‹ La poésie de Jean AicardChapitre 67 sur 112 · LA NOËL DU ROUGE-GORGE · texte numérisé non relu

LA NOËL DU ROUGE-GORGE

Dans la vieille maison et dans la vaste chambre Je veille seul. Dehors gronde un vent de décembre Et le profond ciel noir pleure à gros flocons blancs. Les arbres du jardin sont des spectres troublants, Et je les vois, lorsque mes yeux quittent mon livre. Crisper vers moi leurs bras douloureux, lourds de givre ; Du dehors, aux oiseaux réveillés et frileux. Ma lampe doit sembler un astre merveilleux; Un feu vif, dont ma chambre est toute illuminée, Rayonne dans la haute et large cheminée. Petit théâtre étrange oij dansent des lutins Au son de je ne sais quels orchestres lointains... Je fête, à ma façon, Noël, — en solitaire : Je veillerai, songeant au vieux et doux mystère, Jusqu'à l'heure attendue où, sous le noir du ciel, Le clocher chantera l'hosannah de Noël.

Mon enfance revient en moi : je vois la crèche ; Entre l'âne et le bœuf, sur la paille bien fraîche,

(1) Extrait de La Légende enfantine^ ouvrage inédit.

Ouvrant ses bras mignons, sourit l'Enfant Jésus; Les plus pauvres seront, ici, les mieux reçus: L'un apporte en présent des œufs, l'autre une poule, Et les Rois couronnés sont perdus dans la foule... Noël ! En souvenir de ce drame charmant, Nos pères, de très loin, se visitaient gaîment.

Hélas! minuit est proche, — et je n'attends personne, Quand, toc, toc! sur ma vitre un coup frappé résonne... Toc, toc! j'ai tressailli, mais, bientôt rassuré, Je devine l'oiseau dont l'appel est sacré: Le Rouge-Gorge!

Eh, oui, j'ai cru le reconnaître!

C'est lui — j'en suis certain — qui heurte à ma fenêtre. Je me lève, — très lent pour ne pas l'effrayer... Toc, toc! il sait qu'il a sa place à mon foyer, Qu'il trouvera toujours une miette à ma table, Qu'au soir de la Noël on est plus charitable, Et que nous, ses amis, chanteurs et tâcherons, S'il frappe à coups plaintifs, vite nous ouvrirons!

La lampe est dans ma main ; et, la portant très haute

Pour mieux voir ce passant qui veut être mon hôte,

Je vais, à pas muets, vers la vitre qui luit,

Frêle obstacle, mais qui me sépare de lui...

Car je le vois!... là!... sur le bord de la croisée!...

Son œil très noir reflète une flamme irisée;

Ma lampe est un soleil dont il est ébloui...

— « Toc. toc! Vas-tu m 'ouvrir à la fin? »

— « Certes oui !

» Mais, près de toi, je suis un géant, petit être! » Le géant, pour ouvrir cette dure fenêtre,

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