‹ La plus faible; comédie en quatre actes, en proseChapitre 10 sur 112 · ACTE I, SCÈNE III I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III I

GERMAINE

Veuve, provinciale, seule, ma mère se trompa. Je n'en garde pas rancune à sa mémoire. Et je lui sais gré d'avoir fait de moi la petite bête

pieuse que je suis restée. (Un temps. Elle réfléchit.)

Naguère, j'avais dans Paris des chapelles préférées, et je me détournais de mon chemin pour leur faire une visite.

GOURD

Parfaitement... Vous aviez des pâtisseries favorites pour y grignoter vos oraisons.

GERMAINE

Il m'arrivc, maintenant encore, d'y entrer, de m'agenouiller devant la statue de la Vierge, de me mettre à prier... Comme autrefois, je cause avec la mystérieuse protectrice dont l'image est là, devant mes yeux, veillée par une humble lampe... Je lui parle de Jacques, de sa santé, de ses livres, de ses projets, de notre amour...

GOURD

De moi...

GERMAINE

Je lui parlerais certainement de vous si vous

me confiiez vos ambitions et vos désirs... Ah! les doux moments de quiétude, d'oubli!... Autour de moi, ce sont les calmes rumeurs familières à mon enfance, l'orgue qu'on essaie, les chaises qu'on range, le chuchotement d'une prière à côté de la mienne... Je suis heureuse... Puis tout d'un coup je me rappelle, je me rends compte... Je n'ai plus le droit d'être là. Je n'ai plus le droit de prier parmi les fidèles. Je suis une pécheresse, je suis exclue. Bien vite je me relève, je me sauve par les nefs les plus sombres, pour tâcher que le bon Dieu ne me voie pas.

Pauvre âme! la religion qui vous jugerait pécheresse se condamnerait elle-même devant la raison... Est-ce qu'on vous refuse l'absolution comme à M™° de Pompadour ?

GERMAINE, simplement.

On me dit: « Mon enfant, je vois bien que ^ous n'avez pas un méchant cœur et que les événements vous ont précipitée. Mais, que voulez-vous? vous vivez avec un homme qui n'est pas votre mari. Aucun prêtre ne saurait

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