Jumeaux. enfants jumeaux] sa tête, les flattait
3. Cf. Virgile, £rt^i(/e, VIII, 633 sqq. : tour à tour et façonnait leurs membres
.,,,,. . „ avec sa langue. »
... lUam tereti cervice renexam
Mulcere alternes, et corpoia fingere
[lingua.
JOACIILM DU BELLAY. 205
Si j'ay, sans la nommer, touché quelque cite Dont la façon de vivre et police m'ofTense, Et tu voulois chrestien en prendre la deiîense, Me devois tu pourtant noter' d'impiété P
Il semble à escouter vos superbes louanges,
Que vous soyez parfaicts, que vous soyez plus qu'Anges :
Le Pharisee ainsi se vanloit devant Dieu.
Que sçais tu quel j'estois devant qu'aller à RommeP Quel j'en suis retourné? quel j'ay vescu, et comme, Amy, le vrai chrestien est chrestien en tout lieu 2.
(Antiquités de Rome.)
Le vieux Chêne.
Qui a veu quelquefois tm grand chesne asseiché. Qui pour son ornement quelque trophée porte, Lever encore au ciel sa vieille teste morte, Dont le pied fermement n'est en terre fiché.
Mais qui dessus le champ plus qu'à demy penché Monstre ses bras tous nuds et sa racine torte, Et sans feuille ombrageux de son poids se supporte Sur son tronc nouaillcux en cent lieux esbranché;
Et bien qu'au premier vent il doive ^ sa ruine. Et maint jeune à lentour ait ferme la racine, Du dévot populaire esti-e seul révéré :
Qui tel chesne a peu A'oir, qu'il imagine encores, Comme entre les citez qui plus florissent ores. Ce vieil honneur poudreux est le plus honoré ''.
(Antiquités de Rome.)
1. C'est le sens étj-mologique de riposta par ce sonnet, où l'on sent notaie, marquer du doigt. comme un souffle de tolérance moderne.
2. Du Bellaj' avait exprimé, dans ses 3. Bien qu'il doive être abattu par le ▼ers, quelques critiques sur la police premier vent.
romaine. Un de ses ennemis, à ce pro- 4. L'honneur qui revient à la puis-
pos, le traita d'idolâtre. Du Bellay sance romaine.
A ses Vers.
Espérez- vous que la postérité Doyve, mes vers, pour tout jamais vous lyre? Esperez-vous que l'œuvre d'une lyre Puisse acquérir telle immortalité.»'
Si sous le ciel fust quelque éternité.
Les monuments que je vous ay fait dire ', Non en papier, mais en marbre et porphyre. Eussent gardé leur vive antiquité.
Ne laisse pas toutefois de sonner,
Luth, qu'Apollon m'a bien daigné donner,
Car, si le temps ta gloire ne desrobe,
Vanter te peux, quelque bas que tu sois. D'avoir chanté, le premier des François, L'antique honneur du peuple à longue robbe-.
(Antiquités de Rome.)
Bienfaits de la Poésie.
Si je n'ay plus la faveur de la Muse, Et si mesvers^ se trouvent imparfaicts, Le lieu, le temps, l'âge où je les ay faicts, Et mes ennuis leur serviront d'excuse.
J'estois à Rome '' au milieu de la guerre. Sortant déjà de l'âge plus dispos'', A mes travaux cherchant quelque repos, Non pour louange ou pour faveur acquerre.
Ainsi A'oid-on ccluy qui sur la plaine Picque le bœuf, ou ti'availle au rampart, Se réjouir et d'un vers fait sans art S'esvertuer au travail de sa peine.
1. Les monuments de Rome, dont, titulé Les Regrets, et auxquels cette par vous, j'ai exprimé la beauté. pièce sert de dédicace.
2. Le peuple romain, qui portait la 4. En qualité de secrétaire de son toge. — C'est en effet Du Bellay qui a oncle, le cardinal Du Bellay.
révélé aux Français la grandeur et la 5. La jeunesse : Du Bellay avait beauté des ruines de Rome. trente ans à peine.
'A. Il s'agit du recueil de sonnets in-
JOACIILM DU BELLAY. :?0';
Celuy aussi, qui dessus la galère Fait escumer les flots à l'environ, Ses tristes chants accorde à l'aviron ', Pour esprouver la rame plus légère.
On dit qu'Achille, en remaschant son ire, De tels plaisii's souloit s'entretenir, Pour addoucir le triste souvenir De sa maislressc- aux fredons de sa lyre.
Ainsi flattoit le regret de la sienne^. Perdue, hélas, pour la seconde fois.
Cil qui jadis aux rochers et aux bois P'aisoit ouïr sa harpe thracienne ''.
La Muse ainsi me fait sur ce rivage.
Où je languis banni de ma maison, Passer l'ennuy de la triste saison, Seule compagne à mon si long voyage.
La Muse seule, au milieu des alarmes.
Est asseurée et ne pallist de peur ; La Muse seule, au milieu du labeur.
Flatte la peine et dessciche les larmes.
D'elle je tiens le repos et la vie.
D'elle j'apprens à n'estre ambitieux.
D'elle je tiens les saincts présents des dieux, Et le mespris de fortune et d'envie....
.le suis content qu'on appelle folie-' De nos esprits la saincte déité; Mais ce n'est pas sans quelque utilité Que telle erreur si doucement nous lie.
Elle esblouit les yeux de la pensée Pour quelquefois ne voir'' nostre malheur, Et dun doux charme enchante la douleur Dont nuict et jour nostre âme est otîensée
(Les Regrets, Dédicace à M. d'Avanson''.]
1. Met ses chants en accord avec le 5. C'est Platon qui compare l'inspibattement de l'aviron. ration poétique à une sorte de folie.
2. Briséis, sa captive, qui lui avait 6. Xe nous laisser voir.
été enlevée par Agamemnon. 7. AvAXf;oN (Jean de Saint-Marcel,