ACTE IV, SCÈNE M
ral qui ne veut pas guérir. Je n'ai de goût à rien. La promenade, la conversation, les livres m'excèdent... Je me contrains à travailler... et quand, au bout d'une demi-heure, j'ai tracé quelques lignes, tout à coup je songe : A quoi bon ce que je fais là? On va imprimer ça, des gens vont le lire. Les uns diront que c'est un chef-d'œuvre, les autres que c'est une ordure... Et puis après? Dans un temps plus ou moins long, pas très long, ce sera l'oubli, le grand oubli sur le livre et sur moi. Ah! l'oubli!... Il décourage mon effort... Mais je t'assure, maman, il ne m'effraye pas, au contraire... Etre oublié... oublier!
MADAME NERVAL, le prenant peu à peu comme un enfant.
Mon petit Jacques, tu as de la peine? (Geste indifférent de Jacques.) Si ! tu as de la peine. Donnem'en ma part.
JACQUES
Laisse-moi me serrer contre toi, comme quand j'étais petit. Je ne peux rien te demander de plus.
MADAME NERVAL
A moi? A ta mère?
Justement.
MADAME NERVAL
Veux-tu dire que par respect pour moi, ou par souci des convenances, tu ne peux pas m'ouvrir ton cœur? Parle bien vite, au contraire. Est-ce qu'il y a des convenances pour m'empêcher de te consoler?
JACQUES
Tu es bonne. Oui, je souffre. Si j'avais découvert nettement, indubitablement, comme certains hommes le découvrent, qu'on m'a toujours trompé, bafoué, qu'on n'a cherché qu'à jouer la comédie du dévouement pour me pousser au mariage... eh bien! je crois qu'aujourd'hui ma blessure intime serait déjà cicatrisée, comme l'autre. Ou bien encore si j'avais rompu de mon plein gré, par raison, pour m'affranchir... J'aurais eu un temps de remords... puis probablement l'égoïsme m'aurait valu l'apaisement. Ce qui m'angoisse, c'est l'obscurité où s'est accomplie la rupture, malgré moi, presque... J'étais