Uu ami de Rour^ard. 2. Ta louauge
Ainsi du dieu vénérable De la mei' puisses avoii* ' Une accolade honorable, Entrant chez luy pour le voir-!
(Poésies diverses.)
Immortalité.
Plus dur que fer j'ay fini mon ouvrage •*, Que Fan, dispos à démener les pas, Que l'eau, le vent ou le brillant orage, L'injuriant, ne ru'ront '' point à bas. Quand ce viendra que le dernier trespas M'assoupira d'un somme dur, à l'heure Sous le tombeau tout Ronsard n'ira pas, Restant de luy la part qui est meilleure.
Tousjours, tousjours, sans que jamais je meure, Je voleray tout vif par l'univers.
Eternisant les champs où je demeure, De mes lauriers fatalement couvcrs.
Pour avoir joint les deux harpeurs'' divers Au doux babil de ma lyre d'yvoire.
Que j'ay rendus Vendomois par mes vers.
Sus donque, ÎNIuse, emporte au ciel la gloire Que j'ay gaignée, annonçant la victoire Dont à bon droit je me voy jouissant, Et de son fils consacre la mémoire.
Serrant son front d'un laurier verdissant.
(Odes G.)
1. Puisses-tu avoir une accolade...! « J'ai élevé un monumeut plus ^H
2. Il couvieut de remarquer que le rable que l'airain. » ^Ê Loir ne va pas, comme semble l'iuiU- 4. Précipiteront.
quer Ronsard, retrouver directement le 5. Ronsard a uni le génie de Pindare
dieu vénéiable de la mer, mais qu'il se à celui d'Horace.
jette dans la Sarthe, affluent de la 6. Nous reproduisons ici cette ode (la
Maine, tributaire elle-même de la Loire, trente-deuxième du V« livre), parce
3. Cf. Horace, Udes, III, xxx, 1 : qu'elle nous semble la conclusion natu-
Exegi mouumentum sere pereilnius...
relie de l'œuvre du poète.
Étude biographique et littéraire.
L'homme. — La destinée de Joachim Du Bellay fut mélancolique entre toutes. Issu d'une famille illustre, qui compta le capitaine Guillauine Du Bellay, célèbre sous François P'', et le cardinal Du Bellay, protecteur de Rabelais, Joachim naquit à Lire, en Anjou, en 1525. De bonne heure orphelin de père et de mère, durement ou négligemment élevé par un frère pauvre, qu'il ne tarda pas du reste à perdre, son nom ne lui servit qu'à rendre encore plus insupportables, plus humiliantes pour son jeune orgueil, l'étroitesse de sa fortune et l'humilité de sa condition. La maladie survint alors, cruelle, qui le cloua deux années entières sur un lit de douleur; et, lorsqu'il se releva, la surdité dont il resta frappé, en le renfermant en luimême, anéantit ses rêves de gloire.
Quel aliment plus noble que celui des lettres pouvait désormais s'offrir à cet esprit distingué, forcé parle malheur à renoncer aux armes et à leur réputation bruyante? C'est donc vers elles que se tourna passionnément Du Bellay.
En 1545, il se rendit à Poitiers, pour y étudier le droit. Foyer intellectuel très important, Poitiers n'était point une ville assez gaie pour arracher Du Bellay à sa mélancolie. 11 s'y consacra entièrement à la jurisprudence, se contentant d'y nouer quelques relations sûres, et qu'il conservera durant toute sa vie.
Ses études une fois terminées, il revenait de Poitiers à Angers, en 1548, lorsque le hasard le mit en présence de Honsard, dans une hôtellerie. « Éloigné de la diplomatie, comme Du Bellay de la guerre, par la même infirmité, llonsard avait à peu près le même âge; il avait les mêmes goûts; il nourrissait intérieurement la même ardeur de gloire et d'immortalité. Les deux jeunes gens se comprirent vite. Le plus mondain et le plus expérimenté des deux, — c'était Ronsard, — entraîna l'autre, l'enleva presque pour ainsi dire, lui persuada de le suivre à Paris, et l'introduisit dans la savante maison de Lazare de Baïf. Daurat, .Jean Daurat, y enseignait
M. La poésie de la Renaissance. 12
les lettres antiques au fils de ce grand personnage. Puis, quand Daurat fut nommé principal du collège de Coqueret, ses élèves Vy accompagnèrent; ils s y internèrent avec lui pour achever leur éducation. La Pléiade était faite; il ne lui restait plus pour justifier son nom qu'à s'adjoindre deux ou trois étoiles de moindre importance, et ce fut pour les provoquer en quelque sorte à luire, que Ronsard et Du Bellay lancèrent la Défense et Illustration de la Langue française, leur manifeste, leur déclaration de guerre à recelé marotique'. »
La même année, en 1549, Du Bellay fit paraître un recueil de poésies qui contenait VOlive, la Miisagnœmacltie- et des Odes. Une tradition bien invraisemblable veut que Pionsard, dont les Amours de Cassandre parurent Tannée suivante, ait été fort irrité de se voir devancé par son ami. Quoi qu'il en soit, les cent quinze sonnets qui composent VOlivc, écrits en l'honneur de M'i« de Viole, dont ce titre est l'anagramme, constituent sinon une agréable, du moins une intéressante incursion dans le domaine du péirarquisme. La Musagnœmachie n'est pas moins curieuse; car, tout en y célébrant Ronsard, le poète y vante Marot et ses disciples en des vers très flatteurs. On sent déjà qu'il se relâche de la vivacilé déployée dans la Défense, et qu'après avoir assuré le triomphe de la nouvelle école, il cherche un terrain de conciliation entre les deux doctrines.
