LIVRE VII (Extraits
Aii.r Martyrs.
Le printemps de l'Eglise et l'esté sont passés ', 8y, serez-vous par nioy verts boutons amassés. Encore eclorez-vous, fleurs sy fraîches, sy vives. Bien que vous paraissiez dernières et tardives-. On ne vous lairra pas, simples •* de si grand prix. Sans vous voir et flairer au céleste pourpris : Une rose d'automne est plus qu'une autre exquise. Vous avez esjoui raulomne de l'Eglise ''.
O bienlieureuv celuy qui. quand l'homme le lue. Arrache de l'erreur tant d'esprits par sa vue. Qui montre les trésors et grâces de son Dieu. (^)ui butine en mourant tant d'esprits au milieu Des spectateurs élus • 1 telle mort est suyvie Presque toujours du gain'' de mainte belle vie : Mais les martyrs ont eu moins de contentement De qui la laide nuit cache le beau tourment'; Non que l'ambition y soit quelque salaire. Le salaire est en Dieu, à qui la nuit est claire. Pourtant, beau l'instrument de qui l'exemple sert A gagner en mourant la brebis qui se perd!
Le Jugement dernier.
C'est fait : Dieu vient régner; de toute prophétie Se void la période à ce poinct^ accomplie. La terre ouvre son sein: du ventre des tombeaux Naissent des enterrez les visages nouveaux : Du pré, du bois, du champ, presque de toutes places. Sortent les corps nouveaux et les nouvelles faces.
1. Par conséquent, la dure saison est milieu des imprécations les plus vioarrivée pour les croyants. lente^s.
2. Ces fleurs tardives, ce sont les vie- 5. Entre les spectateur- que leur sang times des persécutions religieuses, qne convertit.
B'Aubigné se propose de chanter. 6. Elle gaiji»^ à la foi bien des âmes.
3. Simjiles est ici suV)stantif. 7. Et qu'on a, par conséquent, sup-
4. On trouve, dans D'Anbigné, de ces pliciés dans l'ombre, vers harmonieux et pleins de gi'âce, sm 8. En ce moment.
Icy les fondemens des chasteaux rehaussez
Par les ressuscitans prompiement sont pei'cez;
Icy un arbi'e sent des bras de sa racine
Grouiller un chef vivant, sortir une poictrine:
Là l'eau trouble bouillonne, et puis, s'esparpillant,
Sent en soy des cheveux et un chef s'es veillant.
Comme un nagevu" venant du profond de son plonge.
Tous sortent de la mort comme l'on sort d'un songe
Voicy le Fils de l'Homme, et du grand Dieu le Fils, Le voicy qui surgit à son terme préfixa. Des-jà l'air retentit, et la trompette sonne.
Le bon prend asseurance, et le meschant s'estonne
L'autre ciel, l'autre terre, ont cependant fui'-;
Tout ce qui fut mortel se perd esvanoui.
Les fleuves sont séchez, la grand' mer se desrobe;
11 falloit que la terre allast changer de robe.
Montagnes, vous sentez douleurs d'enfantemens;
Vous fuyez comme agneaux, ô simples cslemens !
Cachez-vous, changez-vous; rien-' mortel ne suppox'te
La voix de l'Éternel, sa voix puissante et forte.
Dieu paroist : le nuage entre luy et nos yeux
S'est tiré à l'escart, il s'est armé de feux;
Le ciel retentit du son de ses louanges :
L'air n'est plus que rayons, tant il est semé d'anges''.
Tout l'air n'est qu'un soleil; le soleil radieux
N'est qu'une noire nuict au regard de ses yeux"'
Un grand ange s'escrie à toutes nations : « Venez rcspondre icy de toutes actions; L'Éternel veut juger. » Toutes âmes venues Font leurs sièges en rond en la voûte des nues, Et là les Chérubins ont au milieu planté Un throsne rayonnant de saincte majesté : Il n'en sort que merveille, et qu'ardente lumière. Le soleil n'est pas faict d'une estoffc" si claire: L'amas de tous vivans en attend justement La désolation ou le contentement.
Les bons du Sainct-Esprit sentent le tesmoignage. L'aise leur saute au cœur, et s'espand au visage ;