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Bon génie de la famille de Koatmen

exemplaires, fut brûlée dans un incendie. Peu d'années avant J. -M. Le Jean, était mort à Saint-Michel-en-Grève, près de Lannion, un autre instituteur, Rannou, le barde de Roc h Allaz, la Roche du meurtre, qui avait moins de talent, mais mérite de n'être pas oublié ; parmi ses poésies on cite une jolie ballade: La Femme du matelot. Le 3 août 1861, il avait fait paraître dans le journal Le Bas-Breton un chant intitulé : Laouenidigez da holl varzed Breiz, La joie de tous les poètes de Bretagne, 011 il disait: « Voici venir les bardes du temps « passé ; ils étaient morts ; maintenant ils (( s'éveillent de leur long sommeil, ils sont « dans le pays. » Ses vers, comme ceux de J.-M. Le Jean, n'ont point été réunis en volume. Dans les derniers temps de sa vie, il tenait une auberge à Saint-Michel-en-Grève. Il est enterré au pied du clocher de ce bourg, dans le cimetière qu'assiègent sans cesse les vagues, si bien que, pendant les tempêtes, elles en ont plusieurs fois arraché des ossements et même des cercueils. Il y a laissé de très bons souvenirs, car, un soir d'automne, j'ai entendu des enfants, qui déchiffraient son épitaphe, en parler avec admiration, tandis qu'assis sur le mur du cimetière, je regardais

les goélands planer dans le ciel, et les chariots de varechs traverser la grève de la baie immense, traînés par des chevaux trécorois qui faisaient tinter au loin leur grosse sonnette.

La poésie celtique recru taitdes bardes parmi les instituteurs laïques ; elle en trouvait aussi dans le clergé, et de si nombreux, qu'il m'est impossible de les nommer tous. Un des plus distingués était M^^ Le Joubioux, chanoine de la cathédrale de Vannes. Il publia en 1844 un volume intitulé : Doué ha mem bro, Dieu et mon pays. (Vannes, J.-M. Galles.)

Sa poésie, gracieuse, coule sans effort, mais manque un peu de nerf.

Voici quelques strophes d'une pièce écrite à Naples en 1841 :

A MA VIE {devise de la Bretagne.)

Je ne sais s'il y a au monde

Plus beau lieu que celui que je vois !

Pour moi jamais je n'ai vu

Terre si merveilleuse, mer si bleue, soleil si brillant.

Il me semble que je bois la santé !

La force, je le crois, augmente en moi chaque jour !

Naples, pour toi cependant je ne veux pas

Abandonner mon pays, la Bretagne, ma vie !

Quand je me promène à la Villa-Reale A Toledo, auprès du palais du roi.

Quand je prie à l'église cathédrale,

Il est vrai, grand est mon plaisir ;

Mais quand j'approcherai de ma vieille petite ville

de Vannes, Bien plus grand sera mon bonheur !

Pour nous autres Bretons, rien ne nous rend heureux Comme d'être en Bretagne, notre pays bien-aimé,

notre vie.

Quand donc verrai-je Roguédas, L'île d'Arz, l'île aux Moines, Sarzeau, le pays riche? Quand verrai-je Saint-Gildas, Et boirai-je du vin de la petite llur? Il fait beau voir les barques de Misène, Mais bien plus beau voir celles de Séné ! Je ne voudrais pas être enterré ici !

Mon corps sera mieux dans mon bien-aimé pays, ma vie.

Un prêtre d'un talent plus vigoureux, l'abbé Joachim Guillôme, né à Malguénac (Morbihan), le 11 mars 1797, mort recteur de Kergrist près Pontivy, le 5 octobre 1857, est l'auteur de beaux cantiques et d'un poème très vanté: Le Livre du Laboureur, Liur el Labourer. (Vannes, de Lamarzelle, 1849).

