EXTRAITS DES ŒUVRES DE D'AUBIGNÉ
La Jeunesse du Poète.
Jà dix ans et davantage.
Dont je ne suis pas plus sage, Ne m'ont profité de rien.
Se sont escoulés à rire, C'est pourquoi l'on me peut dire Qu'il y paroit assez bien.
Encores si ma folie Entroit en melancholie Et, pour se faire priser, Vouloit devenir plus grave :
Je sais bien faire le brave Pour m'en immortalizer.
.T'ay aidé, quoy que je die, A jouer la tragédie Des François par eux detTaitz ' ; Page, soldat, homme d'armes, J'ay tousjours porté les armes Jusqu'à la septiesme paix^.
A Dreux, bataille rangée.
En Orléans assiégée, Laissant le dangier à part.
Dans le camp et dans la ville J'apprins du soldat le stille Et les vocables de l'art ^.
Mais depuis avccq' iTion âge M'estant accreu le courage,
1. AUiision aux guerres ciyiles aux- 2. La paix de Fleix (26 nov. 1580). quelles D'Aubigné a pris part. 3. Les termes militaires.
Venu plus grand et plus fol.
Jeune d'âge et de sens jeune, J'av brusqué' cinq ans fortune, L'arquebuze sur le col.
Puis j'en passay mon envie Et quictay l'infanterie Pour estre homme de cheval.
Et, jamais las d'entreprendi'e, Encor' me fallut aprendre Que c'est d'un combat naval.
J'ay encores en ombrage"-.
Tout ainsi qu'un vain nuage.
Et des langues et des artz.
Sans que je me vueille rendre Ou impossible à reprendre.
Ou parfait de toutes partz.
J'aime les badineries Et les folles railleries, Mais je ne veux pas avoir Pour veiller à la chandelle, La renommée immortelle D'un pedantesque savoir.
Nicolas-*, tes serpelettes '•.
Tes vendangeurs, tes sornettes.
Resonnent à mon gré mieux Que ces rimes deux fois nées"' Et ces frazes subornées D'un Pétrarque ingénieux <"'.
Car de quelle ame peut estre Ce c[ue l'on fait deux fois naistre Par le faux père" approuvé; Comme la poule pourmeine.
Non le poulet qu'elle ameine, !Mais celluy qu'elle a couvé.