‹ La plus faible; comédie en quatre actes, en proseChapitre 78 sur 112 · ACTE III, SCÈNE IV l6l · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV l6l

JACQUES, riant.

Voilà une belle prière.

PAULINE

Il n'y a pas de quoi rire! Je prévoyais bien que le jour où l'on vous débarrasserait de l'appareil, vous n'auriez plus qu'une envie : retourner chez vous... Et je n'avais pas tort; il y a une heure vous vouliez nous quitter.

JACQUES

Tu ne vas pas prier le bon Dieu pour que j'aie une rechute, j'espère?

PAULINE

Non, je vous le promets... quoique j'aie bien du chagrin! Vous vous en retournez dans votre maison, où jamais on ne me conduit... Quand vous y serez rentré, vous ne viendrez plus jamais nous voir... Les choses vont recommencer comme avant le duel... Ce n'est pas gai!

(Elle s'essuie les yeux.)

JACQUES

Tu l'aimes donc un peu, ce pauvre vieil oncle?

l62 LA PLUS FAIBLE

PAULINE, avec impatience.

Je ne veux pas que vous disiez que vous êtes vieux; ce n'est pas vrai. Je lis toujours, à propos de vous : « Le jeune écrivain... le jeune maître... » Et moi je vous trouve très jeune, et avec personne je ne me plais autant qu'avec vous.

JACQUES

Même avec ton père?

PAULINE, baissant les yeux.

Oli! mon oncle... ce n'est pas du tout la

même chose. (Un silence. Elle regarde Jacques.) Le malheur, c'est que ça vous est bien égal, à vous, d'être près de moi ou loin de moi.

JACQUES

Pourquoi dis-tu cela? J'ai grand plaisir à ta compagnie.

PAULINE

Ça n'empêche pas que je reste quelquefois des heures à côté de vous sans que vous pensiez seulement trois secondes à moi... Oh! ne dites pas non, j'en suis sûre. Je voudrais bien savoir à

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