« Ce poème didactique en quatre chants, « dit Amédée de Francheville (Bévue de Bre- « lagne el de Vendée, 1857J), composé pour « l'instruction des cultivateurs bretons, celé-

<( brant uniquement les mœurs de la Bretagne, a sa religion, ses coutumes, ne pouvait avoir (( qu'une ressemblance éloignée avec les Géor- « giques de Virgile. Le poète a cherché, dans n des sentiers agrestes et inconnus, des fleurs « de poésie simple et populaire, pleine d'une « vierge et forte senteur. Ses descriptions (( sont vraies et naïves, ses légendes, ses épi- « sodés sont bretons et chrétiens... Jamais « encore on n'avait écrit dans le dialecte de « Vannes avec cette élégance, cette pureté de « style. ))

Ces éloges sont justifiés. Ce poème a quelque chose d'antique par sa simplicité, la manière de sentir la nature et de la décrire. Les plus beaux chants me paraissent être le premier et le quatrième ; mais dans tous il y a des morceaux remarquables. Le brave curé qui les a écrits n'avait probablement jamais lu Hermann et Dorothée; pourtant il rappelle Gœthe quelquefois. Cela vient sans doute de leur commune admiration pour l'Antiquité ; car l'abbé Guillôme a un accent bien personnel :

0 vous qui aimez tant les fleurs, (dit-il, chant i) venez tous voir un champ de blé noir dans le temps qu'il est fleuri. Il n'y a rien de plus beau pour les

yeux, rien de plus parfumé pour Todorat. On ne voit sur les fleurs que des abeilles tourbillonner, descendre, s'élever et fourmiller... L'apparence est belle; gardez-vous néanmoins d'une trop grande confiance, priez du fond du cœur le Souverain de l'univers de répandre sur vos terres la pluie et la rosée, d'amener des jours tempérés, d'éloigner la brume, de préserver votre blé noir d'un soleil trop brûlant et de le couvrir souvent d'un manteau de nuages.

Au second chant la description d'une noce dans le Morbihan est d'une couleur et d'une bonhomie charmantes :

Ce jour-là on n'entend dès le matin, dans tout le canton, que coups de pistolet, que chansons de jeunes gens. Les jeunes hommes ont leurs bas blancs, leurs souliers et leurs chapeaux couverts d'un beau velours, leur justaucorps couleur de bouteille, leur culotte de castorine, leur gilet blanc fait de fin drap d'Espagne. Les jeunes filles, dès le matin, ne perdent pas leur temps. Dès le point du jour, tournées vers le miroir, chacune revêt ses habits de dimanche, sa jupe de drap d'Elbeuf, ses coiffes à dentelle et son tablier vert, et ses bas blancs, et ses souliers neufs noués par un ruban...

Cependant au son du biniou, on va, à pleins chemins et à grands pas, au logis de la jeune fiancée...

Le poète, en s'inspirant de Virgile, a parlé des troupeaux, dans son troisième chant,

comme un grand artiste. Il a la touche large et grasse d'un Paul Potter ou d'un Troyon.

Les soins à donner aux abeilles remplissent le quatrième chant et l'on ne saurait trop louer la fraîcheur de ses tableaux.

Quand il imite les Géorgiques^ c'est en disciple qui sent toutes les délicatesses de son maître :

Les abeilles aiment à se trouver auprès d'étangs bordés de mousses et d'herbes tendres, d'un ruisseau qui coule dans une prairie, et sous l'ombrage de chênes élevés sur leurs tètes, afin qu'aux jours du printemps, quand les mères font sortir pour la première fois les jeunes essaims, ils trouvent des feuilles vertes pour se reposer et une source claire pour se rafraîchir. Soit que l'eau coule ou qu'elle dorme, jetez-y en travers de grosses pierres, des arbres ou de vieux troncs, comme autant de ponts où les abeilles puissent s'abattre et sécher au soleil leurs ailes humides, s'il arrive qu'elles aient été surprises par une ondée de grande pluie, ou qu'elles aient été jetées dans une rivière par un tourbillon de vent.

Ne plantez autour de leurs demeures ni ifs, ni sapins ; l'ombre de ces arbres trop épaisse et trop sombre devient mortelle pour les jeunes abeilles. Ne les placez ni près d'un marais, ni dans des lieux remplis d'échos. Qu'on ne voie autour de vos ruches que des bouquets odorants, que de beaux arbres couverts de fleurs au printemps ; je voudrais voir tous les

champs, de droite et de gauche, blancs comme un linceul avec la fleur de blé noir, les montagnes garnies de clochettes bleues, un grand taillis rempli de toutes sortes de simples ou un jardin toujours fleuri.

