ACTE Iir, SCÈNE X I
JACQUES
Partout ailleurs que dans ta maison, puisqu'on avait, sur vous deux, émis des soupçons qui me déshonorent. Et toi, quand elle est venue chez toi, qu'est-ce que tu as fait ?
Moi?... Mais, je n'ai rien fait...
JACQUES
Enfin, où es-tu allé?
GOURD
Je ne suis allé nulle part. Je suis resté chez moi.
JACQUES
Le soir du duel, tu as reçu Germaine chez toi
et tu y es demeuré avec elle? (Gourd fait signe que oui.)
On m'avait dit cela... Je croyais à des calomnies. Et c'est vrai?
GOURD
C'est vrai. (Comprenant.) Ah! qu'est-cc que tu soupçonnes ? Tu es fou !
IçS LA PLUS FAIBLE
JACQUES, s'abattant sur un fauteuil.
Ils avaient raison, ici. (Gourd veut s'approcher.) Oh!
je t'en prie, épargne-moi tes explications, tes assurances. Un ami comme toi, ça coûte trop cher à l'honneur des gens qu'il aime...
GOURD
Mais tu perds l'esprit... Voyons, ne t'agite pas, ne te fais pas de mal à toi-même. Ça me paraît si monstrueux, ce que tu imagines... que je me demande si vraiment j'ai compris.
Ah! tu ne comprends pas qu'un honnête homme n'écrit pas à la femme de son ami dans les termes où tu as écrit à Germaine?... que, quand l'ami est blessé, cloué sur son lit, il n'en profite pas pour compromettre irrémédiablement la femme en l'emmenant chez lui, si publiquement que le lendemain tout le monde le sache, même les valets?... Eh bien! va-t'en réfléchir là-dessus... et ne reviens que quand tu auras compris. Quant à tes phrases sentimentales et à ta belle âme, je n'en ai que faire.