‹ La poésie de la RenaissanceChapitre 135 sur 215 · A la maraude. 3. Da Ee'.lay, on le voit, savait pren · texte numérisé non relu

A la maraude. 3. Da Ee'.lay, on le voit, savait pren

'2. (( Il vivait de régime... », dira La dre, à roccasioii, le ton du badinage Fontaine. aimable.

AGRIPPA D'AUBIGNÉ

Étude biographique et littéraire.

L'homme. — Théodore-Agrippa D'Aubigné naquit le 8 levrier looO, à Saint-Maury, près de Pons, en Saintonge, de Jean D'Aubigné, gentilhomme protestant du pays, et de Catherine de Lestang, qui mourut en lui donnant le jour. La France était alors en pleine effervescence des guerres civiles et dans tout l'éclat de la renaissance des lettres : aussi l'éducation du jeune Agrippa fut-elle à la fois protestante et érudite. Son père lui fit lire et apprendre la Bible dès sa plus tendre enfance; à six ans, il comprenait le latin, le grec et rhébrcii, si bien qu'avant dix ans, il avait déjà traduit le Criton de Platon, après des études faites au bruit des arquebusades.

Il avait huit ans, lorsque, passant par Amboise, il éprouva, au pied du gibet de la Renaudie et des autres conjurés protestants, la plus forte impression qui puisse frapper l'imagination d'un enfant : c'est alors que, selon une légende accréditée, son père lui fit jurer de venger la mort de ses coreligionnaires. A neuf ans, il est condamné au bûcher, parce qu'il refuse d'abjurer sa religion, et que «l'horreur de la messe lui ôtait celle du feu ». Sauvé par la pitié d'un geôlier ému de tant de jeunesse et de courage, il est enfermé chez son tuteur, ([ui semble se défier de ce caractère aventureux. .Mais, il se sauve, en chemise, pour aller combattre avec les protestants.

Il se distingue alors au siège d'Orléans. La mort de son père parait l'assagir, et il va étudier à Genève, sous la direction de Théodore de Bèze. Sur ces entrefaites, il apprend que Condé a pris les armes : il quitte Genève au plus vite e( vient s'enrôler parmi ses compagnons.

Il n'eût pas échappé au massacre de la Saint -Barthélémy; mais, trois jours auparavant, un duel l'avait contraint à sortir de Paris. Il fut ainsi épargné; la violence de sa haine contre les catholiques s'accrut encore de toute l'horreur que lui inspira cet abominable assassinat.

Il devient alors le partisan, puis l'intime ami de Henri de Navarre, avec la secrète pensée que celui-ci sera, quelque jour, le vengeur du parti calviniste. Il parait donc à la cour,

où le roi de Navarre est retenu prisonnier; il se fait poète de cour, écrit des sonnets, compose une tragédie, Circé, qu'on représentera, plus tard, au mariage du duc de Joyeuse ; enfin il entre à l'Académie qu"a fondée Charles IX. Mais, en 1S7S, Henri de Navarre s'échappe du Louvre et gagne son gouvernement de Guyenne. D'Aubigné le suit en qualité d'écuyer, en attendant qu"il devienne maréchal de camp, gouverneur d'Oléron et de Maillezais, vice-amiral de Guyenne et de Bretagne. Sa vie n'est plus, dès lors, qu'une série de faits d'armes et de duels. Il s"expose en maintes circonstances pour son roi, qu'il accompagne à Coutras, comme il l'accompagnera à Arques. Mais, par son dévouement, il croit avoir acheté le droit de tout dire impunément, d'autant plus que la légèreté de conduite du Navarrais met parfois sa patience à rude épreuve. Sa franchise blessante est payée de deux disgrâces, suivies d'ailleurs de promptes réconciliations avec un maître qui ne pouvait s'empêcher d'estimer cette nature droite et fière, malgré ses intempérances de langage.

La conversion d'Henri IV, bien que commandée par le patriotisme et la raison, le déçut dans ses espérances et le frappa douloureusement dans sa confiance en la loyauté du roi. Il s'abstint, dès lors, de paraître fréquemment à la cour et s'enferma dans une attitude de protestation hautaine et fière, engageant des discussions théologiques d'une violence parfois voisine de l'insolence avec le Père Cotton ou le cardinal Du Perron, le célèbre controversiste. Mais il vécut le plus souvent retiré dans son gouvernement de Saintonge, occupant ses loisirs à composer et à remanier ses stances, ses odes, ses élégies, à achever ses Tragiques, commencés dès 1577, en pleine guerre civile, et enfin à écrire son Histoire Universelle.

