SECONDE PARTIE
L*art pour l'art. Les critiques et les aveux de Chénier
Dans les chapitres précédents c'est des idées et surtout des sentiments de Chénier que nous avons parlé ; nous ne pouvions pas complètement éviter d'indiquer ça et là la nature de son art; mais nous en avons réservé l'examen approfondi pour cette seconde moitié de notre ouvrage. Les quelques paroles qui nous ont échappé eur cette affaire dans les précédents chapitres devaient déjà marquer que la question de Part est une question assez importante chez ce poète pour en parler un peu plus minutieusement. En effet Chénier est avant tout un artiste. Il
lU LA POÉSIE D'ANDRÉ CHÉNIER
doit les deux tiers de ses beautés k un génie artistique , ayant beaucoup appris de la poésie antique , ayant assez emprunté de la poésie contemporaine, mais développant ses emprunts, ses imitations avec une indépendance plus bardie , plus novatrice que nous n'en avons trouvé dans ses idées , ou dans ses sentiments. On a beaucoup raillé l'école romantique , et surtout Sainte-Beuve , depuis Micliiels jusqu'à Albert, d'avoir loué Chénier comme le précurseur du romantisme à cause de la versification , voire l'enjambement et les rimes. Sainte-Beuve aurait bien pu trouver d'autres points de ressemblance; mais il est sur que tandis que les idées et les sentiments ne nous montrent pas Cbênier beaucoup plus proche de notre siècle que ne l'est tel ou tel parmi • ses contemporains, dans les questions de tecbnique il se montre le véritable précurseur du romantisme secondaire à la Théophile Gautier et de l'école parnassienne de 1865. Chénier qui avait cherché tout ce ({ui était « neuf et original » et qui, pour satisfaire ses penchants, ne reculait pas à < hasarder beaucoup (le Imi'diesses nouvelles » (c'est lui qui parie), s'abandonnait à une virtuosité peut-être trop exclusivement artistique, trouvant « mille trésors qu'on ne soupçonnait pas , » sachant même encore t sous ses doigts délitats réparer les fleurs qui, courant de main en main , ont perdu tout l'éclat de leurs firaîcheurs verniL'illL's î et ornant les poètes imités par €ses images, ses tours, jeunes et frais ornements, s
Ce côté essentiel de Chénier, la prédominance de l'art dans sa poésie, ne fut pas inaperçue de ses premiers critiques. Villemain disait des élégies : € Admirable mélange d'étude et de passion où la simplicité a quelque chose d'imprévu , où V art n'est pas sans négligence et parfois sans effort. » Sainte- Beuve avouait que Chénier dans la première moitié de sa carrière a nous apparaît comme le poète surtout de l'art pur et des plaisirs, ]» vivant à la manière d'un artiste désintéressé, un peu en dehors des idées , des prédications favorites de son temps, d Voilà Chénier proclamé officiellement^ et par Sainte-Beuve lui-même, le poète de « l'art pour Tart. )> Il surpassait en cela même les poètes-artistes romains , car s'il y avait , comme l'aflirme encore Sainte-Beuve, plus de candeur d'âme dans Chénier que dans Horace , il y avait aussi (k plus d'efiforts et d'artifice de talent. :» I! surpassait ses contemporains même, de sorte qu'il devint moins naturel , moins vrai que par exemple Parny, qui , selon Sainte-Beuve , a: est trop entièrement épris pour aller faire comme André Chénier , pour revenir, par une combinaison de goût et d'érudition, aux maîtres de la lyre éolienne. » Mais Sainte-Beuve protesta plus tard contre ceux qui voyaient dans Chénier exclusivement un poète de l'art pour l'art, et il loua M. Becq de Fouquières de ne pas l'avoir rangé « au nombre des poètes purement d'art et d'étude. » — Planche , tout en louant le conseil donné dans l'épitre à Lebrun , selon lequel
