‹ La poésie de Jean AicardChapitre 7 sur 112 · LEBON>'ARD · texte numérisé non relu

LEBON>'ARD

Libre rêveur! Mais votre thèse est etïroyable!

Et vous sachant dévot, j'ai nommé votre Dieu.

Moi, si mon voisin tombe, eh bien... je l'aide un peu!

Je ne distingue point la Pàque de Vigile,

Ma foi non, mais j'admire et j'aime l'Évangile

Où souffre un pauvre Dieu... patient sous l'affront.

C'est la force du cœur, monsieur. Les doux vaincront ^i).

Par cet apostolat de la bonté et de la fraternité, Jean Aicard apparaît comme un continuateur de Victor Hugo et de Michelet — de Michelet surtout. — Un ami, poète lui-même et critique distingué, lui écrivait un jour à propos du Dieu dans l'Homme : « Vous me paraissez être le seul à avoir recueilli les germes de culture morale si abondamment et vainement semés par Michelet. Ce grand cœur de Michelet qui pensait chaleureusement comme vous au peuple, à la jeunesse, à l'union, au bien, frémirait d'une tendre joie en lisant votre livre et s'y reconnaîtrait

(i) Le Père Lebonnard. acte I, scène iv.

peut-être, malgré la parure que le soleil du Midi ajoute à vos pensées. » Oui, un xMichelet qui se serait soumis aux lois du rythme, voilà qui nous donne bien une idée de Jean Aicard, poète humanitaire.

Poète idéaliste et poète humanitaire, Jean Aicard a une place, je veux dire un rôle à part dans la littérature contemporaine. Chacun sait qu'elle est devenue matérialiste et païenne, et qu'elle ne connaît plus que deux droits, le droit de la force et le droit au plaisir. Assurément de grands artistes ont résisté à ce mouvement qui entraîne l'âme française vers le paganisme primitif : François Coppée et SuUy-Prudhomme étaient de ces poètes qui défendent ce que nous avons de meilleur, et qui, en osant écrire dans leurs vers les grands mois qui représentent les grandes choses, empêchent, au milieu de l'indifférence du grand nombre, la prescription. Jean Aicard, lui aussi, s'obstine à renouveler de temps en temps, sans craindre les haussements d'épaule, une sorte de Déclaration des Droits de l'àme. Telle est sa place, tel est son rôle.

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