Souvenir d'HoMÈ[iE(0rfj/6-4'ee,ch.I, Rome
V. 58) ; Minerve s'adresse à Jupiter, en 5. Le village natal du poète, parlant d'Ulysse : « Il désire ardemment
JOACIIIM DU BELLAY. 209
Entre les loups cruels j'erre parinv la plaine, Je sens venir l'hyver, de qui la froide haleine D'une tremblante horreur fait hérisser ma peau.
Las! tes autres ai^rneaux n'ont faute de pasture; Ils ne craignent le loup, le vent uy la froidvu'e; Si ne suis-je pourtant ' le pire du Iroppeau-.
(Les Regeets, Sonnet.)
Souvenirs d'autan.
Las! où est maintenant ce mespris de fortune.^
Où est ce cœur vainqueur de toute adversité,
Cest honneste désir de l'immortalité,
Et cette honneste ilamme au peuple non commune?
Où sont ces doux plaisirs cju'au soir à la nuit brune Les Muses me donnoicnt alors c^u'en liberté, Dessus le verd tapis d'un rivage écarté. Je les menois danser aux rayons de la lune.^
Maintenant la foi'tune est maistresse de moy. Et mon cœur, qui souloit être maistre de soy. Est serf de mille maux et regrets c]ui m'ennuyent.
De la postérité je n'ay plus de souci.
Geste divine ardeur, je ne l'ay plus aussi,
Et les Muses de moy comme estranges"' s'enfuient '.
(Les Regrets, Sonnet.)
Plainte d'exil.
Comme le marinier que le cruel orage A long temps agité dessus la haute mer. Ayant finablement, à force de ramer, Garantv son vaisseau du danger du naufrage.
1. Je ne snis pas, pourtant. Combien cet appel est plus déchirant et
2. Quel cri d'une âme blessée fait en- plus tragique que celui d'OviDE dans tendre ce sonnet! C'est bien la plainte les Tristes. '
lie l'exilé, le douloureux appel que feront 3. Etrangères.
entendre tous les expatriés, eu songeant 4. Du Bellay excelle à retrouver le
il la beauté du ciel qui les a vus naître, scntime it des clioses disparues ; il
>I. La poésie de la Renaissance. ^4
Regarde sur le port, sans plus craindre la rage Des vagues ni des vents, les ondes escumer, Et quelqu'autre bien loin, au danger d'abysmer. En vain tendre les mains vers le front du rivage ' :
Ainsi, mon cher Morel"^, sur le port arresté, Tu regardes la mer, et vois, en seureté. De mille tourbillons son onde renversée;
Tu la vois juscju'au ciel s'eslever bien souvent. Et vois ton Du Bellay, à la merci du vent. Assis au gouvernail clans une nef percée.
(Les Regrets, Sonnet.)
L'Accoutumance.
D"ou vient cela, Magny'\ r^ue tant plus on s'efTorce D'eschapper hors d'ici, plus le démon du lieu (Et que seroit-ce donc si ce n'est cjuelc|ue Dieu.^) Nous y tient attachez par une douce force .^
Seroit-ce point d'amour ceste alléchante amorce, Ou quelqu'autre venin dont, après avoir beu, Nous sentons nos esprits nous laisser peu à peu Comme un corps c[ui se perd sous une neuve escorcei^
J'ay voulu mille fois de ce lieu m'estranger, Mais je sens mes cheveux en feuilles se changer, Mes bras en longs rameaux, et mes pieds en racine.
Bi'ef, je ne suis plus rien qu'un vieil tronc animé Qui se plaint de se voir à ce bord transformé Comme le myrte anglois au rivage d'Alcine '.
(Les Regrets, Sonnet.)
rappelle ici ses premières émotions mer les vents troublent les flots de repoétiques, avec autant de bonheur qu'il garder de la terre la peine et les dauretrace ailleurs les souvenirs de la terre gers d'autrui. »
natale. 2. Jeax JIouel, professeur, écrivain
1. Cf. LucHÉCE, De Rcriim Nalura, et bibliophile; il fut l'ami de cœiu- de
II, 1 : Du Bellaj-.
Puave, mari magno turbantibus ». Ouvier de Magxy, mort en 1560,
[ivquora veutis, '^'"^'P''' ''* """^^ ^'^ Ronsard. Il vécut à
E terra magnum alterius .pectare ^^"'^'^ '''""' ^" Bellay. On lui doit un
[laborem. ^e°"<-'i' ^<^ "^'e^ intitulé L,'s Sonpirs.