c la première condition de la véritable éloquence est la sincérité, » ne méconnaissait pas le caractère essentiellement artistique de Chénier qui, à l'entendre, justement par cette raison, ne sera jamais populaire, «c Le talent d'André Chénier , dit-il , exclusivement consacré à la pureté de la forme , n'excite aucune sympathie chez les esprits qui n'ont pas fait de la poésie une étude assidue ; :i> ses sentiments oc ne se distinguent ni par l'animation , ni par la nouveauté , c'est à la forme surtout qu'ils doivent leur valeur et leur charme. i> Dans les œuvres postérieures il ne trouve pas moins les défauts d'un art trop désintéressé. Ainsi quant à l'ode sur le ce Jeu de paume y> il n'hésite pas à écrire : « C'est à peine s'il est permis d'attribuer au poète une émotion sincère. Préoccupé du soin de l'expression qu'il torture laborieusement et qu'il s'efforce de rendre singulière , il n'a guère le temps de ressentir l'enthousiasme qu'il veut chanter. j> Il est vrai que pour l'ode à Charlotte Corday, comme pour les ïambes, Planche trouve déjà « un enthousiasme qui n'a rien de factice » malgré les quelques défauts qu'il impute très singulièrement à la jeunesse du poète, arrivé déjà en ce temps-là à la maturité. « On sent à chaque strophe, dit-il, que l'auteur, en écrivant, cède à l'irrésistible entraînement de sa pensée et qu'avant de se préoccuper de la beauté littéraire de son œuvre , il écoute la voix d'un devoir impérieux ; il ne chante pas pour chanter ; pour lui la tâche du poète ne vient qu'après la tâche du citoyen. » On
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voit que Planche établit la même distinction entre les deux moitiés de la carrière poétique de Ghénier que Sainte-Beuve. — Egger nomme les idylles de Ghénier qu'il estime beaucoup, « une sorte de poésie artificielle , travail d'industrie savante , » et M. Becq de Fouquières avoue, au moins pour les élégies à Camille, que le poète de ces élégies « aime l'art plus que Camille, » que « l'art y domine l'amour, » que les imitations des poètes latins abondent jusqu'à surprendre le lecteur « qui s'attendait à trouver une âme plus moderne , plus vivante et une douleur ou une joie plus personnelles. » Ecoutons encore M. Houssaye , le représentant de l'extrême gauche dans notre sujet ; il affirme que la poésie de Chénier <i: n'est pas un battement de cœur. Vous aurez beau l'interroger, s'écrie-t-il , sur les déchirements de la passion , elle sourira de son divin sourire, et continuera , avec le pur amour de Tart , à chanter les belles déesses , les belles statues, les belles courtisanes. i> — Comme on le voit , quant à l'art de Chénier , on trouve dans les critiques une unanimité bien plus grande que quant à l'antiquité de ses idées et de ses sentiments. Cependant nous avons réservé pour la fin de cette courte revue l'opinion toute contraire de Scherer. Celui-ci trouve les idylles de Goethe « trop savantes, » d'un art qui paraîtra ce trop voulu i> si on les compare aux idylles de Chénier, qui ce coulent davantage de source, ont plus d'abandon et de parfum. ]s> M. Scherer ne compte point Chénier parmi les poètes artistes. <ic II est
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piratîon est si caprideuse que souToit elle lui donne envie de commencer nne pièce non^dle on de continuer un autre fragment antérieur. D prétend avoir un tempérament essentiellement lyrique, qui cherche à adoucir ses douleurs c par la plainte > en communiquant ses sentiments à quelque âme amie ou à ses vers dont c le chant mélodieux adoucit sa hlessure. > Voilà l'idée et le fond de la poésie intime. H prétend que c sa main donne au papier sans travaU y sans étude 1 ses vers. Et ne dte-t-on pas encore aiyour« dliui les vers fiimeux contre Tart pour Fart qui semblent appartenir à TÂrt poétique de Boileau par leur ton hautain et catégorique :
L'art des tmispariB de Yàme est un fiùhle interprète ; L'art ne £ût que des vers, le cœur seul est poète.
