‹ La poésie de Jean AicardChapitre 49 sur 112 · SEUL · texte numérisé non relu

SEUL

Nous avions l'habitude, aux jours de notre enfance, A peine menacés, seulement un peu las, D'appeler, dans un cri, la mère à la défense, D'implorer son secours, ou son pardon hélas! Qui, même immérité, ne nous faillissait pas.

Plus tard nous murmurions à l'oreille du prêtre, Dans le temple attristé, l'aveu du mal commis; Tribunal oti l'on fut heureux de comparaître, Où notre cœur lavé, frais, se sentait renaître. Où le juge indulgent nous disait: « Mes amis. »

La mère est morte. Et puis la foi s'en est allée. Nous sommes restés seuls dans un grand abandon; Un vide morne emplit notre âme désolée. Et, quand, par quelque faute elle est encor troublée, Seuls dans notre mépris nous voilà sans pardon.

On dit bien à l'ami : « Frère, connais ma faute. » Mais il ne voit pas, lui, nos remords à genoux; 7vlais son âme est hautaine et s'estime trop haute; Sa confiance en nous, la nôtre en lui nous l'ôte!... Le prêtre de hasard se retire de nous.

Eh bien, soit, marche seul, sans chanceler; sois libre, Et sans montrer ton cœur à qui ne sait pas voir, De ce cœur transpercé, pour l'embaumer d'espoir, Arrache le remords; reprends ton équilibre. Et marche mieux, d'un pas plus sûr, vers le devoir.

Évite les sentiers oii tu reçus l'atteinte

De la haine en ton cœur, du doute dans ta foi,

Et n'oubliant jamais, quand, comment et pourquoi,

Ne garde du remords que la blessure sainte

Par où, dans la douleur, le mal a fui de toi.

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