‹ La poésie de Jean AicardChapitre 68 sur 112 · LE LIVRE DES PETITS · texte numérisé non relu

LE LIVRE DES PETITS

» Va faire un bruit énorme, agiter de grands bras!

» Et toi, — devant ce geste incompris, — tu fuiras,

» Croyant qu'on a voulu trahir ta confiance! »

Toc, toc, il bat la vitre avec impatience !

Oh! cette vitre! joie et chaleur d'un côté,

Et, de l'autre, la nuit, l'horreur, l'immensité!

Il va, vient... Par moments il semble craindre un piège...

Ses petits pas font des étoiles sur la neige;

Sans la vitre, on pourrait le prendre avec la main ;

II a dans ses yeux noirs un désespoir humain ;

Son bec vibre... il en sort un reproche, une plainte:

« Tic ! c'est du sang d'un Dieu que ma poitrine est teinte i »

Lorsque Jésus en croix, d'épines couronné, S'écria: « M'avez-vous, Seigneur, abandonné? » Un oiseau, répondant, seul, à l'appel suprême. Accourut, se posa sur l'affreux diadème, Et, de son bec mignon, à grands coups maladroits, Tenta d'ôter l'épine au front du Christ en croix. En récompense, il a gardé, sur sa poitrine, Une goutte du sang doré, tache divine !

— « Tic, tic, par ce temps noir et par ce froid cruel, Je viens chercher ma place au feu de la Noël ! »

Cette âme suppliante, en quête d'un bon gîte, Sous l'infini des nuits, oh! comme elle est petite! « Attends-moi! » j'ai posé ma lampe; et lentement, J'ouvre! — mais si craintif que soit mon mouvement. Je ne peux empêcher que la maison ne tremble Quand vitre, fers et bois, s'ébranlent tous ensemble ;

Et comme j'avais pris une âme d'oiselet

Pour répondre au petit ami qui m'appelait,

Moi-même, stupéfait d'un si brusque vacarme,

J'y crois entendre un monde entier qui grondeet s'arme,

Tandis que, sans savoir y pressentir l'amour,

L'oiseau s'est envolé... peut-être sans retour!

La vitre est grand'ouverte, et le froid, la rafale, La neige, la terreur, s'engouffrent dans la salle ; La nuit fouette mon front d'un pli de son linceul ; Le petit être a fui dans l'immensité, seul. Loin de mon cœur, croyant l'ombre plus charitable! ... Oh! puiss&-t-il, par la lucarne, dans Tétable, Où la poule est assise et rêve sur son œuf. Entrer, et s'endormir près de l'âne et du bœuf!

Pourtant, qui sait? malgré cette effroyable alerte, Immobile, attentif à ma fenêtre ouverte, Encore ému d'espoir, s'il était là, tout près, Dans le jardin, sous les rameaux du vieux cyprès?

Alors, j'ai ranimé ce feu qui le fascine. Puis j'ai gagné, furtif, une chambre voisine: Je veux que l'humble ami, rassuré peu à peu, Revienne vers ma lampe et se chauffe à mon feu : J'ai laissé grand'ouverte, en partant, la fenêtre, Et, de mon recoin sombre, où le froid me pénètre, Je surveille à présent, par l'huis entrebâillé. Ce trou béant là-bas, noir, sinistre et mouillé.

Hélas! entre les hauts chenets luisants, d'ans l'âtre Qui tantôt me semblait un gai petit théâtre

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