Et Chénier ne glorifie-t-0 pas, dans son traité sur les lettres , cet âge de la littérature où c l'art d'écrire ne consistait point à revêtir d'expressions éblouissantes et recherchées des pensées fausses ou frivoles , ou point de pensée du tout; mais à avoir la même force, la même simplicité dans le style que dans les mœurs, à parler comme on pensait, comme on vivait, comme on combattait. > Ses jugements sur la peinture ne sont pas d'une autre nature que ceux sur la poésie, n proteste contre les gens c qui ne savent qu'étourdir les yeux par des attitudes forcées, et, pour ainsi dire, emphatiques, par des figures raides, sans grâce, sans naturel, perdues dans un amas d'ornements sans
goût et dans des draperies immenses dont aucune raison ne détermine les plis vastes et confus. :» Dans la peinture , ^ cette autre espèce de poésie d ce qui importe c'est ^ l'observation de la nature physique et morale, l'étude et l'expérience des passions humaines , cette sûreté et cette finesse des sensations qu'on appelle le goût ; y> ce sont <r la simplicité de la composition , la pureté des formes , la naïveté des mouvements 2» qui produisent <l cette parfaite représentation de la vie humaine qui émeut l'âme et qui entraîne l'esprit. 2» On ne saurait dire plus juste.
Tout cela contredit assez hardiment les opinions
"* de la critique, qui, à l'exception de Scherer, voit dans Chénier un poète excellement artiste, même un artiste trop désintéressé. Si nous songeons néanmoins à ces autres aveux fréquents dans lesquels Chénier se montre travaillant dans une «: retraite, ]e^ loin du tumulte de la vie , du profanum vulguSy et trouvant dans ces travaux ^ tous les plaisirs , les études, les amusements d'une vie ; ^o si nous songeons au retardement de la publication de ses œuvres, toujours polies et repolies ; nous serons tentés de conce-
'*' voir des doutes sur la sincérité de ces aveux dirigés contre l'art pur. D'autant plus que ces aveux sont contredits par beaucoup d'autres qui font soupçonner avec raison que Chénier est un artiste indifférent, cherchant « dans les arts de tous les maux l'indififérent oubli, J> s'efTorçant dans ses peintures à (a une indifférence et une égalité parfaites. :» Nous serons confirmés
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dans nos douteâ êû voyant que c'est la virtuosité technique qui lui arrache le plus souvent des exclamations étonnées, pleines de ravissement, dans l'étude des poètes antiques. « Quels vers, et comment ose-t-on en faire après ceux-là I » s'écrie-t- il à propos d'un vers des Géorgiques. Et ailleurs , encore plus naïvement : c Je n'ose pas écrire mes vers après ceux-là. Le premier des miens est mal fait. Qim vi maria alla tumescant est désespérant. :» Nos doutes seront complètement justifiés par l'examen minutieux des œuvres de Ghénier où nous verrons que ce n'est pas par la force de l'invention , ni par la profondeur , la sincérité des sentiments que Chénier veut nous enchanter, mais plutôt par la grâce de l'exécution , par les charmes de la € forme. :» Cet examen s'étendra spécialement aux questions suivantes : ce que Ghénier apprit de ses modèles antiques au point de vue de l'art — l'excès des imitations ; — le manque d'originalité ; — les tendances archéologiques , et allusions savantes; — le manque d'inspiration spontanée, et d'émotion directe dans la composition et dans le style ; — les caractères du style : comparaisons , métaphores et périphrases ; — la virtuosité descriptive ;
— le langage pathétique ; — les antithèses et pointes ;
— enfin quelques mots sur la langue et la versification.
Ce qae Chénier apprit des poètes antiques.
Dans la première partie de cet ouvrage nous nous efforçâmes de démontrer que Chénier n'est pas, quant à l'esprit de sa poésie, si antîqye que lui-même et se? critiques le prétendit. Nqus ne voulons pas non p(us cette fois le montrer comme antique au point de vue de l'art , d'autant moins que s'il ne réussit pas à un poète modeme.de démentir, d'abjurer sa modernité tout 610 imitant les poètes d'une autre époque , il ne lui réussit pas davantage de s'approprier complètement l'art vieilli, démodé de ces poètes. Mais comme nous avons observé que Chénier trouvait dans la poésie antique des éléments qui convenaient à l'esprit de sa poésie et de la poésie contemporaine, de même il est naturel de supposer qu'il ait trouvé aussi des éléments conformas à l'art de son époque, en étudiant l'art de la poéi^ie antique. Voyons donc un peu ce qu'il pouvait trouver en ce genre dans l'art de ses poètes favoris.
