Parce qu'ils sont avisés. 2. Des ardeurs
Faut-il doncq' à présent s'estonner si je suis Enclin à des humeurs qu'csviter je ne puis ; Où mon tempérament malgré moy me transporte, Et rend la raison foible où la nature est forte? Mais que ce mal me dure il est bien mal-aisé. L'homme ne se plaist pas d'estre tousjours fraisé ^. Chasque âge a ses façons, et change de nature. De sept ans en sept ans, nostre température. Selon que le soleil se loge en ses maisons. Se tournent nos humeurs ainsi que nos saisons. Toute chose en vivant avecq' l'âge s'altère. Le desbauché se rid des sermons de son père. Et dans vingt et cinq ans venant à se changer. Retenu, vigilant, soigneux et mesnager.
De ces mesmes discours ses fils il admoneste, Qui ne font que s'en rire et qu'en hocher la teste. Chasque âge a ses humeurs, son goust et ses plaisirs. Et comme nostre poil- blanchissent nos désirs •^.
Nature ne peut pas l'âge en l'âge confondre : L'enfant qui sçait desjà demander et res^jondre, Qui marque asseurément ' la terre de ses pas, Avecques ses pareils se plaist en ses esbas : Il fuit, il vient, il parle, il pleure, il saute d'aise; Sans raison d'heure en heure il s'esmeut et s'apaise.
Ci'oissant l'âge en avant'', sans soin de gouverneur, Relevé'', courageux et cupide d'honneur.
Il se plaist aux chevaux, aux chiens, à la campagne; Facile au vice, il hait les vieux et les desdagne; Rude à qui le reprend, paresseux à son bien, Pi'odigue, despensier, il ne conserve rien ; Hautain, audacieux, conseiller de soy mesme^. Et d'un cœur obstiné se heurte à ce qu'il ayme.
L'âge au soin^ se tournant, homme fait, il acquiert Des biens et des amis, si le temps le requiert;
1. Du collet appelé fraise; il ne se 4. Avec fermeté, plaît pas,par conséquent, à être toujours 5. Avançant en âge. guindé comme dans une /mise. 6. Fier.
2. Nos cheveux et notre barbe. 7. Ne prenant conseil que de lui-
3. V. pour cette peintmedes quatre même. âges de la vie : Aulstote {Rhétuiiqui); 8. Aux soucis. Horace {Éintiv aux Pisons, v. 156); BoiLEAU {Art l'oéli^K.lll).
Il masque ses discours comnis sur un théâtre; Subtil, ambitieux, l'honneur il idolâtre : Sou esprit avisé prévient le repentir'.
Et se garde d'un lieu difTicile à sortir.
Maints fâcheux accidens surprennent sa vieillesse ; Soit qu'avecq' du soucy gaignant de la richesse, Il s'en defTend l'usage et craint de s'en servir. Que- tant plus il en a. moins s'en peut assouvir ; Ou soit qu'avecq' froideur il face toute chose. Imbécile -^ douteux '', qui voudroit et qui n'ose, Dilayant"', qui tousjours a l'œil sur l'avenir; De léger <> il n'espère, et croit au souvenir; Il parle de son temps; difficile et sévère, Censurant la jeunesse, use des droicts de père; Il corrige, il reprend, hargneux en ses façons.
Et veut que tous ses mots soient autant de leçons
(Sathîe V,)
Le Fâcheux.
A Monsieur l'abbé de Beaulieu".
Charles, de mes péchez j'ay bien fait pénitence. Or toy, qui te cognois aux cas de conscience, Juge si j'ay raison de penser estre absous. J'oyois un de ces jours la messe à deux genoux. Faisant mainte oraison, l'œil au ciel, les mains jointes. Le cœur ouvert aux pleurs, et tout percé de pointes** Qu'un dévot repentir cslançoit dedans nioy. Tremblant des peurs d'enfer et tout bruslant de foy, Quand un jeune frisé, relevé de moustache. De galoche, de botte et d'un ample pennaclie. Me vint prendre et me dict, pensant dire un bon mot : « Pour un poêle du temps, vous estes trop dévot. » Moi, civil, je me lève et le bon jour luy donne. Qu'heureux est le folaslre à la teste grisonne,