On peut voir, d'après ce pus-^age. mines
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Tu as plus de crédit, et la voix est plus forte
Que tout ce qu'en seciel de cent lieux on te porte.
Va, commande aux dénions d'impérieuse voix.
Reproche leur tes coups', conte ce que tu vois:
Monstre leur le succès des ruses florentines,
Tes meurtres, les poisons, de France les ruines.
Tant d'ames, tant de corps cjue tu leur fais avoir.
Tant d'esprits abrutis, poussez au desespoir,
Qui renoncent leur Dieu ; di que par tes menées
Tu as peuplé l'enfer de légions damnées.
De telles voix sans plus tu pourras esmouvoir.
Emploier. arrester tout l'infernal pouvoir.
Il ne faut plus de soin, de labeur, de despence
A cercber les sçavans en la noire science ;
Vous garderez les biens, les estais, les honneurs,
Pour d'Italie avoir les fins empoisonneurs-,
Pour nourrir, emploier cette subtile bande.
Bien mieux entretenue, et plus riche et plus grande
Que celle du conseil : car nous ne voulons point
Que conseillers subtils, qui renversent à point
En discords les accords; que les traislres qui vendent
\ peu de prix leur foi; ceux-là qui mieux entendent
A donner aux inesclians les purs commandements,
En se servant des bons tromper leurs instruments.
La foi par tant de fois et la paix violée Couvroit les noirs desseins de la France afl'olée Sous les traitiez d'accord; avant le pourparler De la paix, on syavoil le moyen de troubler-*. Cela nous fut dépeint par les feux et la cendre'' Que le malheur venu seul nous a pu apprendre. Les feux, di-je, celez dessous le pesant corps D'une souche amortie et qui, n'ayant dehors
1. Tes exploits, pour les opposer à Mcdicis, après la mort de Henri II, leur làclieté. avait fait fuiie une devise allégorique,
2. Ce vers désigne René le Florentin, reprteeutant une montagne de cliaux parfumeur de Catherine de Médicis, et vive sur lai]uelle tombait l'eau du ciel, l'instrument de ses crimes. Ces mots étaient écrits au-dessous : ar-
3. Allusion au fanati.snie de Cathe- doi-em exstincta testantur vicere flamma, rine, qui savait déjà les moyens de « elles prouvent que la chuleur se conrompre la paix, avant même de l'avoir serve sous la flamme éteinte ». Mais conclue. D'Aubigné confond la chaux ardente
1. Autre allusion : Cutheriiie de avec la wucAe d'un brasier.
Poussé par millions tousjours ses estincelles. Sous la cendre ti'ompeuse a ses flammes nouvelles; La traistresse Pandore apporta nos mal-heurs, Peignant sur son champ noir l'énigme de nos pleurs. Marquant pour se mocquer sur ses tapisseries Les moyens de ravir et nos biens et nos vies ^ . Mesme escrivant autour du tison de son cœur Qu'après la flamme esteinte encore vit l'ardeur.
Le cardinal de Lorraine.
Tel fut l'autre moien de nos rudes misères, L'Architophel- bandant les fils contre les pères; Tel fut cett' autre peste et l'autre mal-heureux. Perpétuel horreur à nos tristes neveux, Ce cardinal sanglant, couleur à point suivie Des désirs, des eflects, et pai-eill' à sa vie ; Il fut rouge de sang de ceux qui au cercueil Furent hors d'âge mis, tuez par son conseil-^.... Il est exterminé; sa mort espouvantable Fut des esprits noircis une guerre admirable. Le haut ciel s'obscurcit, cent mille ti'emblements Confondirent la terre et les trois éléments. De cehiy qui tronbloit quand il estoit en vie La France et l'Univers, l'ame rouge ravie En mille tourbillons, mille vents, mille nœuds. Mille foudres ferrez, mill' csclairs, mille feux, Le pompeux appareil de cett' ame si saincte Fit des mocqueurs de Dieu trembler l'ame contrainte. Or ' n'estant despouillé de toviies passions. De ses conseils secrets et de ses actions, iVe pouvant oublier sa compagne fidelle, Vomissant son démon, il eut mémoire d'elle
1. Les Tapisseries sur lesquelles la 2. Arcliitopliel, conseiller de David,
devise est représentée. Quant aux qui appuya Absalon dans sa révolte. Ce
moyens de rari/- et nos biens et nos fies, nom désigne ici le cardinal de Lorraine,
ce sont les bijoux brisés, les caz-guans, 3. Lors de la conjuration d'Aniboisc.
etc., figurés sur la devise, et dans lesquels 4. 0/-, maintenant. D'Aubigné affecte de voir les instruments de supplice des protestants.
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l'rince choisi de Dieu', qui sous^ ta bclle-mere Savourois l'aconit et la ciguë ainere.
Ta voix a tesnioigné qu'au poinct que cet esprit S'enfuYoit eu son lieu, tu vis saillir du lict Cette Rovne en frayeur cjui te monstroit la place Où le cardinal mort l'acostoit face à face, Pour prendre son congé : elle bouschoit ses yeux. Et sa frayeur te fit hérisser les cheveux.