Ceux-ci, c'est-à-dire les poètes alexandrins et romains, tant aimés du xviii^ siècle entier, étaient avant
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tout des poètes artistes, d'un art excessivement raffiné. Ce n'est pas notre opinion personnelle, à nous, c'est l'opinion de tout historien des littératures antiques. Qu'il nous soit permis d'en citer un , bien connu et d'une autorité reconnue, M. Bernhardy, qui dans son manuel très répandu résume très bien tout ce qu'on pourrait dire d'important sur l'art des poètes antiques. En parlant de Properce qui prétendait être le disciple de Callimaque et de Philétas, il caractérise en ces termes la poésie hellénique et latine, a: Il se sentait proche parent des hommes qui regardaient le monde des sentiments comme l'objet d'un travail artistique délicat et tranquille, et il avait beaucoup de respect de leur érudition qui lui servait à donner à ses sentiments à lui la retenue, la résen^e nécessaire. » — c Properce a vu, comme ses amis, dans la poésie alezandrine une bonne serre pour la production des idées et des formes artistiques. » — « C'étaient surtout aux virtuosités techniques que les Romains visaient. » Donc il n'y avait aucune technique, aucune école poétique si complètement perfectionnée que la poétique de l'époque alexandrine. Les latins apprirent des Alexandrins tous les avantages du travail et en général tout ce qui se laisse apprendre à Taide des doctrines, des disciplines scolaires : ainsi les sujets érudits, l'abondance des mythes et des connaissances savantes, Tart de polir les expressions, les couleurs rhétoriques, en on mot une technique comme il faut, laquelle à l'aide de menus moyens vise à des effets riches et
séduit le lecteur qui se connaît dans les questions de la forme. M. Bernhardy connaît cependant un poète romain qui ferait exception, étant plus sincère, plus original et moins artiste, Tibulle . Mais un savant français, M. J. Soury a bien démontré que cette distinction n'est pas fondée. Tibulle était aussi artiste, et surtout artiste faisant et gardant dans son tiroir pour les cas échéants une foule de descriptions, « petits chefs-d'œuvre de ciselure dont il se servait comme d'ornements pour relever la beauté de son œuvre immortelle. » Selon M. J. Soury, Tibulle n'a pas été plus original que ses contemporains, de sorte que môme là où l'on ne le soupçonnerait pas, c'est quelque poète imité qui parle par ses lèvres : a: A ne considérer que l'ensemble, ses compositions ne sont guère que des lieux communs poétiques , des réminiscences très affaiblies, il est vrai, d'écrivains grecs, des thèmes d'école sans aucune originalité qu'on a lus cent fois chez tous les poètes du temps ; telle élégie n'est qu'une mosaïque où chaque pièce, travaillée avec un goût exquis, a été rapportée avec un art consommé. i»
Dans les paroles de M. Bernhardy que nous avons citées il n'est parlé que de l'art, de la virtuosité technique comme de l'élément qui attirait les poètes romains aux alexandrins. Nous avons observé déjà d'autres éléments non moins essentiels dans la première partie de cet ouvrage ; mais s'il est vrai que comme les romains, aussi le xvi® et le xviii« siècle français imitaient la poésie alexandrine, voire romaine,
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parce qu'ils y trouvaient des idées, des sentiments attrayants pour leur goût, pour leur esprit ; il faut avouer qu'ils les imitaient peut-être encore plus, parce qu'ils y trouvaient la satisfaction de leurs prétentions artistiques. Les réformations en poésie commencent d'ordinaire avec des réformes techniques, témoins le xvi® et XVIII® siècles^ pour ne pas parler du romantisme ; il était donc naturel que les deux siècles susdits, voulant produire la renaissance des lettres par l'imitation des antiques, aient imité les alexandrins et les romains, ces maîtres consommés en technique, en virtuosité au point de vue de la forme. On verra quelle était l'inflence de l'art antique sur la poésie de Chénier, qui vécut, il est vrai, après ce grand siècle classique où les tentatives artistiques du xvi® siècle atteignirent leur plus heau développement, mais qui vécut dans un temps où les traditions de l'art classique furent encore une fois renouvelées. Si l'on hésitait à accepter l'opinion qu'il ait imité surtout l'art antique dans la poésie antique, il faut écouter ce qu'il dit dans le programme qu'il a rédigé sur cette matière. Il veut rester moderne quant aux idées et aux sentiments, comme nous l'avons déjà vu, tout en imitant les antiques. Répétons encore ses paroles : il veut faire en s'éloignant des poètes avec un soin jaloux a ce qu'eux-mêmes ils feraient s'ils vivaient entre nous. ^ — € L'esclave imitateur nait et s'évanouit, dit-il; ce n'est qu'aux inventeurs que la vie est promise. » Il veut donc en imitant les anciens ce créer avec eux :»j puis-
