Au milieu des désordres de sa vie
Mon cœui" de frayeur diminue' :
Estant vieilly dans un moment, Je ne puis dire seulement Que- ma jeunesse est devenue.
Du berceau courant au cercueil, Le jour se dérobe à mon œil, Mes sens troublez s'évanouissent.
Les hommes sont comme des fleurs.
Qui naissent et vivent en pleurs.
Et d'heui'e en heure se fanissent.
Leur âge à l'instant écoulé.
Comme un trait qui s'est envolé.
Ne laisse après soy nulle marque; Et leur nom si fameux icy, Si tost qvi'ils sont morts meurt aussi. Du pauvre autant que du monarque^.
IN'agueres, vcrd, sain et puissant.
Comme un aubespin florissant.
Mon printemps estoit délectable.
Les plaisirs logeoient en mon sein; Et lors estoit tout mon dessein Du jeu d'amour et de la table.
Mais, lasl mon sort est bien tourné; Mon âge en un rien s'est borné, Foible languit mon espérance :
En une nuit, à mon malheur.
De la joye et de la douleur J'ay bien appris la difTercnce!
La douleur aux traits vénéneux, Comme d'un habit épineux.
Me ceint d'une horrible torture.
Mes beaux jours sont changés en nuits; Et mon cœur, tout flestri d'ennuis, N'attend plus que la sépulture.