‹ La poésie de Jean AicardChapitre 104 sur 112 · SUR L'AUTEL D'ISIS · texte numérisé non relu

SUR L'AUTEL D'ISIS

« ... Ainsi la cigale innocente Sur un arbuste assise et se console et chante. » André Chénier.

En habit vert, de souple étoffe, Un petit lézard est assis, D'un air bonhomme et philosophe, Sur le seuil du temple d'Isis..

— (( Ta rêverie est bien profonde?

— « Je songe, dit-il gravement, Que pas un lézard, dans le monde.

N'occupe un meilleur logement.

« Ici, bienheureux que nous sommes, Rien ne trouble notre sommeil, Car Pompéï n'est point aux hommes: Elle est à mon roi, le Soleil.

« O passant, d'ans tout autre ville Les palais ont gardé leur toit Et les enfants, engeance vile.

Sont encor moins discrets que toi;

« Dans toutes, palais à colonnes, Jardins, maisons de volupté, Appartiennent à des personnes Qui cherchent de l'ombre, en été!

(( Dans toutes, nous mettrait en fuite Un fracas d'hommes et de chars; Pas une autre n'est mieux détruite Pour être agréable aux lézards.

« Ici le soleil nous enivre; Tous nos jours, nous les employons, En ne rien faisant, à bien vivre:

A boire la joie en rayons.

(( Regarde: pas l'ombre d'un arbre; Et là, sous les rougeurs du soir, L'autel d'Isis, trône de marbre Où, comme un dieu, j'aime m'asseoir.

(( Mais va-t-en, car l'ombre me gagne C'est l'heure où je gravis l'autel D'où l'on voit, haut sur la campagne, Briller le Vésuve immortel ;

« De cette place, — que j'honore En mémoire des feux sacrés, — Je vois grandir, comme une aurore, Sa splendeur dans les ciels pourprés;

« Son âme est un soleil sous terre, Et j'aime, loin des faux plaisirs, A vénérer, dans le mystère, Ce dieu — qui m'a fait mes loisirs. »

Page 1