‹ La plus faible; comédie en quatre actes, en proseChapitre 93 sur 112 · ACTE m, SCÈNE X IÇf · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE X IÇf

de toi? Quelle folie!... Au contraire — comment t'expliquer cela — il me semble que je t'ai aimé davantage parce qu'elle t'aimait. Toi, tu te disais : (( Ce pauvre Gourd est un peu amoureux de Germaine... » Et cela te semblait comique, n'est-ce pas? Eh bien! tu te trompais. Je ne me serais pas permis de penser cela de moimcme... Seulement tout ce que le dédain des autres femmes avait laissé d'amertume en moi... d'humiliations... tout ce que les bonnes fortunes d'autres hommes, — oh! pas les tiennes! — y avaient peut-être fait lever de mauvaise envie... eh bien! elle me le faisait oublier, elle, rien qu'à me laisser entendre qu'elle me réservait, à côté de toi, une place étroite dans son cœur. (Un silence.) Il y a de vieilles filles trahies ou dédaignées par l'amour qui se consolent dans la dévotion. J'ai ma dévotion, moi aussi : c'est Germaine. Personne ne m'empêchera de l'aimer de cette façon-là : pas même toi, je t'en préviens.

JACQ UES, toujours froid.

Oh! je n'ai aucun souci d'étouffer de si beaux sentiments. Je trouve anormale la façon dont tu

les exprimes, voilà tout. Et je persiste à te demander de l'expliquer.

GOURD

Je te dis que je ne le peux pas. Ne me tourmente plus, je t'en supplie; quitte cette maison au plus vite. Viens nous rejoindre. (Mouvement de Jacques.) Germaine te rassurera d'un mot.

JACQ UES

Vous rejoindre?... Qu'est-ce que tu veux dire?... Où donc est Germaine?

GOURD

Mais... chez moi.

JACQUES, bondissant.

Germaine est chez toi?

GOURD

Tu ne sais donc rien de ce qui s'est passé? Germaine avait été rudement avertie par ta sœur qu'elle ne devait pas demeurer quai d'Orléans en ton absence. Tu supposes bien qu'elle n'a pas disputé la place. Alors, où pouvait-elle s'abriter?

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