Tels mal-heureux cerveaux ont esté les amorces. Les flambeaux, boute-feux et les fatales torches Par qui les hauts chaslcaux jusqu'en terre razez. Les temples, hospitaux, pillez et embrazcz. Les collèges destruils par hi main ennemie Des citoyens esmeus-^ monstrent l'anatomie De nostre honneur ancien (comme l'on juge aux os La grandeur des géants aux sépulcres enclos'')- Par eux on vid les loix sous les pieds trepignées. Par eux la populace à bandes mutinées Trempa dedans le sang des vieillards les cousteaux. Estrangla les enfans liez en leurs berceaux. Et la mort ne conneut ni le sexe ni l'âge; Par eux est perpétré le monstrueux carnage Qui, de quinze ans entiers ayant fait les moissons Des François, glene encor le reste en cent façons.
Les fureurs du duel.
(Jar quand la frenaisie et fièvre generalle A senti quelque paix, dilucide intervalle, i\os sçavans apprentifs du faux Machiavel Ont parmi nous semé la peste du duel.
Les grands ensorcelez par subtiles querelles Ont rempli leurs esprits de haines mutuelles; Leur courage emploie à leur dissention Les faict serfs de inestier, giands de profession; Les nobles ont chocqué à testes contre testes; Par eux les princes ont vers eux payé leurs debtes:
1. Il s'agit (le Henri de Navurie. 4. Grandiaque effossis mirabitur ossa
2. Sou-s les persécutions de ta belle- [sepulcris. lui re. (Vii'.e., Georg., I, 497).
•!. lasurges. ^^ jj contemplera d'un œil étonné la
grandeur des ossements découverts. »
Un chascun estourdi a porté au fourreau De quoy estre de soi et d'autrui le bourreau ; Et, de peur qu'en la paix la féconde noblesse De son nombre s'entlant ne refrène et ne blesse La tyrannie un jour qu'ignorante elle suit. Misérable support du joug qui la destruit. Le prince en son repas par lotianges et blasmes Met la gloire aux duels, en allume les âmes, Peint sur le front d'autrui et n'establit pour soy Du rude poinct d'honneur la pestiféré loy, Réduisant d'un bon cœur la valeur prisonnière A voir devant Fespee, et l'enfer au derrière.
J'escris, ayant senti avant l'autre combat', De l'ame avec son cœur l'inutile débat, Prié Dieu, mais sans foi comme sans repentance, Poi'té à exploiter dessus moy la sentence-. Et ne faut pas ici que je vante en mocqueur Le dcspit pour courage et le fiel pour le cœur. Ne pense pas aussi, mon lecteur, que je conte A ma gloire ce poinct : je l'escris à ma honte. Ouy, j'ai senti le ver resveillant et piqueur Qui contre tout mon reste avoit armé le cœur, Cœur qui a ses despens pronon(;oit la sentence En faveur de l'enfer contre la conscience.
Les gladiaicurs antiques.
Ces anciens, vrais soldats, guerriers, grands conquéreurs. Qui de simples bourgeois faisoient des empereurs. Des princes leurs vasseaux, d'un advocat un prince. Du monde un règne seul, de France une iirovince. Ces patrons de l'honneur honoroient le Sénat, Le chevaher après, et par le tribunal llaussoient le tiers estât aux degrez de leur ville. Desquels il repoussoient toute engeance serville. Les serfs demi-humains, des hommes excréments. Se vendoient, se contoient au roole des juments-';
1. Le combat sur le terrain. 3. Étaieut regardés comme des bêtes
2. A exécnler sur moi la sentence de somme, liortée par un cœur en faveur du duel.
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Ces inal-hcurcux avoicnt encorcs ciitf' oux-mcsmc Quelque condition, des exlrenies rexlieine^ : C'estoienl ceux qu'on tiioit des pires du troupeau Pour esbatre le peupl' aux despens de leur peau. Aux obsèques des grands, aux festins, sur l'arène, Ces glorieux marauds bravoient la mort certaine Avec grâce et sang froid, metloicnl pourpoint à part. Sans s'esbranler logeoient en leur sein le poignart. Que ceux qui aujourd'hui se vaillent d'estocades (jontrefacent l'horreur de ces viles bravades : Car ceux-là recevoient et le fer et la mort Sans cri, sans que le corps se tordist par efïbrt, Sans posture contrainte, ou cjuc la voix ouïe Mendiast laschement des spectateurs la vie. Ainsi le plus infect du peuple ditramc Perissoit tous les jours pur milliers consumé.
Or, tel venin cuida sortir de cette lie- Pour eschaulTer le sang de la troup' anoblie ; Puis quelques empereurs, gladiateurs nouveaux, De ces corps condamnez se firent les bourreaux.... Mais les doctes escrils des sages animez'* Rendirent ces bouchers (quoi que grands) dilfamez; Et puis le magistrat couronna d'inl'amic Et atterra le reste en la plus basse lie''. Si bien que ce venin en leur siècle abbatu Pour lors ne put voler la palme de vertu.
On appelle aujourd'hui n'avoir rien faict qui vaille D'avoir percé premier l'espais d'une bataille. D'avoir premier porté une enseigne au plus haut Et franchi devant tous la breciie par assaut; Se jelter contre espoir dans la ville assiégée, La sauver demi-prise et rendre encouragée. Fortifier, camper ou se loger •'■ parmi Les gardes, les etforts d'un puissant ennemi, Emploier, sans manquer de cœur ni de cervelle, L'espée d'une main, de l'autre la truelle. Bien faire une retraitte, ou d'un scadron battu Rallier les delîaicts, cela n est plus vertu.