ACTE IV, SCÈNE IV
vit. Elle souffre. Et malgré tout le mal que tu lui as fait, elle se refuse à douter de ton cœur. Elle te pardonne, ou plutôt elle ne t'a jamais condamné. Quand je lui ai dit le soupçon ignoble qu'on laissait peser sur nous deux, sais-tu ce qu'elle s'est écriée? « Jacques a cru cela... Oh! comme il a dû avoir mal ! »
JACQUES
Pauvre aimée!
GOURD
Ça n'avait pourtant guère les façons d'un rendez-vous galant, ce que ta digne famille appelait (( notre ménage ». J'avais cédé ma chambre à Germaine; je couchais tout vêtu dans mon cabinet de travail, sur un canapé que j'ai acheté d'occasion vers 1889... Tu le connais... je ne sais pas s'il lui reste des ressorts, mais on ne m'a pas volé sur le bois... ce qu'il est dur!. (il se frotte les
reins... puis, plus grave et peu à peu ému.) Notte menace!
un ménage d'anxiété et de larmes où l'on ne mangeait ni ne dormait plus, où l'on ne parlait que de l'absent, que de toi... On surveillait la rue des Belles-Feuilles, comme des policiers.
pour tâcher de communiquer avec toi... ou tout au moins d'avoir de tes nouvelles. Et quand, enfin, je t'ai revu, quand j'allais me jeter dans tes bras, tout fier d'avoir donné un asile à ta femme, que je respecte comme ma sœur, tu m'as accusé! Ah! Jacques, cela n'était pas bien. Tu as blessé Germaine au cœur, mais tu m'as fait bien du mal aussi.
JACQUES, ému, lui prenant le bras.
Mon pauvre vieux, (ils se serrent la main sans se regarder.) Tu m'en veux toujours?
GOURD, se dégageant.
Je veux savoir, d'abord, si tu es guéri de ta maladie de soupçon... Me crois-tu, aujourd'hui?
JACQUES, un peu gêné.
Je crois, absolument, que le séjour de Germaine chez toi a été celui d'une sœur chez son frère.
GOURD
Tu le crois... mais enfin, ça n'a pas l'air de te partir... Voyons, qu'est-ce qui te travaille encore? (Se rappelant.) Ah! le papier! le sacré papier