‹ La plus faible; comédie en quatre actes, en proseChapitre 9 sur 112 · ACTE 1, SCÈNE lii · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE lii

GERMAINE

Vous savez combien j'aime Jacques et vous me demandez cela ?

GOURD

Vous pouvez adorer Jacques et déplorer de n'avoir pas, outre lui, ce que vous lui avez sacrifié.

GERMAINE

Qu'ai-je donc de moins, grand Dieu! L'argent? Je n'ai jamais su en tirer le moindre plaisir. Les relations mondaines? Elles m'étaient insupportables. J'y portais une timidité, une impatience invincibles... La considération?

GOURD

Pourquoi pas? Cette bonne vieille considération, célébrée par Camille Doucet, n'a-t-elle pas son prix

GERMAINE

Gourd, je suis tout le contraire d'une révoltée et d'une revendicatrice, vous n'en doutez pas? Je suis la femme de Jacques devant ma conscience, et, je l'espère, devant la sienne... Bien

vrai, cela me suffit... (Un temps.) Une seule chose me chagrine et parfois me tourmente!

GOURD

Laquelle?

GERMAINE

Oh! vous ne comprendriez pas!

GOURD

Parce que je suis obtus?

GERMAINE

Parce que vous êtes libre penseur.

GOURD

Compris ! la religion !

GERMAINE

J'ai été élevée chrétiennement : ma mère mêlait la religion à tous les actes de sa vie...

GOURD

Ça l'a bien servie et vous aussi! Avec l'aide de tous les ecclésiastiques et de tous les personnages bien pensants dont elle s'entourait, elle vous a mariée à un coquin.

Page 1