LES DÔMES
(( Seigneur, que votre règne arrive sur la terre!... » Ainsi priaient jadis les siècles anxieux Qui poursuivaient sans fin la tâche héréditaire De préparer sur terre un trône au Roi des cieux.
Et, portés, comme par des bras, sur des colonnes, Les dômes, au-dessus d'un trône toujours prêt, Dressés en vain vers Dieu, formidables couronnes, Attestent le néant d'avoir cru qu'il viendrait.
Debout sur l'âme humaine et sur des fûts de pierre, Le dôme élève au ciel l'orgueil d'être massif; Mais le siècle, devant la grandeur de Saint Pierre, Sans plier les genoux pleure ou reste pensif.
Autour des temples saints mais désertés, les villes, Bourdonnant de travail, gémissent sans prier, Et les dômes seraient des tombeaux inutiles, Si l'art n'y suspendait son immortel laurier...
Que n'ai-je été l'enfant d'un siècle où l'on espère! J'aurais aimé, naïf apprenti d'un maçon, Seigneur ! être un de ceux qui t'appelaient le Père Et qui, près de la leur, bâtissaient ta Maison.