‹ La poésie bretonne au XIXe siècleChapitre 23 sur 31 · POESIE MORALE ET DIDACTIQUE · texte numérisé non relu

POESIE MORALE ET DIDACTIQUE

M. Renan dit, dans ses Souvenirs cF enfance et de jeunesse (p. 75) : « Le trait caractéris- « tique de la race bretonne, à tous ses degrés, « est l'idéalisme, la poursuite d'une fin morale « et intellectuelle, souvent erronnée, toujours « désintéressée. » La poésie didactique lui est naturelle. Nous avons vu parmi les poètes celtiques plusieurs écrivains de ce genre, l'abbé Guillôme, le chantre du Laboureur, le fabuliste Ricou, rhumoriste Prosper Proux, qui lance en riant des traits acérés.

La Haute-Bretagne a fourni aussi des poètes qui ont voulu instruire et donner des leçons dans des épîtres, des discours, des fables.

Parmi les fabulistes, le premier en date est Ginguené (Pierre-Louis). Il naquit à Rennes, le 25 avril 1748. Son titre sérieux à la gloire est Y Histoire littéraire de l Italie. Elle lui demanda de longues années de travail et dénote des études consciencieuses ; mais elle est un peu superficielle, en ce qui concerne l'appréciation des œuvres. « Jamais, dit Alfred Michiels, dans son Histoire des Idées littéraires en France au XIX^ siècle (édit. de 1848, p. 398 du t. i), on ne poussa plus loin l'art « d'é- « viter les problèmes qui dorment au fond de « toutes choses, dans les lettres comme « ailleurs... On ne connaît jamais son opi- « nion... L'auteur me paraît être le type « d'après lequel s'est formé M. Villemain, ce « diplomate de la critique... Il ne soupçonne « pas que les inventions des poètes et les c< incidents de l'histoire ont leur raison d'être « ailleurs qu'en eux-mêmes... L'action des « idées, de la race, du climat, de l'organisme « social, il ne s'en occupe point. »

Ginguené avait la manie de rimer et a écrit beaucoup de vers. Après avoir traversé les prisons de la Terreur, puis rempli sous le Directoire les fonctions de ministre plénipotentiaire à Turin, où les toilettes trop républi-

caines de sa femme lui causèrent des difficultés avec la cour, il se consola de ses déboires en cultivant la Muse chère à La Fontaine.

On peut citer la Poule, la Fauvelle el le Coucou, le vieux Rossignol, le Loup converti, entre ses fables, qu'il réunit en un volume, sous le titre de Fables nouvelles, en 1812.

M. Adolphe Orain, l'un de ses biographes, fait observer que c'est avec raison que les critiques du temps leur reprochèrent de manquer de naïveté ; mais, en revanche, elles témoignent d'une connaissance réelle de la société et des passions humaines. Sa morale du Loup converti n'est que trop souvent vérifiée par l'expérience :

A ces beaux pénitents bien simple qui se fie !

A la première occasion, Les serments du matin, le soir on les oublie ;

Le loup n'est pas longtemps mouton.

La princesse de Salm-Dyck (Constance- Marie de Théis, 1767-1845), que Marie-Joseph Chénier appelait la Muse de la raison, était nantaise. Sa beauté lui fît épouser, en premières noces, un jeune médecin fort riche, M. Pipelet de Leury; mais cette union ne fut

point heureuse. Elle divorça et en 1802 se remaria avec le comte de Salm-Dyck, élevé à la dignité de prince en 1816. Dès lors elle eut ses entrées à la cour de Napoléon et son salon devint l'un des plus brillants de Paris. Cette fois, le bonheur conjugal se joignit à la richesse, et jusqu'à sa mort, arrivée le 13 avril 1845, elle ne connut que des succès de tout genre.

Girodet fit son portrait ; il est reproduit dans ses Œuvres complètes, imprimées sous sa surveillance en 1842.

M. Eugène Talbot, dans la Biographie bretonne, la dépeint ainsi : « La tête est remar- <( quable de distinction ; les cheveux sont « frisés à la Titus, comme ceux d'un homme: « l'œil est large, ouvert, vif, mais bienveillant « et doux ; le nez est droit, bien dessiné, aris- (( tocratique ; la bouche, aimable et souriante, (( exprime la bonté et la grâce ; rien peut-être « dans l'ensemble de ces traits ne remue ni (( ne saisit. »

Sa poésie me paraît ressembler à son visage. Elle ne saisit ni ne remue. Je serais tenté de dire, au point de vue poétique, que la princesse de Salm est une femme trop raisonnable.

