ACTE I, SCÈNE VI f
LEBRUN
Vous êtes garçon, Jacques, cela vous touche moins. Mais entre les membres d'une même famille, n'est-il pas vrai? il faut de la solidarité. Or, nous avons une fille, Pauline, à laquelle vous portez intérêt. L'action que nous avons résolu d'entreprendre, ma femme et moi, aura plus de force si l'initiative vient en même temps des deux héritiers de M. Nerval, Angélique et vous. Voulez-vous vous joindre à nous?
JACQUES
Mon Dieu, en principe, s'il s'agit d'épargner des déboires à maman... Mais je ne vois pas bien comment...
LEBRUN
Rapportez-vous-en à moi, qui suis avoué et assez compétent, je puis le dire, dans ma partie. Je vois deux solutions : le conseil judiciaire et l'interdiction. (Jacques se lève.) Le conseil judiciaire serait obtenu sans aucune difficulté. Quant à l'interdiction... (S'imerrompant.) Qu'y a-t-il, Jacques?
JACQ.UES
Vous me proposez sérieusement de faire inter-
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dire mon père?... de donner un conseil judiciaire à mon père?
LEBRUN
Votre père est aux mains d'une créature qui l'affole et qui le dépouille. Il dissipe sa fortune. Il compromet le renom de la famille... Je ne me paye pas de mots, moi! La piété filiale n'a rien à voir là-dedans, ou plutôt elle vous commande de défendre votre père du ridicule et votre mère de la ruine.
JACQUES, ironique.
Et pour cela de traîner notre nom devant les tribunaux et d'étaler publiquement cette misère intime?... Non, mon cher Lebrun, ne comptez pas sur moi pour vous y aider.
LEBRUN
Si ce sont des scrupules filiaux qui vous arrêtent, vous êtes bien bon... Vous n'avez eu guère à vous louer de M. Nerval.
JACQUES
C'est vrai. Mon père a été pour moi, depuis l'enfance, sévère et un peu injuste. Il a contrarié mes goûts tant qu'il a pu; ce que je suis devenu.