SCENE XIV
BLONDEAU, AUGUSTINE, sortant de sa chambre.
AUGT7STINE.
Èh bien! Monsieur, que se passe-t-il donc?. . . J'ai entendu un grand bruit dans cette chambre -, je craignais que TOUS ne fussiez indisposé.
BLONDKAU.
Je Pai été en effet, Augustine.
AUGUSTINE
Cela va mieux , j'espère.
BLONDEAU
Je vous remercie. . . Il y a des douleurs qui se dissipent, Augustine. . . Le pâté , par exemple. . . mais il eu est d'autres qui pèsent éternellement sur le cœur ulcéré d'un époux . . .
AUGUSTINE
Que TOulez-You8 dire? je ne saurais comprendre. . .
BLONDEAU
Regardez- moi en face, Augustine.
AUGUSTINE
Eh bien?
Vous ponvez rae regarder en face? ( A part.) Elle peut rae regarder ea face , il n'y a plus de ressource.
ADGUSTINE.
Mais qu'avez-vous? d'où vient rallérationquide'compose Tos traits?
BLONDEAU
Ne faites pas attenti<>n Âugustine , êtes - vous ullce
quelques fois à Nantes?
AUGDSriNB.
A Nantes?
BLONDKAtJ.
Oui, dans la ville de Nantes.
AUGUSTINE
Il y a deux ans, j'ai été passer trois mois chez ma taule Grandjean. . .
BLONDEAU
Vous êtes alle'e à Nantes?
AUGUSTIKE.
Pourquoi cette question?
BLONDEAU
Il est donc vrai !... tu en conviens, e'pouse artificieuse!... Et dire quelle est ma femme. . . car nous sommes mariés ; et dès le premier joiir^ me voilà classé dans la plus ridicule des catégories.
AUGUSTINE
Blondeau, que dites-vous? votre tête s'égare. . .
BLONDEAU, lui donnant la lettre.
Lis, malheureuse!... déchiffre cette lettre si tu peux, car c'est fort mal écrit; mais ta conscience doitt'écluirer... ( A part.) Observons le jeu de sa physionomie. AUGUSTINE, après avoir lu.
O ciel! quelle affreuse calonmie ! . , . Snis-je assez liumiliée Et c'est vous qui avez pu ajouter foi... aujourd'hui?, . . Allez , vous êtes indigne de mon cœur.
BLONDEAU
Mais enfin , Madame, cet oilicier, ce Valbcrt, je ne l'ai pus inventé... et votre évanouissement n'est pas une chimère.
AUGUSTINE
Quelle horreur ! . . . Et comment peut-on interpréter. . «
Ah! c'est le comble de la de'pravation. . . Je ne voulais pas le croire , mais je ne vois que trop maintenant la preuve «le votre inconduite , de vos de'rëgleraens; on connaît vos liaisons avec une grisette , mademoiselle Agathe.
BLONDEAU
Agathe ! ( A part. ) Qu'est-ce qui a pu faire des propos ?
AUGUSTINE
Je ne vous en parlais pas, j'avais le courage d'imposer silence à mon juste ressentiment... et c'est cette femme qui veut me perdre à vos yeux , c'est vous qui m'accusez sur un indice aussi fugilif. . . Ah ! pourquoi ai-je uni mon sort an vôtre? pourquoi n'ai-je pas écouté les conseils qu'on m'a prodigués?. .... Homme sans délicatesse, vous avez flétri mon avenir!
BLONDEAU, à part.
Au fait, il est bien possible que la petite Agathe... ( Haut.) Augustiue. . .
AUGUSTINE
Laissez -moi, Monsieur, laissez -moi 3 tout est fini entre nous. . . Je demande le divorce.
BLONDEAU
La loi n'est pas rendue.. . Augustine , chère Augnstine , pardonnez un transport bien permis à un époux qui ne l'est pas encore, et qui vous prouve d'ailleurs toute i'énormité rie ma tendresse.
AïK : Tu n'auras pas ma Rose.
O femme (jue j'adore Peux-tu bien m'accuser?
L'amour qui rae dévore Doit tout faire excuser.
Ah ! que tou cœur plus tendre Enfm répoude au mien. . .
AUOUSTINE.
Il n'y faut plus prétendre.
BLONDEAU
Ici , daigne m'entcndre...
AUGUSTINE
]Non , non , je n'entends rien.
( Le tambonr plus rapproché bat le rappel. )
AUfeUSTIHE. .•
Ali ! mon dieu , c'est le rappel.
BLONDEAU
Le rappel?
AUGUSTINE
Il y a sans ddlite quelque chose d'exlraorcJin.'iire.
( Elfe va ouvrir la fenêtre. )