Celui qui, dans son village, à écrit Le Livre du Laboureur , inconnu du monde, mériterait mieux un monument que bien des poètes à qui on a élevé des statues de marbre ou de bronze dans les capitales. Fils de bons laboureurs et neveu d'un chef de chouans, il avait pris les armes en 1815 avec les écoliers de - Vannes, pour combattre TEmpire. Cela ne I Tempêchait point d'être un homme fort doux et 1 charitable. Sa mort fut un deuil public dans sa paroisse et en Bretagne parmi les lettrés.

L'année même où l'abbé Guillôme publiait à Vannes son Livre du Laboureur^ en 1849, mourait à Port-Launay, près de Châteaulin, le docteur Jean-Marie Guizouarn, l'un des plus actifs promoteurs de la renaissance littéraire en Basse-Bretagne. 11 était né à Châteaulin en 1800. Ses chansons en langue celtique sont nombreuses et plusieurs devenues populaires ; mais presque toutes sont restées manuscrites, ainsi que des traductions de fables et des poésies diverses. Dans lalVouvelle Grammaire

bretonne d'après la méthode de Le Gonidec, suivie d'une prosodie, publiée par la Société armoricaine du Breuriez ar Feiz (chez Prudhomme, à Saint-Brieuc) en 1847, on dit que ses vers « sont des modèles de facture et « d'harmonie. Personne n'a du rythme un « sentiment plus vif; il en a fait une étude « particulière, et ses travaux, s'il les publiait, « seraient le complément de la Grammaire et « des Dictionnairesde LeGonidec. » (Page62).

Dans une épître à M. de la Villemarqué, le docteur Guizouarn lui annonçait ainsi l'envoi prochain d'une de ses chansons : « Quand le « soleil aura chassé la neige, la grêle et la froi- « dure, quand nous verrons les oiseaux, les « couleuvres, les lézards se chauffer au soleil, « au bord de la haie, la poste fera parvenir à c( votre adresse une chanson vive et joyeuse, « faite en jouant et en riant. »

Peut-être cette chanson était-elle celle de la Confrérie de Sainl-Isidor , où il disait gaiement : « Le vin, le cidre, l'eau-de-vie sont (( nécessaires à chacun, comme le lait au « poupon, le café roux à la nourrice, la goutte « de rosée au lapin écourté, et l'eau de l'étang « au poisson, w

Le docteur Guizouarn avait deux frères, l'un

professeur de philosophie au séminaire de Pont-Croix, l'autre curé d'Elliant. Le premier mourut jeune, le second parvint à la vieillesse. M. de la Vlllemarqué disait d'eux, dans un article de la Revue de VA rmorique,(lD octobre 1843) : « On vante en Gornouaille le talent poélique de ^IM. Guizouarn, tous les trois si armés d'esprit. » Il ajoutait : « On cite au pays de Tréguier les poésies de l'abbé Durand *, du diocèse de Saint-Brieuc, et celles de ^1. l'abbé Le Clec'h, recteur de Plougasnou, qui s'occupe en ce moment d'un poème sur la grande guerre des ducs de Blois et des Montfort. Nous avons entendu chanter à des pèlerins de Sainte-Anne un chant plein de grâce, d'élégance et de sentiment, qu'ils attribuaient à M. l'abbé Larbou- ( lette, de Vannes. Les chansons nationales de M. Léopold de Lézéleuc charment aussi beaucoup les veillées du Léon. )) Que d'autres noms de prêtres il y aurait à citer! Que de cantiques, d'élégies, de gwerz fourniraient des images neuves, prises dans la vie rurale et maritime ! Charles Nodier

1. L'abbé Durand a publié à Vannes, chez Laniarzelle, une colleclion des cbants composés pendant la Révolution, sous le titre de Ar Feiz hag ar Bro.

disait : « Chez les anciens ce sont les poètes « qui ont fait les religions ; chez les modernes « c'est la religion qui crée des poètes. »

L'abbé Jean-Guillaume Henry, de Quimperlé, qui a donné un grand recueil de cantiques bretons, intitulé Kanaouennou Santel (chez Prudhomme, à Saint-Brieuc) ; les abbés Chatton, curé de Guingamp ; Kémar, recteur de Saint-Laurent; Michel Caris, le barde du Menez-Bré *, curé de Plougras, et mort à Plestin, le 2 juin 1864 ; Auguste Dubourg, aujourd'hui évêque de Moulins, etc., ont semé dans toute la Bretagne bretonnante leurs poésies, comme Dieu sème au printemps, sans les compter, les blanches stellaires sur les fossés des champs et les reines des prés sur le bord des ruisseaux. En étudiant la littérature celtique, on les rencontre à chaque pas, comme les flèches ajourées des églises et les calvaires de granit.

