Cf. MOLIÈKE, Tartufe, act. III^ [sans peur
''°' ■ - On doit d'ailleurs rapprocher de ce
MATIIURIN KEGNIEK. 349
Puis, la boule du ciel uos olîences surpasse :
Pourvcu qu'où se confesse, on a lousjours sa grâce.
Il donne quelque chose à nostre i^assion ;
Et qui, jeune, n'a pas grande devolion.
Il faut que, pour le monde, à la feindre il s'exerce.
C'est entre les dévots un estrange commerce.
Un trafic par lequel, au joly temps qui court.
Toute alTaire fascheuse est facile à la Cour.
Je sçay bien que vostre âge, encore jeune et tendre,
Ne peut ainsi que moy ces mystères comprendre ;
Mais vous devriez, ma fille, en l'âge oi'i je vous voy,
Esire riche, contente, avoir fort bien de quoy ;
Et, pompeuse en habits, fine, accorle et rusée,
Reluire de joyaux ainsi qu'une espousée.
Il faut faire vertu de la nécessité.
Qui sçait vivre icy bas n'a jamais pauvreté.
Puis qu'elle vous delfend des dorures l'usage.
Il faut que les brillants soient en vostre visage ;
Que vostre bonne grâce en acquière pour vous.
Se voir du bien, ma fille, il n'est rien de si doux.
S'enrichir de bonne heure est une grand' sagesse.
Tout chemin d'acquérir se ferme à la vieillesse,
A qui ne reste l'Ien, avec la pauvreté.
Qu'un regret espineux d'avoir jadis esté
Laissez la mine à part, prenez garde à la somme. Riche A'iJain vaut mieux que pauvre gcnlil-homme. Je ne juge, pour moy, les gens sur ce qu'ils sont, Mais selon le profit et le bien qu'ils me font. Quand l'argent est meslé, l'on ne peut recognoislre Celuy du serviteur d'avec celuy du maistre. L'argent d'un cordon-bleu n'est pas d'autre façon
Que celui d'un fripier ou d'un aide à maçon
De crainte que le temps ne destruisc l'affaire. Il faut suivre de près le bien que l'on dilfèrc. Et ne le dillèrer qu'en tant que l'on le peut, Ou se puisse aisément restablir quand on veut.
passage toute la scène entre Tartufe et sou langage, tantôt perfidement insi-
Elraire. Macette, prude à l'extC'rieur, uuaut, tantôt cynique, éveille les mau-
est demeur ''6 vicieuse au fond. Elle vais sentiments dans l'àuie de la jeune
dépouille ici sa pruderie d'emprunt^ et fille aimée de Régnier.
Tous ces beaux suflîsans' dont la cour est semée
Ne sont que triacleurs et vendeurs de fumée ;
Ils sont beaux, bien peignez, belle barbe au menton;
Mais, cjuand il faut payer, au dianti'c le teston'-!
Et faisant des mourans et de Famé saisie.
Ils croyent qu'on leur doit pour l'ien la courtoisie.
Mais c'est pour leur beau nez-M Le puits n'est pas commun.
Si j'en aA'ois un cent, ils n'en auroient pas un.
Et ce poëte croté, avec sa mine austère. Vous diriez à le voir que c'est un secrétaire. Il va mélancholique et les yeux abaissez. Comme un sire qui plaint ses pai'ens trespassez. Mais Dieu sçait, c'est un homme aussi bien que les autres. Jamais on ne luy voit aux mains des patenostres '. Il hante en mauvais lieux : gardez-vous de cela; Non, si j'estoy de vous, je le planteroy là. Et bien! il parle livre, il a le mot pour rire ; Mais au reste, après tout, c'est un homme à salyre. Vous ci'oiriez à le voir qu'il vous deust adorer; Gardez, il ne faut rien pour vous deshonorer. Ces hommes mesdisans ont le feu sous la lèvre; Ils sont matelineurs, prompts à prendre la chèvre. Et tournent leurs humeurs en bizarres façons; Puis ils ne donnent rien, si ce n'est des chansons »
Durant tous ces discours. Dieu sçait l'impatience ! Mais, comme elle a tousjours l'œil à la deffîance. Tournant deçà, delà, vers la porte où j'estois, ,Elle vist en sursaut comme je l'escoutois. Elle ti'ousse bagage, et, faisant la gentille : (I Je vous verray demain ; à Dieu, bon soir, ma fille. — Ha! vieille, dy-je lors, C[u'en mon cœur je maudis. Est-ce là le chemin pour gaigner paradis? Dieu te doint pour guerdon de tes œuvres si sainctes Que soient avant ta mort tes prunelles esteintes. Ta maison descouverte et sans feu tout l'hyver, Avecque tes voisins jour et nuict cstriver,
1. Ces be.iux seigneurs pleins de 4. De même, dans Tartufe, Orgou suffisance. dit de Valére :