Nom ancien de la Roumélie, où se vêlaient toujours
MATHURIN REGNIEK. 345
Or durant ce festin danioysellc Famine, Avecq' son nez éliquc et sa mourante mine. Ainsi que la Clierté par edict l'ordonna, Faisoit un beau discours dessus la Lezina ; Et, nous torchant le bec, alleguoil Symonide', Qui dict, pour eslre sain, qu'il faut mascher à vuide. Au reste, à manger peu. Monsieur beuvoit d'autant Du vin qu'à la taverne on ne payoit contant; Et se faschoit qu'un Jean, blessé de la logique, Lui barbouilloit l'esprit d'un ergo sophistique-.
EsmianI, quant à moy, du pain entre mes doigts. A tout ce qu'on disoit doucet je m'accordois : Leur voyant de piot la cervelle eschaufîcc. De peur, comme l'on dict, de courroucer la fée''.
Mais à tant d'accidents l'un sur l'autre amassez, Sçachant qu'il en falloit payer les pots cassez. De rage, sans parler, je m'en mordois la lèvre. Et n'est Job ', de despit, qui n'en cust pris la chèvre"'. Car un limier boiteux, de galles damassé, Qu'on avoit d'huile chaude et de soufre graissé. Ainsi comme un verrat enveloppé de fange, Quand sous le corselet la crasse luy démange, Se bouchonne par tout, de mesme en pareil cas Ce rogneux Las-d'aller se frottoil à mes bas; Et, fust pour esti'iller ses galles et ses crottes. De sa grâce il graissa mes chausses pour mes bottes En si digne fayon, que le frippier Martin Avecq' sa malc-tache y perdroit son latin.
Ainsi qu'en ce despit le sang ni'échaufToit l'ame. Le Monsieur son pédant à son aide reclame. Pour soudre l'argument, quand d'un sçavant parler Il est qui fait la moue aux chimères en l'air. Le pédant, tout fumeux de vin et de doctrine, Respond Dieu sçail comment. Le bon Jean se mutine ; Et sembloit que la gloire, en ce gentil assaut, Fust à qui parleroit non pas mieux, mais plus haut.
1. SlMONlDE, poète lyrique grec, mort 3. Irriter qnelqaee?prit malin. (Cf. la vers 4G7 avant notre ère. loc. populaire : réveiller le chai qui dort .)
2. Dans les controverses fréquentes 4. .Job, personnage biblique, est céqu'avaient entre eux les logiciens du lèbre par sa patience.
moyen-âge, le mot latin ergo (donc) 5. Cf. la locution populaire : prendre revenait souvent comme conclusion. la mouc-Jt^.
Ne croyez en parlant que l'un ou l'autre dorme.
« Comment ! voslre argument, dist l'un ' , n'est pas en forme. »
L'autre, tout hors du sens : « Mais c'est vous, malaulru,
Qui faites le sçavant et n'estes pas congru-. »
L'autre : k Monsieur le sot, je vous feray bien taire :
Quoy.^ Comment! est-ce ainsi qu'on frappe Despauterre^.'*
Quelle incongruité! Vous mentez par les dents!
Mais vous!... » — Ainsi ces gens à se picqucr ardents.
S'en vindrent du parler à tic-tac, torche, lorgne''.
Qui"^ casse le museau, qui son rival esborgne;
Qui jette un pain, un plat, une assiette, un couteau;
Qui pour une rondache empoigne un escabeau.
L'un faict plus qu'il ne peut, et l'autre plus qu'il n'ose,
Et pense, en les voyant, voir la métamorphose
Où les Centaures saouls, au bourg Athi'acien,
Voulurent, chauds de reins, faire nopces de chien
Nos gens en ce combat n'estoient moins inhumains^'. Car chacun s'escrimoit et des pieds et des mains; Et, comme eux. tous sanglants en ces doctes alarmes, La fureur aveuglée en main leur mist des armes". Le bon Jean ciùe : « Au meurtre ! » et ce doclevu' : « llarault ! » Le Monsieur dict : « Tout beau! » L'on appelle Girault. A ce nom, voyant l'homme et sa gentille trongne, En mémoire aussi tost me tomba la Gascongne*^ : Je cours à mon inanteau, je descends l'escalier, Et laisse avecq' ses gens Monsieur le chevalier. Qui vouloit mettre barre'' entre ceste canaille. Ainsi sans coup ferir, je sors de la bataille"^....
{Satire x.)