‹ La poésie de Jean AicardChapitre 105 sur 112 · LA CHANSON DU PAUSILIPPE · texte numérisé non relu

LA CHANSON DU PAUSILIPPE

Demi-vêtu d'immonde hardes, Le mendiant napolitain Avec des chansons nasillardes Vous harcèle soir et matin.

Partout sur votre promenade Apparaît un chanteur maudit, Dont l'aubade ou la sérénade Ne connaît minuit ni midi.

Au Vésuve, au bord du cratère, Il vous guette, il rôde, il est là, Qui braille, devant le mystère:

(( Funiculi-funicula. »

Il entonne Sainte-Lucie, Rarement des airs plus nouveaux, La nuit sous votre jalousie.

Le jour au nez de vos chevaux.

Martyr de refrains effroyables, Vous finissez, rageur et las, Par envoyer à tous les diables Ces gens qui d'ailleurs n'y vont pas...

Or, hier, une enfant mignonne, Fille de ces chantres d'enfer, Très grave petite personne, Vint près de nous chanter un air.

Ses parents, là-bas, sur la route, L'encourageaient avec des cris.

Et la mignonnette — on s'en doute — Répétait leurs airs favoris.

Mais la beauté de son enfance Rendait divin le chant banal, Et nous l'écoutions sans défense. Car des tout petits rien n'est mal.

Un cœur de rose encore close

Est moins doux, moins charmant, moins pur,

Et la rose est d'un moins beau rose

Que sa nuque aux ombres d'azur.

La source sous bois, dans la mousse, Où seule a bu la mouche à miel.

Même à la pensée est moins douce Que son œil tout baigné de ciel.

Certe, elle chantait sans principe!

Charmés, nous l'écoutions pourtant...

Sur les pentes du Pausilippe, Elle nous suivait en chantant.

Le bec ouvert, à voix menue, Tel un oiselet dans le nid, La jolie enfant demi-nue Pépiait l'air jamais fini.

Bouche ronde, rire à la joue, Tendant la main sans y songer, Elle suivait, comme l'on joue, A grands petits pas — l'étranger.

Sa main semblait ne rien attendre ; Elle la mettait sous nos yeux Pour obéir — non pas pour prendre...

C'est tout. C'était délicieux.

Ce qu'elle disait, je l'ignore, Mais, nous arrêtant en chemin, Nous lui criâmes: « Chante encore!

({ Tends-nous mieux ta petite main ! »

Et quand l'adorable merveille Toujours en chantant s'éloigna, J'eus une vision pareille Aux tiennes, délia Robbia:

Droit et pur comme un lys de neige, Sur l'émail bleu des horizons, Un ange tenait le solfège Où l'enfance épelait des sons.

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