‹ La poésie de Jean AicardChapitre 106 sur 112 · GINEVRA · texte numérisé non relu

GINEVRA

C'est l'histoire de Ginevra Qu'on crut morte et qu'on enterra,

De son grand linceul recouverte, Face au ciel, dans sa bière ouverU.

Elle se met sur son séant; Elle reconnaît le néant,

Le caveau, les lampes funèbres, Et l'horreur est dans ses vertèbres.

Elle a fui, criant au secours, Vers la ville de ses amours...

Elle ne rencontre personne; La morte vivante frissonne.

Sur ses beaux seins, sur ses beaux flancs, Le linceul tord de grands plis blancs.

Elle court, cherchant l'espérance Et sa mère, — à travers Florence.

— « Ma mère! c'est moi... Ginevra,

« Qu'on crut morte — et qu'on enterra...

« C'est moi qui frappe à votre porte! » Et la mère entendit la morte

Et cria : — « Passe ton chemin !

« On dira des messes demain. . .

<( Passe, fantôme de m*a fille! »

— Les spectres n'ont point de famille.

Alors, le cœur froid, les yeux fous, Elîe courut chez son époux :

— (( C'est moi... Ginevra, votre femme! » • — (( Je ferai prier pour ton âme :

(( Toi qui sors du tombeau, va-t'en!

(( Les spectres viennent de Satan ! »

Les spectres n'ont point de demeure:

Faudra-t-il que la morte meure?

Alors, dans ce grand abandon, Elle songe à l'ami si bon

Qui l'aima, d'une amour suprême Dont il n'a parlé qu'à lui-même:

— (( Vivante, je le fis souffrir « A la morte va-t-il ouvrir?...

(( Ouvrez! c'est moi! » L'ami fidèle Veillait, priait, le cœur plein d'elle.

Il reconnut son premier cri, Bondit vers la porte, et l'ouvrit:

— « Vous que vivante j'ai pleurée, « Entrez vite, morte adorée !

(( Morte ou vivante, spectre ou non, « J'ouvre à qui porte votre nom;

(( J'ouvre à votre voix bien connue.., « Vous frissonnez, à demi-nue,

« Cherchant un asile... Voici:

<( Mon cœur est ouvert, entrez-y.

(( Vivante, oubliez votre fièvre, (( Ou morte, dormez sous ma lèvre :

(( Vision ou réalité,

(( Je t'aime dans l'éternité. »

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