DIAGNOSTIC
Le diagnostic de la pneumonie disséquante fi sente de réelles-difficultés.
IH sera basé sur l'existence de symptômes généraux. qui sont ceux d’une affection grave et septique,
sur les caractères spéciaux de l’expectoration, abon- dante et hémorragique, sur les signes physiques, cavitaires au bout d’un temps relativement court.
Nous avons vu qu'en cas de pleurésie purulente masquant la lésion, le diagnostic n’avait souvent été
fait que par l'issue, hors de la plèvre, de fragments
nécrosés de lissu pulmonaire.
C’est alors que l’examen aux rayons X peut don-
ner de précieux renseignements, comme la chose s’est produite dans le cas que nous avons relaté.
Nous ne parlerons du diagnostic différentiel de la pneumonie disséquante que pour chercher à la distinguer de la gangrène pulmonaire.
Pour Hutinel et Proust, nous avons vu qu'il
“n'y a entre les deux affections qu’une différence de
degré. Il existé entre elles une relation intime en rapport avec les eondilions dans lesquelles les deux lésions peuvent se: produire, et avec leur évolution
chez des individus débilités et peu résistants. Leurs symptômes ont bien des points communs. L’expectoration qui, fétide dans la gangrène, ne présente
celte odeur dans la pneumonie disséquante que tar- | divement, par suite d'infections secondaires, esl un des seuls éléments de diagnostic. Toutefois la gangrène est souvent secondaire à une affection pulmonaire ou à une infection que l’on retrouve dans les antécédents du malade.
Nous ne passerons pas en revue toutes les affections pulmonaires s’accompagnant de signes cavitaires que l’on pourrait confondre avec la pneumonie disséquante ; elles possèdent chacune leurs signes propres ; ilsera facile en général de les éliminer.
Il nous reste à rechercher la place que peut occu-
per,dans le cadre de la pneumonie disséquante,l'ob-
servalion que nous avons rapportée en la comparant aux deux formes de l’affection.
Nous verrons ensuite les points communs qui existent entre la pneumonie disséquante et la pneumonie à pneumobacille de Fricdlaender.
L'observation relatée nous semble pouvoir se rap-
procher du cadre de la pneumonie disséquante et
rentrer dans la forme de péribronchite d’origine
centrale : le tableau clinique, les caractères si spé-
; ; È : à ciaux de l’expectoration, l’évolution continue vers la
point his dit
ÉSh à
se nn nt étalée dede an nul.
terminaison fatale, malgré quelques rémissions passagères, permettent d'identifier ce cas à la pneumonie disséquante centrale.
Le début survient ici brusquement par un point de côté violent, les symptômes généraux graves dominent la scène. L'apparition d’une expectoration hémorragique, puis d’une vomique, les signes physiques d’une pneumonie auxquels succèdent des signes cavitaires : toute cette symptomatologie se
retrouve dans la pneumonie disséquante.
.Anatomiquement, l’autopsie révèle l'existence d’une excavation anfractueuse remplie de pus, dans lequel nagent des débris de tissu pulmonaire nécrosé, excavalion comparable à celle que l’on observe dans
Par contre, rien dans les antécédents du malade, ne permet d'expliquer la gravité que prend l’affection dès son début. Les causes prédisposantes, invoquées par les différents auteurs, sont absentes dans ce cas, comme d’ailleurs dans la plupart des observations de cette affection. [Il est probable, comme nous l’avons déjà vu à propos de l’étiologie, que les causes qui favorisent le développement de cette lésion sont d'ordres multiples.
Il est toutefois possible qu'on puisse attribuer le
caractère d'emblée sérieux de l'affection à la présence du pneumobacille de Friedlaender dans la pneumonie disséquante, et ceci nous amène à rappeler brièvement les symptômes de la pneumonie causée par ce bacille.
Des travaux dans lesquels les affections pneumobacillaires ont été étudiées, il résulte que le bacille a une prédisposition indiscutable pour lPappareil pleuro-pulmonaire « où il a toujours tendance à faire du pus » (H. Brissaud).
Au niveau du poumon, si le pneumobacille détermine parfois une pneumonie lobaire ou une bronchopneumonie pseudo-lobaire, il donne naissance, Le plus souvent, à une pneumonie atypique, qui évolue en général rapidement vers la mort et qui se caractérise, en dehors de cette évolution falale, par une expectoration abondante, visqueuse, poisseuse, allant du gris au rouge brique, très souvent hémorragique, et contenant une quantité énorme de pneumobacilles qui forment, à eux seuls, toute l’expectoration. 10 ho
L'état général est très touché, l’abattementextrême, la température élevée. |
Anatomiquement, la pneumonie à pneumobacilles. deFriedlaender tend au ramollissement du foyer hépatisé et aux abcès par un processus de nécrose dû à la thrombose des vaisseaux et à l’hémorragie consécutive,
La coupe d’un foyer pneumonique, qui laisse écouler un liquide visqueux, filant et hémorragique, à odeur de viande où de corne brûlées, présente une partie périphérique de teinte grisätre et une zone centrale, siège d’hémorragies, les unes petites, les autres créant de vraies pertes de substance, sous forme de cavités à parois anfractueuses dont le con-
Ode
tenu est formé de liquide hématique renfermant des pneumobacilles. Cette grande quantité de bacilles, dans les lésions qui distendent les alvéoles, caracté- rise la pneumonie pneumobacillaire. ;
L'aspect hémorragique et visqueux de l’expectoration et du contenu du foyer pneumonique se retrouve dans les cultures de pneumobacilles qui ont également un aspect visqueux, épais, poisseux, et dans l’inoculation de ses toxines chez le lapin, qui provoque dans la plèvre un épanchement hémorragique et visqueux (Rochaix et Durand).
- Pouvons-nous conclure de là que si, chez notre
malade, une pneumonie a évolué vers cette forme atypique qu'est la pneumonie disséquante, le pneumobacille soit en cause ? Rien ne permet de l'affirmer. Il résulte néanmoins des considérations précédentes que cette hypothèse est vraisemblable.