Ses Epttres, ses Discours ont de la force,

Princesse de Salm-Dyck

de la noblesse ; mais les images neuves, les traits de génie y manquent. Il en est de même de sa tragédie lyrique de Sapho, dont Martini écrivit la musique. Cette pièce, dit Villenave père, dans la revue la France littéraire, au sujet de l'édition de ses œuvres complètes, « eut plus de cent représentations, succès qui, rare en d'autres temps, était encore inouï en 1794. » Dans son long poème Mes soixante ans, la princesse de Salm a rassemblé les grands souvenirs de sa vie. En parlant de la cour de Napoléon, elle a trouvé quelques accents vigoureux, mais perdus au milieu de banales déclamations. Elle manie les rythmes avec aisance, mais la vraie poésie est presque toujours absente. Il faut chercher longtemps avant de trouver des passages dignes d'être cités.

Les vers qu'elle adresse A sa pendule qui s'était arrêtée, prouvent que, malgré ses richesses et ses triomphes, elle a connu la souffrance :

Fidèle image de la mort, Comme tu l'étais de la vie, Que ton silence, que ton sort Porte en moi de mélancolie !

Que tu retraces à mes yeux De souvenirs et de souffrances !

Que nos destins offrent entre eux De douloureuses ressemblances !

Comme nous, pour subir sa loi, Le sort voulut te faire naître.

Nous ne savons pas plus que toi Qui meut les ressorts de notre être.

Si du matin jusques au soir Du temps tu mesures l'espace, Sur notre front chacun peut voir .

L"àge qui détruit et qui passe.

Ton repos ou ton mouvement Sur des soins étrangers se fonde ; Quel être, même indifférent.

Vivrait par lui seul dans le monde ?

Tous deux nous nous verrons finir ; Et prête à quitter ta demeure, Comme notre dernier soupir Tu sonneras ta dernière heure.

Il y a parmi ses Pensées des observations très justes. En voici quelques-unes :

Il ne faut pas croire qu'on puisse ramener les méchants, ni toucher les âmes basses par la douceur et les procédés. Ils n'ont pas en eux les moyens de les

comprendre, et ils les croient des preuves de timidité ou de faiblesse.

Les personnes franches et loyales se livreraient moins qu'elles ne le font, si elles pouvaient se figurer à quel point ce qu'elles disent dans l'abondance de leur cœur est interprété bizarrement et quelquefois dangereusement par la plupart des personnes qui les écoutent.

En amour, en amitié, le charme du sentiment est à l'instant anéanti par le premier mot qu'il faut calculer avant de le prononcer.

Il n'est pas donné à l'homme d'avoir une idée juste des sentiments qu'il n"a pas éprouvés, des choses qu'il n'a pas vues, des situations dans lesquelles il ne s'est pas trouvé ; c'est pourquoi les souverains commettent tant d'erreurs.

M™® Sophie Hue, fille d'un lieutenant de vaisseau, M. Sachs, et femme d'un conseiller à la cour de Rennes, n'a pas eu une existence aussi brillante que la princesse de Salm. Elle n'a pas quitté la Bretagne et s'est bornée à chanter, avec beaucoup de grâce, d'esprit et d'art, les enfants, la famille et sa petite patrie. Son volume les Maternelles a été accueilli, par les femmes surtout, avec la sympathie la plus vive. L'Académie française l'a couronné.

Elle était née à Lorient. Elle est morte à Rennes, très âgée, en janvier 1893, avant

d'avoir pu exécuter le projet qu'elle avait formé de publier, sous le titre de r Oiseau bleu, ses poésies dispersées. Elles sont généralement d'une facture plus savante que ses premières. J'extrais des Maternelles la touchante légende qu'on va lire :

JÉSUS ET l"i:\fa>t.

Jésus seul et pensif marchait dans la campagne ;

Un enfant qui savait son nom

Cueillit une fleur du gazon, Une fleur embaumée au vent de la montagne, Et la lui vint offrir en lui baisant la main. Or, comme il est écrit dans le livre divin Qu'à Jésus nul ne fait la plus petite offrande

Qu'au centuple il ne la lui rende, Le Promeneur céleste, en respirant la fleur.

