LE POETE DANS LE ROMANCIER ET LE DRAMATURGE
Ce recueil consacré au poète lyrique ne contient aucun extrait des romans ni des drames, ce qui me dispense d'en parler longuement dans cette étude. J'en dirai un mot cependant, pour que la notice soit complète, et parce que, ici encore, nous retrouverons le poète.
Lorsque Jean Aicard débuta dans le roman, il apparut qu'il ne chercherait pas longtemps sa voie. Laissant de côté les études psychologiques, les tableaux « parisiens », les banales intrigues d'adultère aristocratique ou bourgeois, il choisit dans sa Provence des sujets populaires. Il puisait une fois encore à la source !a meilleure de sa poésie. Et, comme la Provence a des aspects multiples, il put en tracer des portraits variés, dans Roi de Camargue, Notre-Dame d'Amour, le Diamant Noir, VIbis
Bleu, Tata, Maurindes Maures et L'illustre Maur in ; il complétait ainsi par des retouches successives les Poèmes de Provence. C'est cette description en prose, faite par un poète, d'un pays enchanteur, qui fait le charme permanent des romans de Jean Aicard. Moins évocateur que Loti, il a plus de précision que lui dans le détail, et la même mélancolie pénétrante dans les effets d'ensemble.
Ici encore, comme dans ses recueils de vers, il va cherchant à travers les âmes des lueurs d'idéal. Il crée des personnages qui vivent pour un rêve — qui meurent quand ce rêve leur paraît irréalisable, comme Benjamine, — ou qui trouvent dans ce rêve réalisé, comme Tata, la force de souffrir avec une sérénité silencieuse. La morale qu'il prêche, ou qu'il insinue, car il ne prêche jamais, c'est la morale de la bonté et du pardon. Parfois même, préoccupé d'une grave question, il ne craint pas d'intervenir brusquement dans son œuvre et de plaider, contre les préjugés et contre l'égoïsme, la cause de l'équité naturelle. A ce point de vue, le Pavé d'Amour est une œuvre à méditer par tous ceux qui pensent que la moralité des jeunes gens, condamnés par nos mœurs à un mariage tardif, est un grave problème, et que l'hypocrisie qui veut ignorer ne suffit peut-être pas à le résoudre. Maurin des iMaures profite de la permission qui lui est donnée de raconter des histoires, pour disserter comme un moraliste et pour faire le procès aux lois injustes, aux égoïsmes jouisseurs, à la République oublieuse de ses origines et aux femmes trop coquettes : le roman héroï-comique a ainsi une véritable portée sociale.