Sur ces entrefaites, il reçut la nouvelle de l'assassinat de Henri IV, dont il fut très affecté. Il protesta contre la régence de Marie de Médicis et se vit alors dépossédé de ses charges. Mais, prévoyant les dangers que le crime de Ravaillac allait faire courir à son parti, pour protéger la Rochelle, le dernier boulevard de la Réforme, il fortifia l'île de Doignon, qu'il avait précédemment achetée, et se mêla, un peu contre son gré, au mouvement protestant qui se termina, en 1616, par le traité de Loudun.

La régente, désireuse de s'assurer la possession des places de guerre de l'ouest, fit aclieter les forteresses de D'Aubigné,

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qui dut se retirer à Saint-Jcan-d'Ang-ély. C'est là qu'en 1G20, il fit paraître le troisième volume de son Histoire universelle. I.e livre fut déféré au Parlement et brûlé par la main du bourreau. D'Aubigné dut s'enfuir à Genève, et, tandis qu'à Paris, ses ennemis le faisaient condamner à mort par contumace, sous prétexte qu'il avait employé les matériaux d'une église en ruines dans la construction d'un bastion, il se maria, en secondes noces, avec une jeune veuve, M^" Burlamachi, de façon à bien montrer qu'il était encore vivant.

Il mourut en 1630, à l'âge de quatre-vingts ans, après avoir vu son fils Constant abjurer le protestantisme. L'énergique vieillard ne se doutait guère que de ce fils, maudit par lui, devait naître madame de Maintenon, qui se montra l'implacable et fanatique ennemie de la religion réformée, pour laquelle son grand-père avait tant lutté, tant soulVert.

Son tempérament. — D'Aubigné représente parfaitement toutes les qualités et toutes les passions de ce xvi" siècle si fécond en grandes intelligences et en esprits indépendants. A la fois homme de guerre, théologien, historien, conteur et poète, il a l'universalité de ses contemporains, avec quelque chose de plus rude et de plus vigoureux, qui, au premier abord, le ferait prendre pour un attardé dans ce milieu imprégné d'humanisme et de vie intellectuelle.

Mais cette allure étrange n'est qu'une apparence : elle vient de ce que D'Aubigné unit en lui deux tendances ordinairement incompatibles dans un même homme : il est à la fois un esprit cultivé de la Renaissance et un gentilhomme farouche, le dernier descendant de ces fcrvêtus dont la race n'était plus guère qu'un souvenir.

Homme de la lienaissance, D'Aubigné l'est par sa brillante culture classique. Le grec, le latin, l'iiébreu, l'italien, l'espagnol, lui sont familiers; il connaît Ronsard, et partage, à son égard, toute l'admiration des contemporains; bien plus, il s'inspire de ses procédés, tant dans ses poésies mignardes et galantes que dans les grands vers des Tragiques. Enfin à une tournure d'esprit aimable et joyeuse il joint une verve satirique et gauloise, qui le rapproche des auteurs de la Satire Ménippée et de Mathurin Régnier.

Mais, en D'Aubigné, l'homme de la Renaissance est étouiïé, la plupart du temps, par le sectaire et le routier, dont il avait conservé les instincts, et cela, le plus souvent, parce qu'il l'a

voulu et qu'il a fait effort pour contraindre son tempérament naturel. Ardent et convaincu, il devint un homme de parti, au contact des violences et des atrocités de la guerre civile. Mais, dès lors, la cause qu'il avait embrassée lui parut la seule qui fût grande et noble : il resta un huguenot intransigeant, aux yeux duquel le catholicisme ne fut plus que « le grand temple d'Erreur» et de mensonge. Aussi ne pardonnat-il jamais à Henri IV d'avoir donné l'apaisement à la France, en abjurant dans l'église de Saint-Denis : son fanatisme lui avait fait perdre, comme il arrive d'ordinaire, la pénétration et l'intelligence, en l'empêchant de voir un acte de sage politique dans une conversion qui terminait les guerres de religion.