A Tenfant dit avec douceur :

u Je dispose à mon gré des trésors de la terre ;

Demande le plus précieux.

Je te l'obtiendrai de mon Père,

De mon Père qui règne aux Cieux. »

L'enfant lui répondit : « Je ne m'y connais guère,

Je pourrai me tromper, je croi,

0 Jésus, choisissez pour moi... »

C'était un orphelin, il lui rendit sa mère.

]yjme Hue, dans une de ses dernières pièces, s'adressant à la Bretagne, lui disait :

Je ne cherche pas la gloire Des poètes en renom, Mais un coin dans ta mémoire Où demeure écrit mon nom.

Son souhait sera exaucé. Elle a bien chante son pays,

Le charme mélancolique De ses doux horizons gris, De ses grèves aux joncs roses, Où le vent du gouffre amer Vient murmurer tant de choses Dans les rumeurs de la mer.

Alcide-Hyacinlhe du Bois de Beauchcsne (né à Lorient le 31 mars 1804, mort à Paris en janvier 1874), peut être aussi rangé parmi les poètes moralistes.

Il descendait d'un des Bretons vainqueurs des Anglais au combat des Trente, ce Geoffroy du Bois qui cria à Beaumanoir, épuisé par la soif : « Beaumanoir, bois ton sang. » Il est plus connu par ses livres si émouvants sur Louis XVII et Madame Elisabeth que par ses vers. Et pourtant, ses Souvenirs poétiques (1830) et son Livre des jeunes mères (1860; méritent d'être lus.

Il fît ses études à Douai et vécut presque toujours à Paris, dans l'intimité de Soumet, de Guiraud, d'Alfred de Vigny. Après sa mort, M. Edmond Biré étudia son œuvre dans une notice très complète que publia la Revue de Bretagne el de Vendée (septembre 1874).

Alcide de Beauchesne joignait la finesse à la hauteur des pensées, mais ses descriptions sont trop chargées de détails et trop maniérées. Il ne se faisait d'ailleurs point d'illusion sur le sort de ses vers ; car dans sa pièce : Où vont-ils? il disait :

Où vont-ils tous ces fous, quêteurs de renommée, Qui vendent leur bonheur pour un peu de fumée,

Cerveaux qui n'ont point de sommeil, Qui prodiguent leur vie en fièvres téméraires Et qui mettraient le pied sur le front de leurs frères

Pour se grandir vers le soleil ?

Et, songeant à la mort, il ajoutait :

Le Dieu qui n'a pas fait ma vie heureuse et douce. Me fera bien alors, sous un tertre de mousse,

Un lit tranquille, un sommeil doux.

Que la foule jamais à ma tombe ne vienne ; Mais qu'il reste en ce monde un cœur qui se souvienne

Que je l'attends au rendez-vous.

Achille du Glésieux fut un bienfaiteur des populations voisines de Saint-Brieuc. Il fonda près de son château de Saint-Ilan une colonie pour recueillir les enfants abandonnés ou orphelins.

Ses livres prêchent la vertu avec éloquence. Depuis 1833, il a publié bien des volumes de vers, VAme et la solitude, Exil et patrie, Derniers Chants, Une Voix dans la foule. Une Voix dans la solitude. Nobles causes et Armelle, son œuvre la plus importante (1876).

Armelle est une jeune paysanne, belle et sage, aimée par un gentilhomme, à qui sa mère, en mourant, fait jurer de ne jamais l'épouser. C'est la lutte du devoir contre la passion. La vertu triomphe dans les deux âmes ; la jeune fille entre dans un monastère et y meurt bientôt. Achille du Glésieux n'avait pas assez d'imagination pour rajeunir ce sujet. Il s'est laissé entraîner à des développements exagérés. On devine trop la fin du drame pour que l'intérêt soit soutenu. Le style a du souffle, mais il s'y mélange trop de rhétorique.

