‹ La poésie de Jean AicardChapitre 36 sur 112 · COLIN-MAILLARD · texte numérisé non relu

COLIN-MAILLARD

Un enfant frêle et blond, dont la mine éveillée Laisse voir des pâleurs, quoiqu'un peu barbouillée, Conduit le pauvre aveugle et marche à petits pas. A l'angle du chemin ils vont s'asseoir, là-bas. Muets, l'un contre l'autre, et jamais ne demandent; Ils ne poursuivent pas notre aumône, ils l'attendent. Il faut les plaindre, enfants; ils sont si malheureux! Et c'est touchant de voir comme ils s'aiment entre eux, Et de voir ce garçon de huit ans, dont l'enfance Aurait encor besoin de guide et de défense, Si petit! attentif aux pierres du chemin, Surveiller un vieil homme et lui donner la main.

Le sourire à la lèvre ou les pleurs sur la joue, Fils de pauvre ou de riche, il faut qu'un enfant joue; C'est pourquoi, l'autre jour, l'enfant pâle à l'œil bleu Avait naïvement imaginé ce jeu De courir tout autour de l'aveugle débile Qui, sur la terre assis, posant là sa sébile,

A droite, à gauche, vite, étendant les deux bras, Cherchait à le saisir selon le bruit des pas. L'enfant, que chaque erreur du pauvre aveugle amuse, S'éloigne plusieurs fois d'un petit air de ruse, Sur la pointe du pied, sans souffler, doucement, Et le vieillard écoute, immobile un moment... Puis, troublé tout à coup d'un si profond silence, Il appelle!... l'enfant rit alors et s'élance, Accourt et vient tomber dans les bras du vieillard ; Et l'aveugle riait d'être colin-maillard!

Moi, j'admirais l'enfant, dont la candeur suprême Peut jouer, sans l'accroître, avec la douleur même, Et qui fait naître, au cœur d'un malheureux pareil, La gaieté, le bon rire et l'oubli du soleil!

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