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qu'il ne veut imiter d'eux, à l'entendre, que la forme seule. RappelonsriiouB encore une fois ^es paroles
» importantes. < Pour peindre notre. idée, imitons leurs couleurs; sur des penaers nouveaux faisons des vers antiques, t Nous avons déjà cité ce dogme pour prouver que Chénier voulait rester moderne dans ses idées et ses aentimentâ : nous pouvons le citer aussi bien id pour prouver que dans son art il voulait être
i' lepliu a. antique» possible. C'est une autre question, s'il a en effet réussi à donner à ses fruits une antique « saveur. > Ce qui nous importe cette fois et ce qui est incontestable, c'est ce fait que les al^andrins et les romains n'ont fait que renforcer ses penchants artistiques.
Étudions donc d'un peu plus prés l'art de Chénier en l'esaminant selon ses rapports avec l'antiquité comme avec la poésie contemporaine, où il doit marquer un degré de développement, quelque chose de plus rapproché de nous.
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Si les Romains, boamant leur amhîCioD à la finesse de l'exécution tedinïqiae, renonçaîoit Tolontiers à l'originalité éL mettaient même leur gloire à reproduire les pensées des alexandrins pour démontrer qu'ils savent reproduire aussi les beautés du stjk alexandrin, les poètes firançats ont sniri œprooédéau xvn* siècle. Ds omaiant vokmtiers kurs grandes oenvres de réminiscences antiques. L'époque de Chénier ^ retomba dans une imitation plus senrile que ne l'était celle du xvi« siècle.
Chénier lui-même à cet égard en est au même point que les Bertin. Gomment peut-on accorder ce fait avec ses prétentions d'être un poète c inventeur >? Très facilement, car il £iut comprendre ce qu'il entend par l'expression c inventeur». — c Dans les arts est inventeur celui qui montre et £adt adapter à la nature ce qu'elle n'a point fait, mais ce qu'elle a pu faire, qui retrouve un seul visage en vingt belles épars , des traits de vingt beautés forme la beauté même. > — L'invention selon Chénier serait donc cette idéaKsa- ,
tion ecclectique dans l'imitation de la nature, qui a servi en tout temps de principe aux grands poètes, aux grands artistes. Mais si Cbéoier parie ici de l'imitation de la nature , néanmoins il applique ces règles à l'imitation des beautés littéraires qui se trouvent dans les œuvres de tel ou tel poète. Il se . représente dans l'épitre à Bailly s des poètes divins relisant les vers sacrés » qui le remplissent de l'ardeur de suivre leurs chemins illustres, et lorsqu' n. il ferme le volume , il erre , il se tourmente , des vers tumultueux de sa bouche éloquente roulent. > — Ailleurs il avoue que dans le retraite qui est le bonheur suprême pour lui , « les vers de ces maîtres fameux font bouillonner son sang et dresser ses chveux » et que c'est « animé de leur âme » qu'il sent « ce besoin de créer, ces transports, cette flamme, s — Ce qui est sûr c'est que Chénier ne trouvait pas seulement un aiguillon de ses ambitions dans la lecture des poètesj il y cherchait même de l'inspiration. Les inspirations que lui donnaient les livres étaient, surtout dans la première moitié de sa vie, au moins aussi fortes que celles que lui donnaient ses expériences de la vie, Lesnote3,les indications confirment suffisamment cette assertion ; elles trahissent souvent le procédé du poète. « Il faut imaginer quelque chose, lisons-nous entre autres observations ; peut-être dans les auteurs traduits du persan par Jones ou autre , je trouverai quelque idée, b Voilà jusqu'où il allait quand il cherchait des idées, quand il s'efiôrçait a d'imaginer