Tallemant des Réaux raconte, dans ses Historiettes (t. I, p. 263), que si l'on montrait à Malherbe « des vers où il y avait des mots qui (( ne servaient qu'à la mesure ou à la rime, il

« disait que c'était une bride de cheval atta- « chée avec une aiguillette. » Les vers d'Achille du Clésieux auraient subi de sa part bien des réflexions analogues, s'ils avaient vécu du même temps. Ce défaut n'est pas compensé par l'imprévu des images, car il a peu d'invention dans l'expression comme dans l'intrigue. Malgré tout, une certaine chaleur, qui vient d'un grand cœur et d'un noble esprit, lui avait conquis de son vivant une renommée assez étendue.

Sainte-Beuve lui adressa, dans les Pensées d'août, une épître, où il lui disait :

Sur un rocher, sept ans. devant l'Eternité, Devant son grand miroir et son fidèle emblème. Devant votre Océan, près des grèves qu'il aime. Vous êtes resté seul à veiller, à guérir, A prier pour renaître, à finir de mourir, A jeter le passé, vain naufrage, à Técume, A noyer dans les flots vos dépôts d'amertume. Repuisant la jeunesse au vrai soleil d'amour, Patriarche d'ailleurs pour tous ceux d'alentour. Donnant, les instruisant, et dans vos soirs de joie, Chantant sur une lyre !

Le 15 septembre 1833, le grand critique {Premiers lundis, p. 260), consacra une étude, brève, mais bienveillante, au volume qui a

pour titre l'A me et la solilade. Il y signalait la pièce A mon père, comme « d'une belle « haleine et d'une sensibilité pénétrante. »

Dans le recueil Exil et patrie (1834), on rencontre des pages vraiment émues, entre autres Dans le jardin du curé, où le poète rêve,

Assis sur un vieux banc de hêtre Sous un berceau de buis épais...

Ayant pour étroit horizon Un mur que la mousse festonne Et qu'un if desséché couronne, Regardant au bout du sentier Se jouer, au pied d'un figuier, Quelques poussins avec leur mère.

Je cueille encore quelques vers dans la pièce intitulée Tristesse :

N'ai-je pas ce que l'homme envie ?

Le malheur respecte mon front ;

Les flots tous sereins de ma vie

N'ont à laver aucun affront.

J'ai de l'ombre à mon beau rivage ;

Voyez jouer sous le feuillage

Ce bel enfant... Il est à moi !

Je sais encore un cœur qui m'aime...

Et bien souvent, surpris moi-même.

J'ai dit au bonheur : « Est-ce toi ? »

Et pourtant voici que je pleure !

Mon cœur saigne au dedans de moi ; Et la prière qui Teffleure Ferme son aile avec effroi.

Je n'ai plus assez du silence, Assez des fleurs, de Tinnocence Qui parfume ici mon séjour; Comme une solitude aride.

Mon œil est sec, mon âme est vide.

Seigneur, quand viendra votre jour?

Achille du Clésieux se plaignait de la monotonie de son existence. La monotonie est aussi un des écueils qu'il n'a pas su éviter dans ses vers.

Il était né à Saint-Brieuc, le 30 avril 1806. Il mourut en juin 1893 et repose dans la cha-pelle de son château de Saint-Ilan.

François Longuécand était une âme mélancolique et douce. « Ses poésies, a-t-il dit, ont « poussé au milieu des œuvres de bureau, (( choses arides, comme la ravenelle entre 0 les pierres d'un mur. »

Il a passé sa vie, occupé de recouvrements de lettres de change et d'assurances, à Saint- Malo, où il était né en avril 1823. Son talent gracieux et spirituel ne rappelle en rien sa ville

F. LONGUÉCAND

natale, u ce nid de vautours », selon l'expression de Michelet. Ses fables sont fort jolies, et Déranger prétendait qu'il devait être classé en tête des poètes qui ont osé suivre La Fontaine. C'était aussi Tavis de M'"^ Desbordes- Valmore, qui lui écrivait le 22 juin 1855, après la publication d'un de ses volumes : « Parmi « tant de pages vivement colorées, la Que- « relie au colombier, la Tourterelle et le (( Passant, le Feu du pâtre, sont de délicieux (( tableaux. Ils éclatent de sentiment et de « lumière dans ce livre parsemé d'expressions « d'un bonheur loué par de plus habiles que c< moi, mais non pas plus touchés de leur « grâce solide. »

Les vers suivants, tirés de son recueil le Miroir, reflètent assez bien ses procédés habituels :

FLEURS d'avril

Les blés, jeunes encor, sur le sillon frissonnent, Pourtant l'hiver a fui; voici des jours meilleurs ; Vois au sein du verger les pommiers qui boutonnent, Et, sous les rameaux verts, poindre de blanches fleurs.

