‹ La poésie de Jean AicardChapitre 50 sur 112 · SAVOIR CONSOLER · texte numérisé non relu

SAVOIR CONSOLER

Voici la vérité dont mon cœur se pénètre:

Le cœur étant seul Dieu, tout esprit devient prêtre.

Par mon cœur lumineux j'ai l'esprit éclairé;

Tout ce que j'ai senti de bon, je le dirai.

L'homme a perdu Dieu, soit. Eh bien, l'homme se reste,

Et l'humaine pitié, pour n'être plus céleste,

Ne perdant rien de sa douceur, de ses beautés,

Nous a faits plus divins. Dieu nous ayant quittés.

C'est pourquoi, si quelqu'un. Frère, de toi s'approche.

Et qu'il dise: « Mon cœur se fait un grand reproche,

« J'ai failli, j'ai besoin de dire mon secret:

H Ëcoutez-moi, » — réponds : « Mon frère je suis prêt. »

Ecoute avec l'esprit d'un prêtre, c'est-à-dire

En renonçant au droit malfaisant de maudire,

Et trouve, conseillé par ton cœur (le seul Dieu)

Excuse dans la faute, et pardon dans l'aveu.

Pour coupable qu'il soit, tout homme a dans son âme

Un point qui reste tendre et qui n'est point infâme,

Un point d'humanité que tu découvriras,

Et le plus criminel doit tomber dans tes bras!

Car la société, qui parle de justice,

Voit son péril dans les crimes et dans le vice.

Et son droit de punir fait sa sécurité.

Mais ta justice, à toi, c'est l'homme racheté,

C'est le juge qui pense, à la fois grave et tendre,

Que tout acte accompli doit pouvoir se comprendre,

Et qui trouve un seul mot jailli d'un cœur aimant

Plus divin que l'antique enfer du Dieu clément!

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