Jean-Marie Le Jean a réuni les noms des poètes les plus connus dans son beau chant les Bardes d'Armorique, qui sera un document d'histoire littéraire. [Revue de Bretagne et de Vendée, 1864.)

1. Depuis la mort de Michel Caris, un nouveau poète signe aussi ses vers Le Barde du Menez-Bré.

C'était encore un poète plein d'amour pour son pays que Jean- Pierre Le Scour, mort le 19 août 1870 à Morlaix. Il était commerçant et fut j uge au tribunal consulaire de cette ville. On l'appelait le Barde de Noire-Dame de RumengoL

Avec ma mère, dit-il, un jour au lever du soleil, je me rendais au pardon pour prier la Vierge de îoul remède, quand j'entendis dans le creux d'un chêne une harpe qui soupirait.

Et pendant qu'elle soupirait, se leva devant moi une ombre, l'ombre toute blanche de saint Gwenolé qui me parla ainsi : « Tu vois la harpe d'or sur laquelle les vieux bardes delà Bretagne ont chanté; prends-la et chante aussi. » Et je me mis à faire résonner 1» harpe.

Il a publié deux volumes de vers celtiques : la Harpe de Bumengol (1867) et la Harpe de Guingamp (1869). Sa poésie douce se trouve symbolisée dans son élégie de la Tourlerelle :

Elle est morte, la tourterelle que j'aimais. .. Le même nid nous vit naître dans la sombre forêt du Crannou, près de la patronne de la Bretagne ; le gai carillon des cloches de Bumengol faisait tressaillir nos cœurs de joie.

Combien ta gorge était belle et ton pied léger,

J--P. Le Scoun

quand tu te posais sur la branche pour fredonner tes chansons !. . .

Avec le printemps nos beaux jours sont envolés ; nous mourrons tous deux dans le nid qui nous vit naître.

La vie de la tourterelle est courte, mais heureuse ; là vie de l'homme est longue, bien longue, amère et douloureuse. Tu es morte, ma tourterelle, adieu ! . . .

La petite fille dOuessant, la Cathédrale de Sainl-Corentin, U Eglise de ma paroisse et la pièce où il évoque la mémoire de M=^ Graverai!, (( le petit pâtre devenu un grand évêque », sont parmi les meilleures poésies de J.-P.-M. Le Scour.

François Le Moal est l'auteur de la jolie chanson : Je suis Bretonne, qui parut dans le Conteur breton du 14 juillet 1866 :

Je suis Bretonne. Vois mon œil bleu comme celui de père et mère ; favorable à Thomme droit et loyal, il est noir et sombre pour tout ennemi de Breiz.

Je suis Bretonne; mon amour ne recule pas devant la pauvreté. J'aimerais mieux mourir sur le champ que vivre riche en un autre pays...

Le célèbre historien, critique et voyageur, Guillaume Le Jean a aussi publié quelques poésies bretonnes. (Dans F Echo de Morlaix,

vers 1840). Il était né à Plouegat-Guerrand (Finistère) vers 1818, et y mourut en 1871, après avoir parcouru et étudié une grande partie de l'Asie et de l'Afrique.

Bien qu'ils laissent à désirer au point de vue de l'art, je rappellerai encore les cantiques bretons de J. Salaûn, né à Lambezellec, le 12 janvier 1831 et mort le 30 décembre 1885, à Quimper, où il était libraire. Ses vers sont trop hâtivement improvisés, mais une foi si ardente les anime qu'ils allaient au cœur des foules.