Avril que nous aimons donne ces douces choses, Frêle et charmant espoir qui promet un trésor, Et la saison des fruits, après celle des roses. Fera sur ces rameaux briller la pomme d'or.

236 LA POÉSIE BRETONNE AU Xl\^ SIECLE

Mais souvent le pommier abandonne à la brise La couronne d'avril dont s'étoilait son front, Et le vent sans pitié la secoue et la brise ; D'une neige de fleur il couvre le gazon :

Neige dont Taquilon parfume le rivage, Fruits perdus ! Près de là quand vient le laboureur, Il foule les débris, rêve et dit : C'est dommage ! Pourquoi si doux espoir est-il aussi trompeur"?

Pour faire contraste avec cet apologue fleuri, voici la fable du Hérisson et du Porc-épic. (Fables, 1881).

Habitant d'un hallier, béte à triste visage,

A caractère âpre et chagrin,

Pour les bètes du voisinage Sire le Hérisson était mauvais voisin.

H avait mis le nez dans toutes les retraites ; Les jours de fête au bois c'était un trouble-jeux, Et quand on lui disait : Quel ennuyeux vous faites!

Il montrait son dos épineux.

« Je suis rond, disait-il, j'abhorre la contrainte ;

Si mes façons peuvent blesser, Au lieu d'en apporter plainte.

Qu'on aille se faire panser.

Je fais ce que je veux et dis ce que je pense. Qui qu'en grogne, tant pis, vive l'indépendance ! »

Mais survient le porc-épic,

Au formidable clos, tout hérissé de dards... Et c'est au hérisson d'avoir Toreille basse...

Le porc-épic ne se gêne pas avec lui :

Le pauvre hérisson trouve que son bourreau A des embrassements qui perforent la peau.

Et le fabuliste conclut par cette morale fort juste:

Hé, Tami hérisson, pourquoi des cris si hauts ? Ces façons rudes sont les vôtres :

Nous ne haïssons nos défauts, Que s'ils se trouvent chez les autres.

François Longuécand a traduit élégamment en vers français plusieurs des admirables chants populaires du Barzaz-Breiz.

Emile Grimaud, à Nantes, poursuivait en même temps le même but et savait l'atteindre.

A côté d'eux, parmi les poètes iraducleurs qui ont voulu nous faire connaître les chefsd'œuvre des littératures étrangères, il faut donner place à Paul Vrignault, auteur des Landes fleuries (1858), et à M. Julien Duchesne, mort à Rennes, le 31 octobre 1893, qui fut professeur à la Faculté des Lettres de

cette ville et essaya de rendre les nuances si variées des poètes allemands et anglais. Ses traductions de la Cloche de Schiller, d'élégies de Gœlhe, de Gray, de Tennyson, de Longfellow, suivent généralement le mouvement du style, serrent de près la pensée et sont intéressantes à étudier.

Sigismond Ropartz, le savant historien de Guingamp, a traduit les poésies latines de Marbode, évêque de Rennes au XP siècle ; Pierre- Yves Boscher de Belleissue, toutes les œuvres de Properce ; François-Auguste Bar, une partie du Roland furieux de l'Arioste.

M. L. Cœuret du Joliers, qui a réuni ses fines épigrammes sous le titre de Baisers et Morsures j s'est attaché à Catulle et à Lucain; Ferdinand du Dot, à Anacréon et à Virgile ; son frère Alexandre, auteur d'un livre de haute portée, FA me de la Littérature, a transcrit en vers fermes et sonores divers passages d'Homère et de Dante.

MM. Olivier de Gourcuff et Dominique Caillé ont marché, depuis, avec succès dans la même voie, tout en publiant de nombreux volumes de belles poésies personnelles.

C'était pour tous une tâche ingrate et il faut leur savoir gré d'efforts si désintéressés ; car

ils n'ignoraient pas que la réputation littéraire s'acquiert aujourd'hui plus difficilement par les traductions que du temps de l'abbé Delille et de M. de Pongerville.

J'avoue que je suis un peu de l'avis de VoU taire, qui écrivait à M'"^ du Deffand (1754) : « Les poètes ne se traduisent point. Peut-oa « traduire de la musique ? »

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