LA POESIE MORALE
L'esprit mordant des Bas-Bretons s'est fait jour dans un genre aimé de tous les peuples restés naïfs, la fable.
Guillaume Ricou, né d'une famille de paysans, à Trémel (Côtes-du-Nord), le 17 février 1778, et mort au même lieu le 12 mars 1848, a imité très librement et avec humour les fables d'Esope. Son livre a été imprimé à Morlaix en 1828. Il a laissé inédites des traductions des fables de Phèdre et de Y Avare de Molière, ainsi que des poésies diverses. Guillaume Le Jean en fait le portrait suivant, dans une excellente notice de la Biographie bretonne :
« Ricou était un type très remarquable et « très distingué du paysan trécorois; petit, « sec, nerveux, agile et actif, les traits angu- « leux, vigoureusement dessinés, le regard « fier, mais d'une vivacité tempérée par la (( méditation intérieure. Sa parole était me- « surée, un peu dogmatique, comme celle
« d'un homme qui a horreur de la banaUté. « Il parlait très rarement le français, parce (( qu'il sentait que ce n'était pas sa langue, et « il évitait, avec le soin méticuleux du paysan 0 bien élevé, toute apparence de ridicule : la i( distinction lui était naturelle. Quiconque (.< avait vu cet homme revêtu de ce curieux « costume trécorois, que ne portent plus que « quelques vieillards, ces traits creusés parle « travail dévorant du corps et de la pensée, (( ce front encore couronné de ses mèches c( blanches, ces lèvres animées par une obser- « vation perpétuelle, ironique sans misan- (( thropie ; quiconque, disons-nous, avait vu (( cette forte apparition des anciens jours en (( gardait une profonde impression de race et « un ineffaçable souvenir. »
Emile Souvestre appelait un peu ambitieusement Ricou le Burns de la Basse-Bretagne. Robert Burns est le plus grand poète de l'Ecosse, tandis que Ricou n'est que l'un des moindres de l'Armorique. J'emprunte à l'auteur des Derniers Bretons la traduction d'une de ses fables, Le Bai et la Grenouille :
Un jour, le rat et la grenouille commencèrent à combattre. Le sujet de leur guerre était la royauté