SCENE III GOURD, GERMAINE
GERMAINE, lui tendant la main, qu'il baise.
C'est vous, déjà?
GOURD
Vous êtes bien gracieuse. C'est moi, — déjà.
GERMAINE
Je veux dire qu'il est six heures à peine et que Jacques n'est pas encore rentré.
GOURD, s'asseyant.
Le jeune maître se promène encore par la ville? Tant pis pour lui. Il n'aura pas ma conversation, et moi, j'aurai la vôtre pour moi tout seul.
GERMAINE
Vous ne dînez pas avec nous?
GOURD
Si fait! Cette visite est pour vous annoncer que je suis votre convive. Vous me direz que j'aurais pu envoyer un billet... Mettez que j'avais des courses dans votre quartier. C'est plus fort que moi : quand je passe devant votre maison, j'entre...
GERMAINE, souriant.
Comme au café.
GOURD
Méchante!... Comme chez moi, un peu... Ai-je tort?
Non, ami Gourd, je vous taquinais. Vous êtes chez vous, ici, vous le savez; l'on vous y aime bien.
GOURD
Vous m'aimez bien, vous?
lO LA PLUS FAIBLE
GERMAINE
Je vous aime beaucoup, parce que vous aimez Jacques sincèrement.
GOURD
Voilà! La médaille militaire! la récompense de l'obscur fantassin! Merci tout de même...
(Il se lève et va prendre un numéro de la Revue des Deux Mondes.)
Je ne vous gêne pas, au moins? A la façon dont vous m'avez reçu!... Si je vous dérange, je puis aller lire la T^vue dans le salon... Qu'est-ce que vous faites?
GERMAINE
Je copie le manuscrit de Jacques.
GOURD, s'approchant.
Le quatrième volume de Taris sous le Vlrec- Toire.
GERMAINE
Oui. J'ai déjà copié vingt et une pages et demie.
GOURD, feuilletant le manuscrit.
Vingt et une pages et demie... sur... quatre cent trois... Il ne vous en reste plus que trois