‹ La poesie de la musiqueChapitre 52 sur 57 · Fétis, Biographie des Musiciens · texte numérisé non relu

Fétis, Biographie des Musiciens

pour piano seul, 24 lieders et chants pour voix seule avec piano et un opéra en deux actes :

Les Noces de Gamache. Zelter ne se lassait pas de l'admirer et ne cessait d'exprimer ses sentiments d'affection pour lui dans ses lettres à Grœthe : « Mon Félix vient de nous donner la Passion gigantesque de Bach, écerit-1l le 11 mars 1829 ; 1l y avait près d’un siècle que cet œuvre dormait dans le tombeau. J’ai cru entendre le mugissement lointain de la mer. Je suis heureux de la joie qui vous viendra par Félix. De

tous mes élèves, aucun n’a tant réjoui mon cœur. »

Dans cette mème année 1829, à l’âge de 20 ans, Mendelssohn fit un voyage en Angleterre et en Écosse. C’est alors qu'il écrivit l'ouverture de /a Grotte de Fingal, sous l’inspiration des sentiments que lui avait fait éprouver. la contemplation des contrées si pittoresques qu’il avait parcourues. De retour en Allemagne, il se prépare à partir de nouveau pour la Suisse et l'Italie; mais il veut auparavant prendre congé du grand poëte allemand. Cette dernière visite fut longue et bien remplie. Chaque jour il jouait les œuvres des grands maitres en expliquant à Gœthe les progrès dus à chacun

d'eux. Le poëte jusque-là n'avait pas compris la musique sortie de la plume de Beethoven, qu'il n'avait pas aimé non plus comme homme.

Ce fut Mendelssohn qui la lui fit apprécier le premier. Gœthe lui donnait en retour des lecons de poésie en lui commentant Schiller, Lamartine et Victor Hugo. Avant son départ, il lui donna une page autographe du manuscrit de Faust avec cette dédicace : « À mon cher jeune ami F. M. B., l’aimable et puissant maitre dans l’art du piano, en souvenir des heureux jours de mai 1830. » Le 3 juin, au moment de se séparer de lui, ilse rappela que, dix ans auparavant, le jeune Félix avait été profondément impressionné par un tableau de van Ostade représentant une famille de paysans en prière. Le vieillard tira la gravure de ce tableau d'un portefeuille : « Oui, dit-il, l'heure est venue, je voudrais vivre Jusqu'à votre retour; mais ne nous quittons pas sans un moment de recueïllement et regardons ensemble cette prière. » Il se fitun assez long silence; puis Gœthe embrassa Mendelssohn qui monta en voiture pour se rendre en Italie par Munich, Salizbourg et Vienne. Il arrive le 2 novembre 1830 à Rome où il rencontre Berlioz avec qui il se lie d'amitié. Puis

il visite Naples et revient par Rome, Florence, Gênes et Milan. Il parcourt la Suisse, revoit Munich et arrive enfin à Paris en décembre 1831. Mendelssohn y fait la connaissance de Baillot. Il fréquente souvent ses intéressantes séances de musique de chambre où il joue avec le grand violoniste ses œuvres personnelles comme celles des grands maitres. Mais il parut alors trop exclusif. Car, en parlant d’une des soirées du célèbre professeur, ilse permit d’appliquer l’épithète de perruque à Boccherini dont on avait Joué un quintette. Mendelssohn était affecté de n’avoir pas produit en France autant d'impression qu'il avait espéré, ce qui lui faisait dire que Paris était le tombeau de toutes les réputations. Ce fut là qu'il apprit en mars 1832 la mort de Gœthe et peu après celle de Zelter. Toujours, disait-1l, le nom de Paris s’associera dans mon esprit à ces cruelles nou- - velles. Du reste, 1l ne s’exprimait sur les Franais, au point de vue musical, qu'avec une sorte de dédain. Dans une lettre à madame Kiené, une de ses meilleures amies, 1l dit qu’à Paris un compositeur ne peut apprendre que des trucs et de la manière. Dans une autre lettre à sa sœur Fanny, il critique lesartistes et le public

parisiens. « Défaites-vous, lui dit-l, de vos préjugés en faveur du goût musical des Francais. » Il n’aimait pas plus les compositeurs italiens que les compositeurs français et portait les mèmes jugements sur Cherubini et Rossini que sur Auber. L’orgueil de son école dominait en lui. Sous ce rapport, il était Allemand jusqu'à la moelle.

Il quitta donc la France dont il ne parlait qu'avec amertume et n’y revint plus: De 1833 à 1835, il fut directeur de la musique de Dusseldorf. Les fètes musicales de Ia Pentecôte dans les villes rhénanes étaient alors conduites alternativement par Ries et par lui, et il s'était même élevé à cette occasion entre les deux arüistes une certaine rivalité qui donnait lieu, dit Fétis, à des paroles peu obligeantes de Mendelssohn vis à vis de son collègue beaucoup plus âgé que lui d’ailleurs, et dont celui-ei souffrait beaucoup.