Sa vie, d'ailleurs, fut un continuel effort pour arriver à ne pas comprendre la nécessité de la paix, comme pour paraître morose et chagrin, au lieu d'aimable et gracieux qu'il était en réalité. Malgré son mécontentement, il avait conservé pour le roi plus que de l'amitié, et cependant il se tourmentait pour lui tenir de fort désagréables propos, qui faillirent, plus d'une fois, lui attirer quelque méchante affaire. Ae s'avisa-t-il pas, après l'attentat de Jean Ghàtel, alors que le roi lui montrait sa lèvre percée par le coup de poignard, de lui faire cette sombre prophétie, assaisonnée d'un reproche sanglant : « Sire, vous n'avez encore renoncé à Dieu que des lèvres, il s"est contenté de les percer; mais, quand vous le renoncerez du cœur, il vous percera le cœur. »

Cette boutade, qu'il devait renouveler en vers, le peint tout entier. Il chagrine les autres comme lui-même, par conviction, par scrupules de conscience. Il semble toujours craindre, par exemple, de n'être pas assez dévot; il se reproche d'être aimé, alors qu'il voudrait surtout être redouté des méchants; d'être gracieux, alors qu'il lui faudrait être terrible; d'être enfin spirituel, quand il devrait faire effort pour être éloquent.

Celte attitude intempérante et forcée a pu le faire prendre, comme il le reconnaît lui-même, pour ce qu'il n'était pas, c'est-à-dire pour un républicain. En réalité, c'est un pur royaliste, ayant le sentiment très net de la hiérarchie, et partisan d'une autorité incontestée et souveraine. Mais son bon sens tout français lui montre que cette autorité a tout au moins des limites dans la conscience même des rois, et qu'elle n'est justifiée que par leurs services. Le sectaire à l'allure

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indépondante et grondeuse est donc avant tout un sujet fidèle et respectueux.

D'ailleurs, en réludianl un peu, on s'aperçoit bien vite que ses violences et son orgueil n'ont rien de personnel, et que ces deux défauts tiennent chez lui à l'esprit de parti. Au fond, c'est un très grand cœur, dépourvu d'égoïsme, songeant toujours à se dévouer pour les autres, comme il le prouva à (ienève, où il ne gagna qu'une condamnation à mort; enfin, entreprenant volontiers les besognes héroïques devant les- ([uelles la conviction des autres hésite et recule. Son courage n'a pas un instant de défaillance : ruiné après sa disgrâce, il emprunte dix écus plutôt que de vendre sa forteresse; plutôt que de renier son livre, il préfère prendre le chemin de l'exil à soixante-dix ans; condamné à mort, il écrit, de Genève, au connétable : « Je n'ai jamais demandé pardon qu'à Dieu et à ma maîtresse. »

Voilà, certes, un beau caractère, et qui fait oublier d'étranges faiblesses d'esprit : la croyance à la magie, aux horoscopes, aux revenants. Et cependant ce tempérament a tant de faces diverses qu'on est un peu déconcerté, lorsqu'il s'agit d'en fixer l'unité. Cela nous explique, peut-être, qu'on ait conçu du caractère de D'Aubigné une idée fausse à force d'être absolue : le féodal, le passionné qu'on en a fait, méritait vraiment d'être quelque peu adouci.

L'œuvre en prose de D'Aubigné. — La fécondité de D'Aubigné ne laisse pas de provoquer quelque étonnement. On se demande vraiment, comment cet homme, dont toute la vie est faite de lutte et d'action, a trouvé le temps d'écrire des œuvres si diverses et si étendues. Outre une précieuse correspondance récemment publiée', nous avons de lui, en effet, des mémoires qui vont de 155" à 1618, et qui sont intitulés Sa Vie, à ses enfants. Il les écrivit comme un testament, à l'âge de soixante-seize ans. Les deux parties qui les composent sont fort dilïérentes l'une de l'autre : la première, alerte et enthousiaste, est un récit de sa jeunesse aventureuse, aux côtés de Henri de Navarre; la seconde, sombre et découragée, commence à l'abjuration du roi ; le pamphlétaire mordant, ironique et souvent injuste, n'y épargne ni le souverain, ni ses

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