ACTE IV, SCÈNE II
encore affaibli par ma maladie; les idées dansaient dans ma tête... Je me rappelle comme un cauchemar des conversations atroces avec Rémi, avec Angélique... une dispute violente avec Gourd. Au moment où Gourd m'a quitté, m'injuriant, j'étais sûr qu'il me trahissait. Aujourd'hui... je ne sais plus! Je ne sais plus si c'est Gourd ou moi-même qui avons brisé notre amitié. Je ne sais plus si c'est Germaine qui m'a trahie ou moi qui l'ai abandonnée. Le certain, c'est que je suis tout seul... c'est que je n'ai plus de compagne, plus d'ami, et que je trouve la vie exécrable... Ils s'étonnent, là-bas, que je tarde à me rétablir. Un peu plus, Angélique, Lebrun, Pauline même, m'accuseraient de mauvais vouloir, d'ingratitude. Ils ne comprennent pas que les soins, les attentions, les gentillesses de la famille, ne sauraient me distraire de cette alternative : la plus atroce jalousie ou le mépris de moi. Ah! le fer de cet Huguet aurait dû pénétrer de deux pouces plus avant dans le poumon.
MADAME NERVAL
Oh! méchant! méchant! Mais c'est moi que tu vas tuer avec des mots pareils. Jacques! mon
Jacques! qu'est-ce que je peux faire pour te soulager? Que ta maman ne puisse rien pour toi, c'est impossible !
JACQUES
Eh bien, oui... Tu peux me donner des certitudes, car tu as assisté, toi, à des choses qu'on ne m'a contées que confusément, et avec des réticences... Tu me comprends?... Dis-moi ce que tu as pensé, ce que tu as jugé : ce sera la vérité, j'en suis sûr. Et si dure qu'elle soit, quand je ne douterai plus il me semble que le courage de vivre me reviendra. Dis, mère !
MADAME NERVAL
Mais, mon pauvre Jacques, que puis-je t'apprendre?... Je ne sais rien de plus qu'Angélique et toi...
JACQUES Tu as vu (Il hésite à dire le nom, puis se décide.) Germaine chez Angélique, le jour du duel?
MADAME NERVAL, embarrassée.
Oui... je l'ai vue. Elle était extrêmement
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émue, naturellement... elle insistait pour te voir.
(Essayant d'échapper aux interrogations de Jacques.) MaîS Angélique, ton père et Lebrun, peuvent te renseigner là-dessus mieux que moi. Je n'ai vu qu'une partie de la scène. (Émue.) Et puis, de parler de ce jour-là, de me rappeler ces moments-là... Oh! ça me fait si mal! Èpargne-moi!
JACQUES
Parle, mère, je t'en conjure. Tu ne t'es pas laissée leurrer par des protestations de comédie, toi! Germaine voulait me voir? (Signe de m*"* Nerval.) Elle était inquiète? Elle pleurait?...
MADAME NERVAL, se rappelant et comme regardant une image dans le passé.
Oui!... La malheureuse! Elle se traînait à mes pieds... elle me disait : (( Madame, vous me laisserez entrer, vous! Je le soignerai si bien... Si l'on ne veut pas me le laisser soigner, je le regarderai seulement... Je le verrai! » Oh! c'était affreux!
JACQUES
Et tu as pu résister, toi, mère! Tu as pu la laisser chasser... tu ne m'as pas appelé!
MADAME NERVAL
T'appeler! Mais tu étais mourant! on m'assurait que la moindre émotion risquait ta vie! Sans cela personne ne m'eût empêchée de défendre un être que tu aimais et qui t'aimait!
JACQUES
Tu crois donc qu'elle m'aime, toi?
MADAME NERVAL
Ah! j'en suis sûre!... Je l'ai vue t'aimer si ardemment... que j'en ai eu un peu de jalousie.
JACQUES
Et Gourd? Quelle était son attitude le jour de mon duel?... Tu l'as vu, lui aussi?
MADAME NERVAL
Le pauvre garçon ! Il s'accusait de n'avoir pu empêcher ce duel; il jurait, s'il t'arrivait malheur, d'aller provoquer ton adversaire et de le tuer.
JACQUES
Tu sais pourtant que, le soir même, il a emmené Germaine chez lui et l'y a gardée.