En 1862, un imprimeur-éditeur de Ouimperlé, M. Th. Clairet, groupa autour de lui un certain nombre de poètes celtiques et publia un recueil de leurs œuvres mélangées d'anciennes poésies, sous le titre de Bleuniou- Breiz, Fleurs de Bretagne.

Parmi les pièces de cette anthologie, figure un des chants les plus répandus dans le peuple : Le roi Gralon et la ville dis, par Olivier Souvestre. C'est un assez long récit, très bien conduit, mouvementé et d'une belle couleur :

Qu'y a-t-il de nouveau dans la ville d"Is, que la jeunesse est si joyeuse et que jentends le biniou, la bombarde et les harpes ?

— Dans la ville dis il n'y a rien de nouveau, car c'est fête ici tous les jours. Il n'y a rien de nouveau dans la ville d'Is, car c'est fête ici toutes les nuits.

Les buissons d'épines ont poussé devant les portes des églises toujours fermées, et sur les pauvres qui pleurent on lâche les chiens pour les dévorer...

Ahès, la fille du roi Gralon, le feu de l'enfer dans le cœur, marche en tète de la débauche, entraînant la ville tout entière à sa perte...

M. Anatole Le Braz a dit, à propos de ce chant : « Longtemps j'ai cru que cette complainte de la ville noyée venait du fond des âges. Je lui trouvais la grâce fruste, la savoureuse naïveté des choses très anciennes, très primitives. J'aimais à me figurer quelque barde du vii"^ siècle, quelque Gwencklan mythologique, la composant au bruit des vents, orgues de l'air, sur le Ménez-Hom, ou le Ménez-Bré. Et voilà qu'elle est d'Olivier c Souvestre, d'un lettré de nos jours. Ah ! l'heureux homme qui eut, une fois, une seule, cette inspiration de génie! Un peu de lui reste désormais mêlé à l'âme de tout un peuple. Avant de descendre à la tombe, ( Olivier Souvestre a pu se tenir pour assuré, suivant la belle expression du vieux poète romain, de « voltiger vivant » sur les lèvres

c( des derniers Bretons. Il n'est pas de ferme, « il n'est pas de maison de marin, depuis les (( Glénans jusqu'aux Sept-Iles, où ne se chante, (( le soir, à la veillée la belle complainte de « Ker-Is. » [L'Hermine, 1892, p. 36, Un coin breton.)

Dans ses Mélodies populaires de Basse-Bretagne (1885), M. L.-A. Bourgault-Ducoudray en a noté l'air.

Olivier Souvestre, qui n'avait aucune parenté avec l'auteur des Derniers Bretons, était né aux environs de Morlaix vers 1835. Son père était meunier. Sa belle pièce, Le roi Gralon, parut pour la première fois dans un roman autobiographique, publié par lui en 1862 chez Poulet- Malassis, sous le titre de Mikael, Kloarek breton. Il était employé à la gare du Chemin de fer d'Orléans, à Paris, en 1871. Quand éclata l'insurrection de la Commune, il combattit parmi ses soldats et reçut une balle dans la bouche. Cette blessure ne put se guérir et il mourut, peu de temps après*.

1. M. F.-M. Luzel, avec son obligeance habituelle, m'a donné de précieux renseignements sur quelques-uns des poètes celtiques, notamment Rannou, J.-M. Le Jean et Olivier Souvestre. Il croit que ce dernier était né dans la commune de Ploujean et que son véritable nom était Josset.

A côté de cette gwerz du Roi Gralon, se trouve, dans le Bleunioa-Breiz, un portrait du paysan breton, signé Kervennic, court, mais très ressemblant :

Aux anciennes coutumes attaché jusqu'à la mort, paisible et prenant son temps, sans désir de voir du pays, sans impatience et sans besoins, riche avec rien, avec peu faisant du bien à autrui, dur à la peine, fait à toute espèce de travail, le Breton serait sans reproche s'il ne buvait que de l'eau.

On y lit également un chant animé d'un noble souffle, le Barde, de l'abbé François Le Scour, qui n'est point de la même famille que l'auteur de Telen-RiimengoL II fut publié pour la première fois en 1844, dans la Revue de lArmorique, sous la signature « Un Trécorois », peu de temps avant la mort du poète. En voici quelques strophes :

Il fait beau entendre l'alouette, chaque année, au retour du mois des fleurs, quand elle monte avec son gai ramage, haut, plus haut encore dans les deux !

