C'est vous , Monsieur? qu'est-ce qu'il y a donc?
BLONDEAU
Soutiens-moi , Durand ! . . . Un e'blonissemenl ... ici . . . dans l'estomac. . . Exe'crable pâte' !.. Oh ! . . Ah ! . . Oh ! , . VALBERT , se résiliant.
Hein ! . . . Aux armes ! . . . Les Chouans ! . . .
DURAND
Rassurez-vous. . . ce n'est rien. C'est M. Blondeau qui a des e'blouissemens d'estomac.
VALBERT
Ce pauvre ami! Qu'est-ce qui pourrait le soulager? II y a peut-être encore du punch. . .
BLONDEAU
Non , non, . . plutôt mon flacon d'eau de Mélisse. . . li est vrai qu'il est dans la chambre de ma femme. . .
VALBERT
Je cours...
BLONDEAU, Vivement.
Dn tout, c'est inutile , ça va beaucoup mieux.
DURAND, à part.
Diable d'hussard , va !
C'est dgnl, je ne vous quitte plus. . . Il ne sera pas dit qoe j'aurai abandonné un ami.
BLONDEAU
£h bien! voilb ce que je ne veux pns. . . Je ne souffrirai
pas qu'on se gêne poor moi. . . Je «ne serai tranquille que quand je vous saurai dans votre lit.
DURAWD.
C'est-à-dire, dans mon lit,
BLONDEAU
Durand vous donnera tout ce qu'il vous faut : pantoufles, robe de chambre , foulard ; je possède tout cela ... J'ai tonjours ëté un peu sybarite.
VALBERT
Vous l'exigez, j'obe'is... Mais si ça vous reprend, an moindre bruit je serai là, toujours là!
BLONDEAXT.
Merci bien.
DURAND
Monsieur, ce serait-il un effet de votre part de laisser vos bardes à la porte?
BLONDEAU
Pour les brosser?
DURAND
Pour les brosser, ou pour les faire brosser.
Bonsoir, mon bon ami. . , Ne manquez pas de m'nppe- 1er si vous avez une rechute. ( // sort avec Durand. )