Il accentuera d'ailleurs, de plus en plus, cette tendance conciliatrice; car, en 1550, dans un recueil de poésies dédié à la princesse Marguerite, il compose une pièce remarquable sur la nécessité d'écrire en sa langue, pour confii-mer l'une des leçons données dans la Défense. Or, dans cette pièce, avec une modestie qui l'honore, il s'exhorte lui-même à rabattre quelque chose de ses premières ambitions. Aussi, désormais, plus de pindarisme, plus de pétrarquisme. Nous ne trouverons] plus en Du Bellay qu'un poète simple et familier, un homme] qui se parle à lui-même et qui ne se soucie plus d'étonner,' mais d'être sincère.
« Que s'était-il donc passé? Reniait-il sa Défense? Avait-ilj abjuré les enthousiasmes de sa jeunesse? Non, mais il avait]
1. Discours prononcé par M. Brune- 2. C'est-à-dire le Combat dex Mimes] TliciiE, à Anceuis, le :.' septembre 1894, contre l'Ignvrunci'. à l'iuauguration de la statue de Joacbim Du Bellay.
•JOACHLAI DU BELLAY. 179
fallu vivre, et, pour vivre, il avait accepté dans la maison de son puissant parent le Cardinal on ne sait quelles fonctions qui tenaient moins de celles d'iui cousin que de celles d'un premier domestique. La nécessité avait incliné son orgueil '. » En l;)5i, il suivit donc, en c[ualité d'intendant, le cardinal Du Bellay, qui se rendait à Rome comme ambassadeur. Il partit plein d'enthousiasme et d'espérances.
Trop artiste et trop érudit, pour n'être pas vivement frappé par la grandeur de la Ville Eternelle, il sut retrouver la Rome antique à travers la Rome moderne; il sentit la poésie des ruines et la grandeur de cette puissance abattue tant de fois. Ces impressions trouvèrent leur expression dans les Antiquités de Rome, l'une des œuvres les plus originales de notre littérature, et qui, à plus de deux siècles de distance, fait présager Byron et Chateaubriand.
Mais la désillusion ne se fit pas attendre. En observant de près, et comme au jour le jour, l'àmc italienne. Du Bellay s'aperçut de quel mirage trompeur il avait été la dupe, en la voyant à travers la lecture de Pétrarque et des anciens, et surtout à travers son rêve. Il était arrivé à Rome dans cette période agitée, marquée par la fin du pontificat de Jules III, celui de Marcel II et le début de celui de Paul IV. La corruption romaine, cachée, quelques années auparavant, par l'éclat des lettres et des arts, s'étalait alors au grand jour. Les plus basses intrigues faisaient le fond de la politique du moment. Le désenchantement de Du Bellay fut d'autant plus profond que l'illusion avait été vive. Ce désanchantement, joint à sa mauvaise santé, à un amour malheureux qu'il a chanté en vers latins dans Faustine, au regret du pays natal enfin, lui fit prendre Rome en horreur, et il était temps, au bout de quatre ans, que son cousin le cardinal fût rappelé en France, où il le garda comme secrétaire.
Mais ce séjour à Rome avait réveillé chez lui l'esprit de satire qui jadis lui avait inspiré le Poêle rourtisan. Pour se venger de Rome et de l'impression de dégoût qu'il en avait emportée, il avait écrit ses immortels sonnets des Regrets, où la poésie amère des déceptions se mêle à l'inspiration intime la plus délicate. Le cardinal, effrayé de la publication des Regrets, en exigea comme une sorte de désaveu, et finalement se sépara de lui. c( Les railleries ([u'il s'était permises