ACTE III, SCÈNE IV I f
repondre de vous.... Comme j'ai eu mal! Je priais Dieu de me donner votre blessure. Il le pouvait, n'est-ce pas, puisqu'il peut tout?
JACQUES
Il peut tout, certainement. Seulement il est plus discret de ne pas lui demander des tours de force.
PAULINE
Peut-être... Enfin, le troisième jour, à quatre heures, le docteur Ranson a déclaré que vous étiez sauvé... Il n'y avait plus de danger... Vous étiez obligé de rester couché parce que vous aviez un appareil sur la poitrine... Je m'installais au pied de votre lit avec un ouvrage, je vous regardais sommeiller et j'étais contente...
JACQUES
Douce Pauline!
PAULINE
Comprenez donc, mon oncle... Avant votre duel, je ne vous voyais pour ainsi dire jamais... Vous ne veniez guère ici; maman ne voulait pas me conduire chez vous. Oh! cela m'agaçait...
l6o LA PLUS FAIBLE
(Elle se rapproche et s'assied à côté de Jacques.) FiffurCZ-VOllS
qu'à la pension mes compagnes me questionnaient sur vous : « Comment est-il?... Où habite-t-il?... Tu vas chez lui?... Comment est-ce, chez lui?... Est-ce bien arrangé? » Qu'auriezvous fait à ma place? Moi, je mentais... je disais la couleur des papiers de tenture, je décrivais le mobilier...
JACQUES
C'est là ta confession? Je t'absous.
PAULINE
Oh! non. Ce n'est pas ça; c'est plus grave... Voici. Je vous disais donc que pendant vos derniers jours d'appareil, j'étais très heureuse, trop heureuse. Alors, j'ai fait une prière.
JACQUES
Encore! Quelle cliente du ciel!
PAULINE
c( Mon Dieu, disais-je, faites que mon oncle Jacques continue à aller bien, mais, je vous en prie, laissez-le encore un bout de temps dans son appareil. »