LES PRÉSENTS
Si tu me parles quelque soir Du secret de mon cœur malade, Je te dirai pour t'émouvoir Une très ancienne ballade.
Si tu me parles de tourment, De ciel perdu, d'âme épuisée, J'irai te cueillir simplement Des roses pleines de rosée.
Si, pareille à la fleur des morts Qui se plaît dans Texil des tombes.
Tu veux partager mes remords, Je t'apporterai des colombes.
En 1870, on joua à Paris, au Vaudeville, sa saynète, la Bêvolte, que Théophile Gautier apprécia favorablement, tout en formulant des réserves.
Lors de sa candidature légendaire au trône de Grèce, sous l'Empire, il avait publié des vers, dont M. R. du Pontavice cite les suivants :
Un trône pour celui qui rêve,
Un trône est bien sombre aujourd'hui !
Faîte des vanités humaines,
A ses pieds saignent bien des haines,
Souvent il voile bien des peines !
La foule obscure reste au seuil :
Sapin couvert d'hermines blanches,
Il a sceptre et lauriers pour branches ;
Il est formé de quatre planches,
Absolument comme un cercueil.
Bien qu'il fût un poète d'une imagination puissante dans son incohérence, il a écrit ses principaux ouvrages en prose, son drame le Nouveau-Monde (1876) et ses romans philosophiques, r Amour suprême et lEve future (1886).
Ses livres sont inférieurs à son âme et à son génie; car il eut quelque chose de génial. Epuisé par la misère, les souffrances et les hallucinations artistiques, il s'est éteint à l'hôpital des Frères de Saint-Jean-de-Dieu, à Paris, le 18 août 1889, espérant trouver au delà du tombeau une vie radieuse comme ses
rêves, et laissant pour héritier du grand nom qu'il portait un jeune enfant dont la mère ne savait pas signer.
La Bretagne vient de perdre un de ses poètes les mieux inspirés.
Ludovic Jan est mort à Caulnes (Côtes-du- Nord), le 5 octobre 1894, âgé de trente ans. Il était né à Ploërmel et fit ses études au petit séminaire de cette ville, avec deux autres poètes morbihannais, les abbés A. Lefranc et F. Le Dorz.
Dans la revue V Hermine, du mois d'octobre 1894, M. Louis Tiercelin, qui fut son ami et son guide éclairé, lui a consacré des pages d'adieu très belles et très touchantes.
« Nous avons souvent remarqué, dit-il, qu'il « ressemblait à certain portrait de Victor Hugo « jeune. Le front et le regard étaient graves « et calmes ; la bouche seule avait parfois des « éclairs d'ironie, comme ces lueurs d'orages « très lointaines qu'on aperçoit à l'horizon « dans un soir calme. »
Si Ludovic Jan est mort prématurément, c'est qu'il a été tué par une maladie qui a fait périr bien d'autres poètes,
C'est qu'un amer dégoût rongeait son cœur altier,
suivant sa propre expression.
Obligé pour vivre de se confiner dans un modeste emploi de greffier d'une justice de paix, au fond d'une bourgade, il a senti son cœur et son esprit se révolter contre les tristes nécessités de l'existence, et l'ennui incurable l'a miné. Il a publié deux volumes de vers : Dans la bruyère (1891) et les Rêves (1893). Le premier est supérieur au second, trop hâtivement composé.
Comme l'a remarqué M. Jules Rouxel, un critique pénétrant en même temps qu'un poète original, il y a chez Ludovic Jan non seulement un artiste, « mais encore un philosophe, « un penseur que tourmente sans trêve l'éternel « problème de l'origine et des destinées de « l'homme. En ce Breton, chrétien de tradition « et d'éducation, sommeille un vieux levain « des religions primitives. »
Il a peint, avec des couleurs admirables et une ampleur qu'ont seuls les maîtres, le pays 011 il est né, ces landes immenses du Morbihan, voisines de la forêt de Brocéliande, semées de menhirs et de calvaires, ces vallées pittoresques où se dressent, au bord des étangs et
des cours d'eau, les clochers dentelés de granit f et les hautes tours du château de Josselin.
La pièce intitulée le Paire me semble donner la note juste de son talent :