Il fait beau entendre, sur sa petite branche, caché sous les feuilles de lacoudraie, le rossignol, au mois des nids, chantant à la lune sa nouvelle chanson ;

Il fait beau entendre le bruit de la mer profonde

se précipitant vers la falaise, avec la marée montante, comme un coursier sauvage reniflant de terreur, qui galoperait à toutes jambes dans les déserts...

Eh bien, je sais une voix sans égale, une voix qui force à son gré tout le monde de rester l'écouter... Écoutez le barde au versant du coteau, assis à l'ombre de son chêne... •

Du sommet des Montagnes-Noires, Gv^^enclan jette son cri sauvage aux vents, pour qu'ils répandent une terreur mortelle sur toute la contrée d'alentour...

Riwal, lui, menace et gronde sans pitié, comme une orfraie perchée sur Roc'h-Ellaz.

Oh! s'il y avait encore parmi nous une voix, écho de la voix des bardes, une voix qui rendît encore l'animation et la vie à leurs voix éteintes par la mort !

Je conjurerais à deux genoux quiconque aurait le secret de cette voix de l'employer sans retard à chanter les cantates nationales qu'ils chantaient euxmêmes au temps jadis...

A ce livre des Bleunioii-Breiz l'abbé Pierre Huon, fils d'un meunier des bords de l'Aven, a fourni sa spirituelle chanson du Coucou, l'abbé Le Glec'h, curé de Plougasnou, sa Pèlerine de Bumengoly imitée de Violeau, et un fragment de son poème sur la bataille d'Auray, et M. F. -M. Luzel, plusieurs pièces très connues, la Mort du Poète de la Petite-Bretagne, qui parut dans la Bévue de Bretagne et

de Vendée et fut reproduite par la Revue des Deux Mondes; Breiz-Izel, poésie dont la forme a été prise à la Mignon de Gœthe, et une sône d'une fraîcheur exquise :

J'ai une amie dans Tréguier...

Elle a des yeux bleus plus clairs que l'eau dans le cristal; ses joues sont deux roses ; ses cheveux sont dorés comme le mil...

Au paradis nous nous retrouverons, et là encore nous nous aimerons; amour sincère entre deux âmes ne peut passer avec la mort.

La Bretagne doit beaucoup à M. Luzel.

Avec une persévérance, une exactitude et une science infatigables, il a cherché et recueilli ses chants populaires, ses drames, ses contes et ses légendes. On l'a surnommé le Juif- Errant de la Basse-Bretagne. Il faut le mettre au rang des plus illustres folkloristes de toute l'Europe. Comme l'a dit M. Adrien Oudin (Contes et légendes de Basse-Bretagne, introduction, Nantes, Société des Bibliophiles bretons, 1891), « aujourd'hui, qu'après trente ans « de courses laborieuses, il a déposé à la Bi- « bliothèque nationale une soixantaine de « vieux mystères manuscrits, qu'il a publié « quatre volumes de Guerziou et de Soniou^

« et qu'il en a fait paraître sept autres sur les (( contes et légendes des Bas-Bretons, il peut « contempler son œuvre avec le légitime (( orgueil du travailleur sagace et patient « qui a le plus amassé pour la littérature « orale de Breiz-Izel. »

0 vieux contes, gwerziou et soniou, qui charmez les gens de Breiz, dans leurs veillées, nourriture intellectuelle du pauvre, vous valez cent fois mieux que l'or !

Que de peines vous avez consolées, peines du corps et peines de Tesprit ! contes merveilleux de nos aïeux, je vous donne ma bénédiction ' !

M. Luzel est né le 22 juin 1821, dans la commune de Plouaret (Côtes-du-Nord), au manoir de Keramborn, où fut élevé aussi son oncle maternel Julien-Marie Le Huërou, l'un des plus savants et des plus éloquents historiens bretons. Il a chanté ce manoir dans des vers pleins de cœur et de poésie franche :

Ici étaient la grande tourelle et les galeries où Ton disait qu'il y avait des revenants...

Voilà les jardins où ma mère aimait à sarcler ses fleurs et Tallée de lavande où je courais après les papillons.

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