ACTE m, SCÈNE X I
as l'air d'avoir hâte d'écarter tous ceux qui peuvent m'éclairer... On ne machine rien contre (( vous », comme tu viens de le répéter, car tu persistes à associer toujours la responsabilité de Germaine à la tienne. On me dit seulement — et depuis longtemps — que tes sentiments visà-vis de Germaine ne sont pas tels que tu puisses me les avouer... tranchons le mot, on dit que tu l'aimes.
GOURD
On dit ça
JACQUES
On se trompe?... On te calomnie?... (Montr»nt le billet.) Je te demande pourtant comment tu accordes des sentiments avouables avec des termes si mystérieux.
GOURD
Alors, tu en es là? Après onze jours passés ici, loin de nous, tu en es à prendre au sérieux les racontars que les gens de ta famille inventent sur moi, parce qu'ils sentent que je suis du parti de Germaine contre eux?... Ils ont
trouvé ça, que j'aime Germaine. Et puis, après? Ça t'offusque?
JACQUES
Non. Mais, si c'est vrai, tu aurais pu me le confier plus tôt; cela aurait peut-être, tout de même, modifié nos rapports.
GOURD
Te le confier plus tôt? Mais me l'as-tu seulement jamais demandé? Ça t'était bien égal, mes sentiments pour Germaine, et il faut que tu sois déjà intoxiqué par l'air de cette maison pour en prendre alarme. Je n'aurais d'ailleurs éprouvé au-^ cune gêne à te les avouer : un peu de pudeur, seu- * lement. Oui, j'aime Germaine. Oui, je lui donne une affection que jamais aucune autre femme ne m'a inspirée... quelque chose de plus qu'amical... de plus que fraternel... mais de si désintéressé, de si sain, qu'il ne me serait pas venu à l'esprit d'en être troublé devant toi... (ii fait quelques pas.) J'ai été peu gâté parles femmes, tu le sais. Quand j'étais très jeune, j'ai pâti de leur indifférence. Mais à l'heure où Germaine est entrée dans ta vie, depuis longtemps j'étais résigné, va... Être jaloux