‹ La poésie de Jean AicardChapitre 59 sur 112 · LE DIEU DANS L HOMME · texte numérisé non relu

LE DIEU DANS L HOMME

Tu trouvas en ruine un logis à couleuvres, Et charpentier, maçon, terrassier et couvreur, Sans maître et sans manœuvre et pourtant sans erreur Tu refis la maison, vieil enfant de tes œuvres !

Le « campas » fait jardin, bien planté, bien enclos,

Ce travail le paya pour le temps de ta vie,

Et de par ta misère à l'abri de l'envie.

Tu travaillas vingt ans, — jusqu'au dernier repos.

Tu n'as plus rien connu des villes, sur ta roche; Robinson, tu voyais la mer, — de ta maison ; Mais des vaisseaux dorés errant sur l'horizon, Tu saluais l'adieu sans souhaiter l'approche.

Les saisons circulaient, les jours qui font les mois. Les grands froids, les grands chauds ; toi, selon la journée, Assis au grand soleil, ou dans la cheminée. Tu lisais du français et tu parlais patois.

Conteur, tout en tressant des paniers et des claies, Tu faisais aux enfants de longs, de gais récits. Et moi-même en vacance, à tes côtés assis, J'oubliais, pour ta voix, l'école dans les haies.

Ton fils, dont je suis fils, était mort loin de toi, Dans ce vaste Paris que n'aiment pas les mères... Tu souriais pourtant à mes jeunes chimères Homme de peu d'étude et de beaucoup de foi.

Tu toléras, ami d'une douceur parfaite, Mon caprice d'enfant d'abord, l'autre plus tard, Et je te vois sourire à mes vers, beau vieillard Dont le fils était mort, un peu d'être poète!

Oui, lorsqu'au lieu d'amour la Muse en moi parla, Un sourire attristé vint éclairer ta bouche; Et tu disais, avec le ton simple et qui touche: « Il n'y a rien à dire... Où prend-il tout cela? »

... Grand-père, tout cela, quelle qu'en soit la gloire, Je l'ai pris à toi-même, à ta simplicité, Au vieux air que tu m'as, le soir, cent fois chanté, Au ton dont tu disais ta plus naïve histoire...

Je l'ai pris dans tes bras, dans ton cœur, dans ta main, Dans l'oubli des cités où sont les choses laides. Dans la vieille maison, seule au fond des pinèdes, Et dont je ne veux pas oublier le chemin.

Tu fis mon œuvre simple et ma voix attendrie, Et je rapporte à toi ce qui vient de toi seul... ... C'est à vous que je parle, ossements de l'Aïeul, Poussière de la mort, terre de la patrie!

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