LES MÊMES , AUGUSTINE
AUOrSTINK *.
Ail! vous voilà, Monsieur, c'est fort heureux... Vous êtes d'une galanterie charmante! vous savez que je suis là, seule , au milieu d'un monde scrutateur , et je vous trouve à boire du punch.
jjma DUTOUR.
Elle a raison. Mon gendre , c'est fort mal. . .
BLONDEAU
Pardon, mille pardons, Mademuisclle. . .
M"* DUTOUR
Toujours Mademoiselle. . . . On dirait que vous le fuites exprès , Blondeau.
BLONDEAU
C'est plus fort que moi. . . l'autre mol ne me vient pas. Et puis , je ne sais pas si ça ferait plaisir h Âugustine. . . Ça
^ Blondeau, Augustiue, madame Dutour.
ne vous fera-t il rien , Augusline, que je vous appelle ma femme? *
AIGUSTITÎE.-
Mais , Monsieur , pnisqo'il le fant. • BLONDEAU.
Eh bien ! ma femme , ma petite femme , je vais dire pourquoi je prenais un verre de punch.. . J'ignore si c'est l'effet ^u bonheur, mais j'ai lu, un poids sur resloiuac. .
jyjme DUTOrB.
Ça ne m't'lonne pas J*ai remarque' qu'à table, vous
donniez sur tons les mets avec une avidité... surtout sur le pâté qu'on vous a oiivo}é de Strasbourg. . . Un pâté magnifique, qui aurait dû vous faire toute la semaine; et c'est à peine s'il en reste.
BLONDEAU
Vous m'en avez redemandé trois fois, belle-maman.
Bime DUTOrR.
Moi , c'est indiflférent. Un jour comme celui-ci , je mangeais par contenance, pour cacher ida douleur.
BLONDEATJ.
Il paraît que vous avez bien du chagrin?
jjjine DUTODR.
Mais un marié, c'est tr(>s-mauvais genre. .. Surtout du pâle...
AUGUSTINE
Ah ! oui . . . c'est affreux !
BLONDEAU
Chère Augustine !
AUGUSTINE
Laissez-moi , Monsieur ; il me prend des envies de pleurer.
M™* DUTOUR
Calme -foi , mon enfant. . . et prends garde de chiffonner ta robe. . . Est-ce que lu ne t'es pas un peu amusée?
AUGUSTINE
Si fait, maman.... Au contraire, j'ai beaucoup dansé; mais cela ne répond pas h l'idée que je me fiiisnis du mariage. Ah! je \ons l'avoue, je m'attendais à des émotions plus vives.
BLONDEAU
Des émotions , Augustine. . . iMoi , je n'en connais pis de
plus fortes, que celles tjue je puise dans vos rrgnrds, et à moins que les chouans ne viennent nous enlever avec toute
la noce ( On entend sonner de la trompette en dehors. )
Ah ! mon dieu , qu'est-ce que c'est que ça?
M™* DUTOUR , qui n ouvert la fenêtre.
Rassurer- vous , c'est uu régiment de cavalerie. . . On ne Taltendait que demaio , mais il p.iraît qu'on Ta fait venir à marches forcées.
BLONDEAU
De la cavalerie. . . Des dragons ?
M™* DUTODR.
Non , des hussards. *
( Elle referme la fenêtre ^ et vient se placer entre Blondeau et Augustine. ) AUGUSTINE, vitfement.
Des hussards \
BLONDEAl'.
Eli bien! qu'avez- vous?. . . Ne craignez rien, on ne se battra pas dans la ville. . . Vous vouliez des émotions, en
voilà une.
M"* DUTOUR
Elle est si sensible!
BLOyDEAU.
Qualité précieuse, qui relève encore les grâces de la nature.
M™' pUTOUPi.
Mon gendre , est-il Lien tard?
BLONDEAU
Près de minuit , belle-maman.
m"* DUTOUR.
Minuit, il est temps de nous retirer Je vais mener
Augustiue dans sa chambre.
AUGUSTINE
O ciel! que dites-vous?
BLONDBAU.
Vous voyez bien que ça la contrarie Elle voudrait
peut-être encore diinser la boulangère.. . . Laissez-lui danser la boulangère.
M°* DUTOUR
BItmdeau , VOUS êtes un singulier houiuie... Ma fîlle a sufHsamment dansé i profitons du uiouieatoù nous soniiues
seuls; loul-à-l'heure on ne voudra plus la laisser pnrlîr.. .- Avez - vous l'envie que tout ce monile là reste Ici jusqu'au^
jour? Le sirop, les gAfeanx , la lumière, tout y va Je.
vous en préviens. . . Allons, ma fille , sois raisonnable-
AUGTJSTINE.
Qcel affreux moment!
M™* DL'TOUR, la prenant à part.
Tu sais que Blondeau est un garçon très-doux , Irèsr, complaisaot. . .
AtJGUSTINE.
Je suis prête à vous suivre.
jjme DUTOTJR.
Elle y consent , mon gendre. Nous partons î
( Elles se dirigent du côté de la chambre nuptiale. ) BLONDEAU.
Elle y consent! Vous y consentez, Aogustine?
AUGUSTINE
Mais , Monsieur, puisqu'il le f.iut. . .