‹ La poésie de la RenaissanceChapitre 107 sur 215 · Beuxetière, ibid · texte numérisé non relu

Beuxetière, ibid

contre Rome lui coûtèrent la sécurité de ses dernières années. Mécontent des hommes, lassé d'espérer contre Tespérance, fatigué de la vie même, il ne lui restait plus qu'à mourir, et j'imagine que, malade et souffreteux comme il était, il envisagea le terme inévitable avec moins d'angoisse que de soulagement'. » Le l"'' janvier ioOO une mort « clémente » l'enleva subitement à l'âge de trente-cinq ans à peine. Sa disparition passa inaperçue; les fleurs manquèrent à sa tombe, comme elles avaient manqué à son berceau, et nul monument ne marque le lieu oîi reposent les cendres de l'un des plus français entre nos poètes.

Son tempérament. — Tandis que l'adolescence de Ronsard s'écoulait dans les fêtes et les plaisirs, qu'il parcourait le monde en la compagnie des princes et des rois, la première jeunesse de Du Bellay s'est écoulée tristement, dans la solitude d'une vie pauvre et sans horizons. De là, la mélancolie dont son œuvre est empreinte. Cette enfance sans gâteries, ce printemps sans roses, ont replié son esprit, l'ont fait vivre d'une puissante vie intérieure; et, lorsqu'une infirmité prématurée est venue fermer ses oreilles aux bruits du dehors, cette tendance s'est accentuée encore, mais en affinant chez Du Bellay l'intelligence et la pénétration. Par là, il diffère profondément de Ronsard, qui, dans le silence de sa surdité, continue, du moins, à entendre l'écho des joies mondaines traversées par lui comme en un rêve : sa mélancolie en garde comme un rayon de soleil, tandis que celle de Du Bellay reste douloureuse et comme trempée de larmes.

Son éducation littéraire, d'abord un peu superficielle, ne tarda pas, sous l'influence de Ronsard, à prendre une direction solide et régulière. Moins ardent et moins fiévreux que le chef de la Pléiade, il ne se jeta pas avec la même avidité sur l'antiquité, il ne partagea pas les mêmes enivrements lorsque lui furent révélées les beautés des écrivains de la Grèce et de Rome. Mais son admiration, plus rassise et plus méthodique peut-être, le porta, d'une allure plus égale, vers les anciens et aussi vers les Italiens. Sans doute, au contact de Ronsard il s'échauffa et se passionna au point d'écrire la Défende et Illustration de la Langue française; mais combien ses idées littéraires personnelles sont peu d'accord avec celles qu'il exprime dans ce manifeste I II y recommande, en effet, de

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