Mendelssohn se retire à Leipzig en 1835 et y termine son oratorio de Paulus. Il y est nommé directeur des concerts de la Halleaux-Draps et recoit bientôt du roi de Saxe le litre de maitre de chapelle honoraire. En 1837, il épouse à Francfort une jeune femme, veuve

LA POÉSIE DE LA MUSIQUE. 419 d'un pasteur de l’église réformée, M" Cécile Jeanrenaud. Appelé à Berlin, en qualité de directeur de la musique du roi, il écrit pour le service de la cour la musique intercalée dans les tragédies d'Antigone, OEdipe roi et Athale, et compose plusieurs morceaux qu'il introduit dans Le Songe d'une nuit d'été de Shakespeare. Il retourne ensuite à Leipsig où il était mieux apprécié qu'à Berlin et s’y fixe définitivement.

Dès ce moment, Mendelssohn ne quitte plus cette résidence que pour faire quelques voyages en Angleterre ou dans la Prusse rhénane. La reine Victoria et le prince Albert l’accueillaient avec distinction. Il raconte dans ses lettres une foule de détails où se peignent à chaque page son imagination brillante, son esprit, sa gaieté et sa verve passionnée. On peut dire de ses lettres ce que Cherubini disait de sa musique. Il écrivait en effet d’abondance comme il improvisait. Sa fécondité se révélait dans le langage de son esprit comme dans celui de son cœur. Il avait une ardeur qui pouvait à peine être traduite par les moyens matériels qu'il employait. C’est au moins le sentiment qu'on éprouve souvent quand on joue sa musique. Îl semble qu'on n'ait pas assez de puissance de son ni assez d’é-

nergie d'archet pour rendre toute sa pensée.

Nous avons eu l’honneur de le voir en 1846 au festival d’Aix-la-Chapelle qu'il dirigeait et où figurait la célèbre Jenny Lind. Nous avons même cheminé ensemble en sortant d'une répétition, et comme je lui fredonnais un passage de l’un de ses quatuors, il me dit avec.un accent germanique prononcé : « Ah! je vois que vous connaissez ma musique. » Il était alors plein de santé, et nous ne nous serions jamais douté qu'il n’eüut plus qu'une année à vivre. Il revenaità Leipzig au printemps de 1847, après avoir fait exécuter son lie à Birmingham et à Londres, lorsqu'en passant à Francfort il apprit la mort de sa sœur bien-aimée M°° Hausen, frappée d’apoplexie foudroyante au piano, en faisant répéter les chœurs de Faust qu’elle avait mis en musique. Ce fut pour lui comme un coup de foudre. Sa femme voulut le distraire en le conduisant en Suisse jusqu’à Interlaken. Il improvisa pour la dernière fois sur l'orgue d’une petite église de village au bord du lac de Brienz. Le mauvais temps l’empêcha d'aller jusqu’à Fribourg où il eùt cependant bien désiré connaitre le grand orgue de Moser. « L'hiver arrive, dit-1l aux siens, il est temps de retourner

à nos foyers. » Le 9 octobre 1847, il est frappé d’un coup de sang, en accompagnant quelques morceaux de son ie chez un ami. Rétabli bientôt grâce à l'emploi de moyens énergiques, il espérait pouvoir être assez fort pour aller à Vienne diriger son dernier oratorio ; mais le 28 du mème mois il eut une seconde attaque, après avoir diné de bon appétit, et fut déclaré par le médecin frappé d’apoplexie nerveuse.

Le 3 novembre, l'attaque se renouvela et ilexpira le lendemain à 9 heures du soir, n'ayant pas accompli sa 39° année. Sa mort fut un deuil public; on lui fit des obsèques somptueuses. Au milieu de la cérémonie, l'orgue fit entendre le morceau lugubre qu'il avait composé pour la scène de la tragédie d’Antigone où Créon traverse le théâtre portant son fils inanimé. Le transport de son corps à Berlin fut accompagné par des chœurs empruntés à son œuvre.

Mendelssohn, avec ses accents passionnés et son énergie, garde toutefois son individualité. Il aime surtout le mode mineur naturellement expressif et module souvent, dans la crainte de rencontrer les formules les plus usitées. Aussi

sa musique prend-elle par cela même un cachet DA. a

particulier qui la fait facilement reconnaitre.

On cite parmi ses compositions les plus remarquables : sa 3° symphonie en /amineur, ses oratorios de Paulus et d'Élie, son concerto de violon, son 1° concerto de piano en so/ mineur, ses sonates, trios et quatuors pour piano, ainsi que son ottetto, ses quintettes et ses quatuors pour instruments à cordes.

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