LES MÊMES, DURAND
( // accourt , portant sur son bras , la capotté de Bl'ôndeau. )
DURAND
Monsieur , Monsieur. . . Les chouans!
BLONDEATT.
Les cliouniis ? Est-ce que ça te regarde ? pourquoi n'es- ta pas couché?
DURAND
J'allais vous faire la même question , mais c'est différent. Il m'est impossihle de dormir dans Peudroit où tous m'avez situé ; heureusement qu'à la cuisine j'ai trouvé quelques petites douceurs pour me refaire... Mais il paraît que toute l<i ville est en rumeur.
BtONDBAtr.
Qu*est-ce que ça me fait, à moi? Pourquoi vicns-tu nous effrayer ? C'est-à-dire, effrayer ma femme.
DURAND
Je vous apporte votre cupolte, à laquelle que j'ai remis un boulon à ce matin; car je fais de tout , dans cet o m.iison
ici Je n'étais pourtant pas né pour remettre les bou»-
tons.
BLONDEAU
Que veux-tu que je fasse de ma capôtte?
Dam'I vous (jui clés un chaud, un zélé, qui ne manquez pas une an»eule. . . {^Apart.) Le plus souvent, il laisse aller les autres , et puis il dit qu'il n'a pas pu les rattraper.
BLONDEAU
X^orand, "e suis marie. . . ça change ma position; avant d'êlr^ garde national, je suis citoyen. . . Je me dois à ma famille^ et certainement on peut bien se dispenser la nuit de ses noces. . .
VOIX . sous la fenêtre , en dehors.
Lieutenant Blondeau! lieutenant Blondeau!
BLONDEAU
Ilein ?
DURAND
Vous entendez , Monsieur, on vous appelle.
BLONDEAU
Que le diable les emporte!
DURAND
An fait, c'est à vous de commander la compagnie, vu que le capitaine est absent pour cause d'alibi.
AUGT7STINE.
Vous ne pouvez guère vous exempter... car enfin, vous
avez une place du gouvernement On u les yeux sur
vous. . . et vous avez des ennemis.
DURAND
Oh ! c'est vrai. Dans voire compagnie je connais des sergens et des caporaux qui ne peuvent pas vous souffrir; ça les vexe que vous soyez lieutenant provisoire.
AUGUSTINE
Ils ne manqueraient pas de profiler de votre négligence pour vous empêcher d'être nommé définitivement.
BLONDEAU
Vous croyez , cher amour. . , Vous avez peut-être raison , mais c'est bien de'sagréable Allons , puisqu'il le
faut, endossons la redingotte. ( Durand la lui passe. ) Je puis dire que je suis victime de mon patriotisme. . . Mou épée.
DURAND , la lui présentant.
Voilà, Monsieur.
BLONDEAU , tout en mettant son cpt'e.
Etre forcé de voler aux armes , abandonner son ménage pendant la nuit; car il faut que je découche. ., Mon chupeau à cornes.
DTJRAND , allant le chercher^ 11 est dans la chambre à coucher.
VOIX, en dehors.
LieuteDant Blondeau , on vous attend!
BLONDE AU
On y va.. . Sont-ils pressés.
DURAND, revenant.
Voici votre coiffure.
BLONDEAU , l'e'pée au côle\ le chapeau à cornes sur la lête , fait quelques pas d'un air grave , affectant le ton et la dt' marche d'un guerrier sous les armes. — A Durand. Eh bien! comment me trouves-tu?
DURAND , le regardant.
Quand on ne vous voit pas, c'est frappant.
VO^x, endeJiors.
Lieutenant Blondeau! lieutenant Blondeau !
BLONDEAU
Adieu, Augnstiae, je vole aux combats.
( // sort précipitamment.)
DURAND, courant après lui , avec la botte. ]y][oQsieur, Monsieur; et votre botte que vous oubliez.